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SECTEUR
Les champions
du low cost
Revue PME Acquisitions d'Entreprises n°38 - Juin - Juillet - Aout 2009
Véritable business anti-crise,
ce nouveau marché
prend de l’ampleur.
Zoom sur
ces patrons de PME
pour qui vendre moins cher
ne veut pas dire
vendre moins bien.
La bière à 1,50 € et le café à 80 centimes, qui dit
mieux ? D’abord testé à Laval, puis implanté à
Nantes fin 2008, le concept de Ze Bar,
premier café low cost français, est séduisant. Certes,
il n’y a pas de serveur en salle et il faut venir se
servir au comptoir,mais le prix, imbattable, vaut tout
le personnel du monde pour les budgets les plus
modestes. A peine quelques semaines plus tôt,
toujours à Nantes, le restaurant L’Etage lançait son
«déjeuner de crise du mardi», soit un plat et un
dessert pour 3,50 euros. Et attention, pas
question de rogner sur la qualité : ici, on fait rimer
pas cher avec bonne chair ! Au menu du mardi ?
Blanquette de saumon, poulet basquaise et autres
petits plats mitonnés avec amour... Depuis, le
restaurant fait salle comble. Quant à Ze Bar, il ne
désemplit pas de jeunes ravis de faire la fête à si bon
compte : de quoi donner des idées aux
entrepreneurs qui chercheraient à tirer leur épingle
de la crise avec des idées futées.
Celles-ci, déjà, ne manquent pas. Car, en matière de
low cost, Nantes, certes pionnière en matière de
café-restauration, n’est pas une exception. Dans
toute la France, ce nouveau marché fait désormais
recette. Des sandwichs à 1 euros de chez Goutu, à
Paris, au fitness à bas prix, avec la toute récente
enseigne Neoness, il se décline à toutes les sauces.
En ces temps de morosité économique et de baisse
du pouvoir d’achat, les consommateurs sont trop
heureux de pouvoir payer moins tout en achetant plus.
Le low cost, un business de crise ? Indubitablement, si
l’on se fie à la clientèle de classe moyenne qui déboule
désormais dans les magasins hard discount, jusque là
considérés comme les supérettes du pauvre. Et puis,
que dire de ces 78% de Français qui, selon l’Ifop, se
disent inquiets pour leur pouvoir d’achat ? Pour autant,
la crise n’explique pas tout.
Les pionniers de l’air
«On assiste à l’émergence d’une nouvelle façon de
consommer : on veut de la qualité, mais on ne veut plus
payer l’inutile. On fait des économies sur un article pour
pouvoir s’en
o f f r ir un
a u t r e » ,
c o n s t a t e
C h a r l e s
Beigbeder.
P a s s i o n n é
par ce sujet,
le présidentfondateur
de
P o w e o ,
fournisseur
d’électricité
verte et à
moindre coût que celle d’Edf, s’est vu
confier, fin 2007, une mission* «low-cost et
pouvoir d’achat». Il y revient, notamment,
sur l’apparition de ce nouveau modèle
économique, ébauché dans les années 1970
par des transporteurs aériens américains.
En Europe, le concept n’a pris son envol que
vingt ans plus tard, se lestant, au passage, de
quelques crashs français (AirLib, Aeris
Express). Qu’importe, la sauce low cost a
pris, notamment avec l’Irlandais RyanAir et
le Britannique Easy Jet, deux compagnies
qui bradent aujourd’hui avec succès le
succès le ciel européen.
Surtout, le low cost a gagné la terre ferme.
Après le transport aérien, il a pénétré
l’ensemble des postes de consommation
des ménages, en commençant par la
distribution. Dans l’alimentaire, les hard
discounteurs ont été rejoints par une
nouvelle catégorie de distributeurs : les
destockeurs, spécialisés dans les produits en
fin de vie commerciale. Ceux-ci (Noz, le leader du secteur avec 160
magasins, ou encore des enseignes
comme La Ferme du Spahi,
O’Merchato…) sont en plein essor.
Sans parler d’internet, le pays où la vie
est moins chère… Avec près de
50 000 sites marchands, la Toile est
aujourd’hui l’outil incontournable de 22
millions d’internautes qui ne veulent
plus rien payer au prix fort. Selon la
Fédération du Commerce, 87% des
Français consultent même internet
avant un achat, toutes catégories
socio-professionnelles confondues.
Le luxe se brade,
lui aussi…
C’est cette diversité de la clientèle
qui montre le mieux à quel point le
low cost s’inscrit dans une
modification du comportement du
consommateur. Car, il ne s’agit pas de
payer moins cher à n’importe quelles
conditions. Ainsi, à la différence du
hard discount, qui s’attache à
proposer les prix les plus bas sans
tenir compte de la qualité, cette
dernière reste au coeur des
préoccupations des sociétés low cost.
«Nos clients ne sont pas défavorisés, au
contraire, ce sont des sur-consommateurs,
des branchés qui changent de téléphone
portable tous les trois mois», constate
Roger Beille, fondateur de Cash
Express. Dans les 55 magasins
franchisés de cette enseigne dédiée à
l’achat-vente de produits d’occasion
aux particuliers, «les bijoux et
l’horlogerie marchent très fort», précise
encore ce patron de 58 ans, en
évoquant cette montre Daytona en or
gris vendue 12 000 euros dans un
Cash Express parisien. Dans le secteur
des services, la diversification du
marché est plus criante encore.
Témoin la démocratisation
de services que
l’on croyait réservés à
une clientèle aisée, du
sport en salle à prix
cassés (Neoness) à la
location de ski discount
(Ski Republic). Même
les riches deviennent une
cible en tant que telle des spécialistes
du low cost. Le site voyageprive.
com ne propose, par exemple,
que des voyages de luxe dégriffés.
Inaugurée début 2007, la compagnie
aérienne L’Avion, qui relie Paris à
New York, est, quant à elle, dédiée
exclusivement à la classe affaire à prix
cassés.
Maison à moins
de 100 000 euros
De façon générale, plus aucun marché
n’échappe à l’emprise du low cost.
Ainsi, Philippe Massénat, directeur
et gérant d’ECO-Formation, n’a
pas attendu la crise pour proposer
des formations professionnelles à
moindre prix. Pour persuader les plus
septiques de la qualité de ses
différents modules, il propose même
d’être «convaincus ou non facturé». En
matière de téléphonie mobile, c’est
l’opérateur Simpléo (sur le réseauDe façon générale, plus aucun marché
n’échappe à l’emprise du low cost.
Ainsi, Philippe Massénat, directeur
et gérant d’ECO-Formation, n’a
pas attendu la crise pour proposer
des formations professionnelles à
moindre prix. Pour persuader les plus
septiques de la qualité de ses
différents modules, il propose même
d’être «convaincus ou non facturé». En
matière de téléphonie mobile, c’est
l’opérateur Simpléo (sur le réseauSFR), qui a ouvert le bal en octobre
2008, en commercialisant une offre
simple et transparente, sans superflu,
avec une gamme de forfaits à partir de
9,90 €. L’immobilier n’est pas en
reste, grâce à EffiCity, l’agence créée
par Christophe du Pontavice,
qui n’a pas hésité à réduire ses
commissions de 6 à 1% ! Avec une
centaine de ventes à son actif en 2008,
la société parisienne de 20 salariés va
développer ses services dans toute la
France… Dernier bastion tertiaire en
date à basculer dans la révolution low
cost : les médias et la publicité.TV
Low Cost, agence de production et
d’achat d’espaces fondée par Jean-
Paul Tréguer, crée, réalise, diffuse et
teste l’audience et la notoriété de 100
spots sur les chaînes hertziennes et
100 spots sur les chaînes TNT et
thématiques pour… 250 000 euros,
tout compris !
Toute l’économie va-t-elle donc se
convertir au pas cher ? Possible, car,
après la distribution et les services,
l’industrie a pris le pli à son tour. Et
pas seulement dans l’habillement.
En témoigne, dans le domaine
automobile, le succès de la Lancia,
modèle qui a relancé les ventes de
Renault.Quant à Alexandre Macieira-
Coelho, Pdg de Mikit, il a trouvé un
antidote à la crise de l’immobilier. Le
concept Mikit ? Des maisons «prêtesà-
finir» : la société trouve le terrain,
élabore le plan de financement, se
charge de la paperasse comme du
gros oeuvre et fournit jusqu’au plus
petit bout de tuyau. Le futur
propriétaire, qui se porte acquéreur
de ce package pour la modique
somme de 90 000 euros (soit 30%
d’économies sur le prix du neuf), n’a
plus qu’à poser l’électricité, la
plomberie, les cloisons, les escaliers,
les sanitaires et l’isolation. Avec
2 150 maisons vendues en 2008,
Mikit a réalisé un chiffre d’affaires
de 190 millions d’euros, en
croissance de 5%, alors que les
ventes de maisons individuelles se
sont écroulées de 25% cette
année… A quand le château low
cost ?
Sommaire numéro n°38
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