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INDEPENDANT - CONSEIL
DU CAMPING À L'HÔTELLERIE DE PLEIN AIR
Revue PIC-INTER - n°286 - Juillet 2004
La force de l’hôtellerie de plein air tient à ce qu’elle occupe deux créneaux : celui des amoureux de la nature partisans d’un camping simplifié et celui des adeptes d’hébergements variés implantés sur un espace naturel favorisant des vacances actives en plein air. Mais plus que le choix de la structure, le lieu d’implantation est déterminant pour son avenir.
Nos concitoyens candidats à l'évasion sont devenus exigeants, autonomes, avertis, prudents. Avec l’effet RTT, ils ont désormais plus de temps et privilégient volontiers des petits séjours ou un grand week-end, et ils n'hésitent plus à partir hors saisons. Ils rêvent de formules individuelles à la carte, exigent plus de garanties, de sécurité. Quand ils songent à leurs vacances et désirent se reposer, ils optent volontiers pour des formules clé-en-main. Les séjours se doivent d'être faciles à réserver et d'inclure une foule de divertissements bien pensés et bien empaquetés, des hébergements de bonne qualité, une bonne restauration. Sports, évènements culturels, phénomènes naturels, patrimoines anciens à découvrir il faut tout faire pour séduire cette clientèle de plus en plus difficile.
Il y a trente ans, il suffisait d'ouvrir un camping situé sur un lieu touristique, équipé sommairement d'un bureau d'accueil et de quelques sanitaires, pour accueillir rapidement de nombreux campeurs. Puis la sur-fréquentation en haute saison et le sous-équipement ont terni l'image de ce mode d’hébergement. Mais depuis maintenant une vingtaine d'années, les propriétaires ont beaucoup investi et leurs terrains de camping sont remarquablement bien équipés. Et, le camping-caravaning est devenu l'Hôtellerie de Plein Air. Un changement important qui traduit les immenses capacités d'adaptation dont ont fait preuve les professionnels en anticipant les besoins des clientèles. A la mer, à la montagne, à la campagne ou même en ville, sous tente, en caravane, camping-car, mobil-home ou chalet, le camping propose désormais une offre diversifiée et de grande qualité qui lui permet de répondre à toutes les demandes et à tous les budgets. Il devient ainsi le premier hébergement commercialisé en France.
LA FRANCE, TERRE D'ASILE
DES CAMPEURS
Avec près de 9 500 campings classés en 2003 – de 1 à 4 étoiles ou PRL (normes Parc Résidentiel de Loisirs) – pour environ 960 000 emplacements soit une capacité d’accueil de quelques 3 000 000 de personnes, la France possède le parc d'hôtels de plein air le plus important d'Europe, tout de suite après les Pays-Bas. L’Hexagone compte à lui seul 30 % des lits du camping en Europe et environ 30% de l’offre européenne en nombre d’entreprises. L’Europe communautaire compte, environ 30 000 établissements pour une capacité d’accueil de 5 200 000 personnes. Trois pays européens arrivent loin derrière la France : les Pays-bas suivi par l’Italie et l’Espagne. Cette prédominance française s'explique par l'ancienneté de la pratique du camping dans notre pays. Le premier club de campeurs français date de 1910 avec la création du Camping Club Français par des campeurs cyclistes.
Depuis quelques années le rythme de croissance s’est stabilisé, mais l’apparition des nouvelles normes réglementaires a contribué à l'arrivée de campings haut de gamme et à la disparition des campings trop vétustes pour accepter de nouveaux investissements afin d’être mis en conformité avec les normes. Résultat : le nombre de campings classés a augmenté ainsi que celui des emplacements. Les structures sont plus grandes et la clientèle résidentielle (dite aussi de loisir) plus aisée a fait remonter le standing des campings.
Capacité d’accueil par catégorie :
- 1 664 terrains - 98 351 emplacements
- 4 231 terrains
- 363 970 emplacements
- 2 370 terrains
- 320 765 emplacements
- 894 terrains
- 170 837 emplacements
- Divers-331 terrains-5 409 emplacements
IMPLANTATIONS PRIVILEGIEES : LA MER, LA CAMPAGNE
C'est indiscutablement le bord de l'eau qui attire la majorité des campeurs... et des créateurs de terrains de camping. 24 % des terrains ont, en effet, investi les communes littorales. Ils représentent 47% de la capacité totale. Ces campings côtiers sont plus grands que la moyenne puisqu’ils offrent 200 emplacements contre une moyenne de 104 pour le pays. Les autres terrains sont aménagés à l'intérieur des terres, avec une forte prédominance du réseau hydrographique et des communes lacustres. Une implantation littorale, pour coûteuse qu'elle soit au moment de l'investissement, est incontestablement un atout commercial. En 2003, la façade atlantique et la Manche totalisaient 288 000 emplacements dans les communes du littoral, soit 30 % de l’offre française. Les communes littorales de la côte méditerranéenne, du Var aux Pyrénées-Orientales, Corse comprise, comptaient 153 500 emplacements, soit 16 % de l’offre française. Le littoral constitue donc une situation commerciale probablement plus avantageuse que l'intérieur qui reste dominant en nombre, mais inférieur en qualité, bien que celle-ci augmente dans les zones les plus réputées : Ardèche, Aveyron, Dordogne, Gers, Hautes-Alpes, Haute-Savoie, Puy de dôme.
UN MARCHÉ
DE RENOUVELLEMENT
L'hôtellerie de plein air est encore un marché en croissance mais elle est surtout entrée dans une phase de renouvellement. Pendant des années, les créations de campings municipaux ont supplanté les créations privées, tout au moins dans certains départements qui sont loin des grands flux touristiques. Chaque maire voulait son camping. Cette politique n'est plus de mise. Les collectivités locales investissent moins dans ce secteur car les représentants de la profession se sont insurgés contre les créations des campings municipaux. Une pratique jugée déloyale. Aujourd’hui, les campings municipaux, en perte de vitesse, représentent 27 % de l'ensemble des emplacements français (contre 33 % en 1993). Les campings commerciaux comptent pour 68 % des emplacements français, le solde étant occupé par les campings associatifs, en fort recul. On note par ailleurs que nombre de gestionnaires de campings privés arrivent aujourd'hui à l'âge de la retraite. N'ayant pas pris le tournant décisif au moment opportun, ceux-ci mettent en vente leur camping à des prix abordables. En revanche, le nombre de créations réalisées par de petits indépendants évolue. Le camping attire et permet des reconversions à des néo-ruraux, qui sont souvent des cadres en reconversion, des commerçants ou des enseignants.
Les vacanciers étrangers pratiquant le camping en France dépensent en moyenne 15,70 € par jour et par personne alors que les Français en camping dépensent 14,60 €. C'est une pratique communément observée : la clientèle qui sort des frontières nationales dépense toujours plus que la clientèle nationale. La consommation totale des touristes en camping-caravaning a représenté en 2003 un total de plus 15 M€. Et si l’on ajoute le marché des véhicules de loisirs, des tentes et du matériel de camping, le chiffre d’affaires du secteur du camping, au sens le plus large, représente plus de 90 M€. Le camping joue également un rôle important dans le secteur de l'emploi avec 11 000 salariés et 15 000 saisonniers. Il faut savoir enfin que le prix moyen d'un emplacement pour deux adultes et deux enfants s'élève en moyenne à 10,54.
SPORT ET CONTACT
AVEC LA NATURE
Les vacanciers veulent bouger, mais aussi se bouger. De plus en plus nombreux, les touristes et les voyageurs exigent de l'action, du sport et le contact avec la nature, pour découvrir autrement les destinations qu'ils ont choisies. L'enjeu économique de cette nouvelle forme de tourisme sportif est d'importance. Combien de marques phares de l'outdoor ont d’ailleurs su surfer sur cette vogue en lançant des gammes de produits, spécialement destinées à ces adeptes des vacances et loisirs de plein air. Pour les propriétaires du camping Le Sunêlia au Moulinal en Dordogne, il n'est plus question de proposer un séjour sans des activités sportives. Quel que soit leur âge, les clients ne veulent plus rester passifs. Il faut leur proposer des séjours musclés. Ils ne supportent plus les excursions traditionnelles, mais sont prêts au contraire à faire des heures de VTT pour découvrir un site. "Nous proposons des activités très variées : tennis, tir à l’arc, pétanque, gymnastique, volley-ball, canoë, escalade, spéléo, VTT, équitation, plongée", explique Francis Pauwlak propriétaire depuis 1983 de son camping 4 étoiles qui fait partie des 42 premiers campings ayant obtenu l’éco-label "Clefs vertes".
Parallèlement, des approches marketing novatrices fleurissent pour mieux vendre la France profonde, à l'instar du Tourisme de Terroir imaginé dans l'Aude par les viticulteurs du cru corbières et les professionnels du tourisme. Il s'agit de valoriser les terroirs agricoles et leurs caractéristiques patrimoniales et paysagères, en s'appuyant sur une palette marketing complète : une charte de qualité que tous les partenaires s'engagent à respecter, une marque et une signalétique commune, une vitrine de produits locaux présente chez chaque adhérent, un site Web, et enfin un club de fidélisation. L’Association fédère près de 400 acteurs des Corbières, du Fitou et du Minervois, des campings, des gîtes vignerons trois épis, des restaurants s'engagent à utiliser les produits du terroir. Cette initiative est soutenue financièrement par la région, le département, les villes de Narbonne et Carcassonne, mais aussi par l'Europe qui envisage de décliner ce concept à d'autres espaces de l'arc méditerranéen.
LA CLIENTELE ETRANGERE
Certains gestionnaires d'hôtels de plein air considèrent que leur clientèle hexagonale possède un pouvoir d'achat moins élevé que celui des touristes étrangers : "C'est évident, ceux qui franchissent les frontières sont plus fortunés que ceux qui restent dans leur pays pour les vacances", lance Nadia Braizet, propriétaire du camping La Palombière près de Sarlat. L'hôtellerie de plein air attire donc une proportion élevée d'étrangers et en particulier d’Européens. D’autant plus que la pratique du camping-caravaning y est dans certains pays, comme aux Pays Bas, en Grande Bretagne et en Allemagne par exemple, plus vive qu’en France. L’espace littoral enregistre la plus forte fréquentation, devant la campagne, la montagne et l'urbain. La part des nuitées dans les campings classés trois étoiles est similaire pour les clientèles française et étrangère (34,5 % et 35,4 %). En revanche, les étrangers fréquentent moins les terrains deux étoiles que les Français (27,4 % contre 44,9 %) mais davantage les terrains classés quatre étoiles. Enfin, la durée de séjour des touristes étrangers est plus courte en moyenne que celle des Français (4,4 jours), mais ils séjournent plus longtemps dans les régions littorales, dans les campings mieux classés et en haute saison.
QUELS CAMPINGS ?
En matière de camping, l'offre n'est pas une et indivisible. Les terrains se partagent principalement en deux groupes : la majorité est composée de terrains de camping voués au passage touristique, et fonctionne donc pendant les périodes de vacances; l'autre réunit l'ensemble des terrains où le matériel d'hébergement reste installé sur place entre deux séjours. Ces campings sont alors appelés terrains résidentiels, sans que cette appellation soit pour autant le reflet d’une réglementation particulière.
De plus, à la tente, à la caravane et au camping-car, propriétés habituelles des adeptes du camping-caravaning, s'ajoutent la résidence mobile - plus connue sous le nom de "mobil home", et le chalet, souvent en bois, appelé HLL (habitation légère de loisirs). Plusieurs dénominations juridiques ont permis jusqu'à présent au créateur d'un hôtel de plein air de choisir telle ou telle formule en fonction de ses objectifs commerciaux. De nombreuses normes de classement des terrains de camping se sont succédées au fil des ans.
Les dernières normes en vigueur s'appliquent à tous les campings classés. En effet, en France, les campings sont classés en nombre d'étoiles, de une à quatre, comme les hôtels. A l’exception des parcs résidentiels de loisirs (location d’emplacements à l’année) et des campings ruraux, les terrains de camping sont classés avec la catégorie. "Tourisme" ou "Loisirs". La plupart des terrains (85 %) est classée "Tourisme", ce qui signifie que plus de la moitié des emplacements est affectée au tourisme de passage et courts séjours. Les 15 % restant sont des camps de loisirs, c’est à dire que plus de la moitié des emplacements est vouée aux séjours supérieurs à un mois. Rappelons que c’est la préfecture du département qui attribue les étoiles.
Les étoiles correspondent avant tout à des normes techniques précises : la superficie des emplacements, la voirie, le nombre d’équipements (lavabos, douches…), la sécurité, l’éclairage… qu’offre le terrain de camping. A titre d’exemple, pour un terrain 3 ou 4 étoiles, la superficie minimale d’un emplacement est de 80 m2 alors qu’elle est de 70 m2 pour un terrain 1 ou 2 étoiles. Pour les équipements sanitaires, un sol carrelé est exigé dans les 3 et 4 étoiles, le nombre de douches, 12 pour 100 emplacements pour un 4 étoiles, passe à 6 pour 100 dans les 2 étoiles. Sur les terrains 3 et 4 étoiles, deux langues étrangères dont l’anglais doivent être parlées, les emplacements doivent être séparés par des plantations et le terrain doit être harmonieusement aménagé.
Un camping ne se remplira pas du jour au lendemain s'il ne bénéficie pas d'une bonne localisation. Et l'hôtellerie de plein air s'est développée de façon inégale sur l'ensemble du territoire français. Les meilleures places sont déjà prises (ou sont hors de prix pour les reprises), mais il reste en zone rurale des sites préservés susceptibles de générer un meilleur taux de remplissage qu'un terrain mal situé sur un littoral saturé où règne la concurrence la plus sauvage. Il faut pour réussir son implantation s'appuyer sur les richesses locales existantes. Des vieilles pierres et des musées qui font rêver les passionnés d'histoire. Des pratiques culturelles propres à séduire les touristes ethnologues . Des grottes à visiter. Des rivières où l'on peut pratiquer le canoë et le rafting. Des parcours de golf accessibles aux adeptes et aux non-initiés. Ou encore un vignoble à découvrir, des montagnes et forêts à parcourir... Mais, un environnement porteur, ce n'est pas seulement les tennis, stades municipaux et autres parcs de loisirs auxquels auront accès les clients, c’est aussi une région où les prix ne se multiplient pas par trois entre le 10 juillet et le 20 août.
CAMPING DU KEROU :
BAR ET RESTAURANT EN GERANCE
Philippe Delater, 41 ans, était professeur de mathématiques. En 1990, il décide de se recycler et de tenir un camping dans sa région natale : la Bretagne. Il achète à la mairie un terrain de 2,5 ha à Clohars-Carnoët en Bretagne Sud et investit 336 000 € pour l’achat du foncier et l’aménagement du terrain. Il propose 235 emplacements de 100 m2 à 150 mètres de la mer. "A l’époque, j’ai également acheté en leasing 30 mobile-homes que j’ai d’abord mis en location. J’ai transformé mon garage en snack-bar et embauché 5 salariés en CDD. Aujourd’hui, 40 propriétaires ont acquis les mobile-homes pour une somme allant de 9 147 à 21 340 €. Ils me payent, à l’année, 1 450 € pour la location du terrain. Pour les emplacements vides, le forfait est de 14 € sans l’électricité et de 17,50 € avec l’électricité". Ses clients ? 70 % d’habitués qui apprécient le mini-golf, la piscine de 200 m2 et les soirées karaoké ou avec des groupes musicaux de la région. En 2003, Philippe Delater a mis le bar et le restaurant en gérance : "c’est un vrai métier et je ne peux pas tout faire. Mais il est indispensable de proposer un service de restauration et un bar dans un camping", affirme-t-il. Le personnel a suivi la formation de l’hôtellerie de plein air et une formation interne dispensée par Philippe Delater. Le camping est ouvert toute l’année mais les meilleurs mois restent juillet-août qui affichent un taux de remplissage de 100%. "Je brigue les 3 étoiles. J’ai présenté mon dossier au plan régional et européen et à la Communauté de Communes des Pays des Portes de Cornouailles, dont le Président est Louis Le Pensec, l’ancien Ministre. Mon dossier a reçu un bon accueil et je devrais obtenir une subvention représentant 20 à 40% des frais que j’ai engagés pour moderniser mon camping.".
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Sommaire numéro n°286
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