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PIC-INTER - n°313 -NOVEMBRE - DECEMBRE 2008
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PME Acquisitions d'Entreprises - n°35 - SEPTEMBRE - OCTOBRE - NOVEMBRE 2008, www.acquisitions-entreprises.com
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REGION - OUTRE-MER

S’installer en Outre-Mer
Les Alizés de la création

Revue PIC-INTER - n°287 - JUILLET - AOUT 2004

Démographie oblige, le Lot-et-Garonne connaîtra bientôt une pénurie de successeurs à ses chefs d’entreprise. Du coup, le département a pris les devants, en lançant une campagne de communication inédite. Objectif de l’opération : courtiser les créateurs et repreneurs franciliens, en leur vantant les charmes de l’Aquitaine.


Quiconque a dégusté un Ti-punch créole dans un village de la Guadeloupe, a grimpé les pentes d’un volcan réunionnais, a caressé le sable d’une plage polynésienne ou est allé se perdre dans la jungle guyanaise sait qu’il existe en France, disséminés dans les océans de la planète, des paradis terrestres. Mais pour les aspirants entrepreneurs, les charmes touristiques ne sauraient suffire à faire des départements et territoires d’outre-mer des édens de la création.
En la matière, ces exotiques particularités s’avèrent même de véritables handicaps : insularité, éloignement, démographie galopante (entre 1990 et 1999, la population française s’est accrue de 3%, contre 14,3% dans les quatre DOM et 37% en Guyane), dépendance aux importations lourdement taxées (4 e un banal camembert en Guadeloupe !), environnement régional concurrentiel à l’export, étroitesse du marché local ou encore phénomènes climatiques dangereux… Certes, chacun secoue les branches de son propre cocotier. Mais la crise rattrape les activités les mieux ancrées. Témoins la déconfiture de la banane antillaise, l’orpaillage clandestin et la volatilité des cours de l’or en Guyane ou encore le crach de la perliculture en Polynésie. Même le tourisme, premier secteur économique de la plupart des régions ultramarines, bat de l’aile, notamment dans les Antilles : difficile de rivaliser avec les voisins, où les salariés ne bénéficient pas du même régime social.

Françoise Prudent,
40 ans, fait du coaching en Martinique

Quelle est l’activité de POSSIBLES ?
"C’est une société de services, créée en janvier 2004, qui propose aux cadres et aux chefs d’entreprise du coaching, du conseil en organisation et de la formation. J’ai déjà une dizaine de clients, de la CGPME à une société de médical, en passant par de petits patrons individuels. La prestation de coaching est un outil d’aide à la décision très novateur et il faut encore le promouvoir. Je prévois d’ailleurs de faire une conférence cette année sur le sujet.

Quelle a été votre expérience dans ce domaine ?
J’ai toujours été passionnée par les relations humaines. Après avoir fait une école de commerce à Paris, j’ai exercé de nombreuses fonctions : du management, du marketing et du conseil au sein de la Chambre de Commerce de Martinique : les chefs d’entreprise venaient me voir avec un problème juridique ou fiscal, et je m’apercevais qu’il y a avait toujours un problème humain sous-jacent. Beaucoup d’entre eux m’ont suivie depuis. Avec ce parcours professionneL, j’ai réalisé, en quelque sorte, une longue étude de marché de 10 ans !

Avez-vous été conseillée vous-même ?
Pas sur le plan technique. Sur le plan financier, j’ai eu du mal à trouver un banquier qui accepte la création d’une EURL avec seulement 4600 e de capital. Je loue un local à une entreprise installée dans le lotissement de Dillon Stade, à Fort-de-France. C’est une Zone Franche urbaine qui me permet de bénéficier d’exonérations de la taxe professionnelle, de l’impôt sur la société pendant 5 ans et des charges sociales patronales (5 ans aussi).

 

 

Défiscalisation

Ce n’est pourtant pas faute de compenser. L’Etat s’y emploie depuis le vote, en 1986, de la première des lois Pons. En 1994, la loi Perben instaura, pour la première fois, un système d’exonération de charges sociales pour les entreprises, qui permit de créer de nombreux emplois dans le secteur marchand. En 2000, la loi d’orientation pour l’Outre-Mer (LOOM) de Christian Paul plafonna la déduction à 50% de l’impôt dû. Votée en juillet 2003, la loi-programme Girardin (du nom de la ministre de l’Outre-mer), elle, s’étale sur 15 ans, allonge la liste des secteurs éligibles aux exonérations (tous les patrons en bénéficient dans la limite de 10 salariés), se concentre sur les secteurs les plus créateurs d’emplois (tourisme et réhabilitation hôtelière, environnement, logement et financement des entreprises. A noter que sont exclues des mesures fiscales le commerce, les activités financières, la navigation de croisière.
De quoi séduire les plus récalcitrants. Certes, toute ces mesures n’ont pas résorbé le chômage, fortement diminué mais toujours préoccupant : de 18,6% en Nouvelle-Calédonie à presque 30% à la Réunion. Mais les régions monodépartementales font montre, dans le même temps, d’une belle vitalité économique. A titre d’exemple, l’île Bourbon connaît une croissance de 6% par an depuis huit ans, soit le double de la moyenne hexagonale. Et partout ailleurs, les revenus augmentent.
Longtemps dopée par transferts massifs de crédits publics, l’économie des DOM-TOM mise désormais sur ses porteurs de projet privés. A l’image de la Guyane, où les créations d’entreprises ont progressé de 12% en dix ans. Depuis la signature du contrat de plan Etat-Région 2000-2006, la Mission Guyane du Centre National d’Etudes Spatiales (CNES) a attribué près de 14 millions d’e (via les PFIL, l’ADIE et Guyane Technopole) à quelques 275 jeunes entreprises. Dans les DOM, qui affichent un taux moyen de création par habitant de 6%, la Guadeloupe et la Réunion se partagent les lauriers. La première a connu une véritable explosion (+ 2,7%, le taux français le plus élevé) dans le domaine des services.

Teva Bonno,
35 ans, fabrique et vend des planches de surf sur mesure à Tahiti

Pourquoi des planches de surf ?
Polynésien, je suis parti en France en 1993 pour faire mon service militaire. J’y suis resté 8 ans. Je vivais dans le Pays Basque et le surf était une passion. Là-bas, j’ai rencontré un fabricant de planches qui m’en a appris la technique du shapping. Sur les conseils de mon frère, je me suis renseigné sur les ateliers-relais lancés à Tahiti en 1998. En 2000, je suis rentré pour y développer mon activité. A Papeete, la CCISM m’a aidé à présenter mon dossier et très vite, j’ai intégré l’atelier-relais de Tipaerui pour créer la Teva Custom Surfboards. Avec un million Fcfp (55 000 francs) de fonds propres et une aide de l’ACDE de 500 000 Fcfp.

En quoi consistent ces ateliers-relais ?
Ces locaux sont loués pour une durée de 23 mois, à des entreprises en démarrage ou souhaitant s’étendre. Les six premiers mois, les redevances sont équivalentes à 50% d’un loyer normal. Puis, tous les six mois, le loyer est revu à la hausse. Cela m’a permis de consolider mon activité. Car le reste coûte très cher. Car on est en plein milieu d’un océan : au début, j’importais mes mousses des Etats-Unis, avec la résine et la fibre de verre. Aujourd’hui, je les fais venir d’Australie, où elles sont moins chères, mais le frêt représente encore 75% du prix d’achat.

Aujourd’hui, vous avez votre propre atelier ?
En février 2002, j’ai trouvé un emplacement de 135 mètres carrés, pour 760 e par mois, dans la zone industrielle de la Punaruu… qui a brûlé dans un incendie ! J’ai dû louer des salles chez mes concurrents avant de pouvoir m’installer, un an plus tard. Heureusement, le bouche-à-oreille a bien fonctionné. Avec l’aide de deux patentés, je fabrique 24 planches par mois. Les réparations, elles, sont plus rentables. Avec un chiffre d’affaires de 7 millions Fcfp (60 000 e), je commence à voir le bout du tunnel. A terme, je voudrais aussi vendre tous les accessoires de surf. En attendant, j’ai toujours la tête dans le guidon : il y a des vagues même en hiver, alors je ne ferme jamais !

 

 

Liftings et pépites

Cette envolée du tertiaire n’empêche pas le commerce de se développer. Certes, les petites enseignes peinent à trouver leurs marques au côté des hypermarchés, qui se sont déjà accaparés les marchés réunionnais et calédonien. Mais les commerces de détail, d’habillement et d’alimentation demeurent les activités les plus prisées par les entrepreneurs. Heureusement, les initiatives encourageantes ne manquent pas. Rien de tel qu’un petit lifting urbain pour faire refleurir les boutiques. Tahiti et sa capitale s’offrent un nouveau visage. Durée des travaux : trois ans. Avec l’encouragement des collectivités calédoniennes, Nouméa a entrepris un gigantesque chantier immobilier pour offrir les bureaux, les zones commerciales ou d’activité économique (ZAE) réclamés à grands cris par les professionnels.
Il était temps : "Les consommateurs ne sont pas différents de ceux de la métropole. Ils veulent des beaux magasins, modernes, avec des vêtements à la mode et des articles de qualité. Les franchiseurs sont les bienvenus", plaide-t-on à la Chambre de Commerce de Saint-Denis. Les franchiseurs ne sont pas les seuls invités. Il reste encore des niches sectorielles à prendre : l’industrie laitière aux Antilles, l’hôtellerie-restauration en Guyane, les énergies renouvelables, le jus de banane ou la culture de plantes médicinales en Guadeloupe, ou encore les technologies de l’information et de la communication à la Réunion.
Que les chercheurs d’or se rassurent : il reste encore quelques pépites à dégotter dans les environs de Kourou. S’installer outre-mer ? L’aventure sera exotique ou ne sera pas.

Yann Urbès, 30 ans,
a créé une société de surveillance informatique en Nouvelle-Calédonie

Quelle est l’activité de Antipode Télé-Services ?
Je fais de la surveillance d’ordinateurs, grâce à des logiciels qui me permettent de les piloter à distance. Je vérifie ainsi à tout moment que leurs applications fonctionnent correctement. Mes clients, une dizaine de PME-PMI, sont tous en métropole. J’ai négocié les contrats avant de venir m’installer à Nouméa. A l’époque, j’effectuais ma période de préavis chez Goto Software, un éditeur de logiciel lillois où j’étais directeur technique. Arrivé en Nouvelle-Calédonie en décembre 2003, j’ai créé Antipode Télé-Services un mois plus tard.

Pourquoi la Nouvelle Calédonie ?
A cause des dix heures de décalage horaire : j’offre ainsi mes services de jour, de 6 heures à 18 heures,
pendant qu’il fait nuit en France, où la législation du
travail nocturne est assez complexe. Contrairement à d’autres TOM, la Nouvelle-Calédonie présente, en outre, l’avantage d’avoir un tissu économique important et des infrastructures techniques (téléphonie, ADSL…) bien développées. J’avais aussi envie d’une expérience à
l’étranger, tout en restant en France : pour ma famille, le choc n’est pas brutal, même si ma femme, ingénieur en biotechnologie, n’a pas trouvé de poste correspondant à son profil. Et la qualité de vie est incomparable !

Tout se passe-t-il comme prévu ?
Cela fait six mois que mon entreprise fonctionne sur fonds propres. Heureusement, l’investissement financier a été minime puisque j’avais déjà l’essentiel de mon matériel, soit quatre serveurs. Le reste a été financé par une aide de la Province Sud. J’attends également une réponse de l’ANVAR et je vais suivre une formation en gestion à la CCI. J’espère atteindre mon niveau de rentabilité assez rapidement et même embaucher un ou deux techniciens avant la fin de l’année. Seul problème : la prospection de nouveaux clients à 22 000 kilomètres de là. Je fais donc appel à des revendeurs qui incluent mes services dans leur offre.

 

 

Contacts
CCI de Cayenne (Guyane) : 05.94.29.96.00 www.guyane.cci.fr
CCI de Basse-Terre (Guadeloupe) : 05.90.99.44.44 www.basseterre.cci.fr
CCI de Fort-de-France (Martinique) : 05.96.55.28.00 www.martinique.cci.fr
CCI de Saint-Denis (Réunion) : 02.62.94.20.71 www.reunion.cci.fr
CCI de Nouméa (Nouvelle-Calédonie) : 00.687.24.31.00 www.cci.nc
CCI de Papeete (Polynésie française) : 00.689.47.27.00 www.cci.pf

 

 

Paradis fiscal
à la sauce ultramarine

Les professionnels du conseil en défiscalisation estiment que la loi Girardin se révèle encore plus intéressante que la loi Paul : la réduction d'impôt de 50% de l'investissement (désormais 70% pour l'acquisition de bateaux de plaisance et la rénovation d'hôtels) devient imputable sans plafonnement dès la première année. En outre, les entreprises bénéficient d'un abattement d'un tiers sur leur bénéfice imposable. Et certaines, créatrices d'emplois, sont exonérées d'impôt sur les sociétés pendant dix ans. En outre, les cotisations sociales patronales sont quasiment supprimées. L'exonération va de 1,3 à 1,5 fois le SMIC selon les secteurs. Si, à la Réunion, les particuliers bénéficient d'un abattement de 30% sur l'impôt sur le revenu (maximum 33 000 e), en Polynésie, ils ne paient ni IR, ni ISF, ni droits de succession. Quant aux îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy, communes auparavant rattachées à la Guadeloupe, elles ont gagné, avec leur nouveau statut de collectivité territoriale autonome, de quoi devenir de véritables paradis fiscaux.

 

 

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