| |
|
INDEPENDANT - CONSEIL
Equiper son magasin : nouvelles techniques,
nouvelles reglementations
Revue PIC-INTER - n°291 - Mars - Avril 2005
Respect des normes de sécurité et d’hygiène,
respect de l’environnement, économie d’énergie,
traçabilité : les commerçants doivent passer désormais
par les nouvelles technologies et une connaissance approfondie de la réglementation
au quotidien. Etat des lieux.
Avec
l’Europe, être commerçant devient de plus en plus complexe.
Les réglementations sont draconiennes mais on ne peut demander
à un commerçant de tout connaître», affirme
Bernard Theobald, Délégué Général de
Perifem, Association technique du commerce et de la distribution. «Notre
association travaille en partenariat avec Euro-Commerce sur les grands
enjeux de demain : le traitement des déchets et les économies
d’énergie.» Au delà de ces grands chantiers,
Perifem intervient dans le quotidien des commerçants : chaîne
du froid, problèmes sur les fluides frigorigènes, traçabilité,
sécurité.
ZERO ACCIDENT ! EST-CE POSSIBLE ?
La sécurité ! Vaste programme. «La bonne démarche,
c’est de diffuser un guide de bonnes pratiques», précise
Bernard Theobald. «Il faut responsabiliser les professionnels mais
il est impossible de normaliser les magasins.» A la suite de plusieurs
avis de la CSC (Commission de la Sécurité des Consommateurs),
Perifem a mis en place une commission qui a élaboré en partenariat
avec le CNPP un guide de prévention des risques d’accidents
corporels des clients en magasin. Ce guide liste les dangers et apporte
des conseils sur la mise en place des mesures de prévention destinées
à assurer la sécurité des consommateurs. Ces mesures
concernent les produits, les conditions de leur commercialisation, leur
conditionnement, leur exposition et une information aux clients. «Ne
l’oublions pas, veiller à la sécurité, c’est
l’affaire des magasins, mais aussi celle des clients», juge
Bernard Theobald. «Dans un magasin, au rayon des produits bruns,
un gamin a fait basculer une télévision sur la tête
de sa sœur qui est morte. Est-ce de la faute du commerçant
?» Dans le guide, Perifem et le CNPP ont rédigé une
fiche par source de danger, avec la liste des réglementations et
des produits qui doivent être normalisés.
Il y a également des témoignages sur les causes d’accidents,
leur description… Le tout est diffusé sur disquette, avec
une sortie papier. «Ceci dit, il y a toujours de nouveaux produits,
alors on n’obtiendra jamais zéro accident», lance Bernard
Théobald. Il a été souhaité la mise en œuvre
d’une norme dite «Service et sécurité de la
clientèle dans les magasins de vente.» Mais l’excès
ne serait-il pas de vouloir tout normaliser ? «On a en effet de
plus en plus tendance à faire une norme dès qu’il
y a un problème. A mon avis trop de normes tuent la norme»,
considère Bernard Theobald. De plus, il est impossible d’adopter
une norme générale pour des magasins très différents
tels que ceux de centre-ville, de périphérie, sans compter
les grands et les petits commerces et les étals de marché.
«L’objectif de notre guide est de renforcer la responsabilisation,
d'accroître les connaissances et la prévention par le biais
de la formation, en ayant une présentation évolutive.»
CANICULE ET CHAÎNE DU FROID
La canicule de 2003 a mis en évidence les limites de la chaîne
du froid dans le transport et la distribution des denrées alimentaires
réfrigérées et surgelées. A l’époque,
la DGCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation
et de la Répression des Fraudes) avait retiré de la vente
14 tonnes de produits dont 30% de surgelés et 33% de produits réfrigérés
à 4°C. L'expérience de 2003 a montré que c'est
surtout en fonction de la taille des structures que les problèmes
ont différé. Principalement au niveau des équipements
en climatisation, inégalement, voire pas du tout, présents
sur les moyennes et petites surfaces. La plupart des commerçants
reconnaissent qu’ils n’ont pas vraiment d’installation
pour tenir des chaleurs du type de celles de l'été 2003.
Particulièrement exposés, les boucheries et les poissonneries
avec en plus l’éclairage des rayons qui provoque un échauffement
important et des problèmes d’hygiène. Pourtant, certains
commerçants disaient n’avoir connu aucune difficulté.
À défaut de meubles réfrigérants, les magasins
non-alimentaires sans climatisation ont cherché des moyens de se
protéger. En particulier de «l'effet serre» des parties
vitrées. Un magasin de jouets en Haute-Garonne a doublé
la façade sud de sa vitrine d'un mur isolant en laine de verre.
Des magasins Truffaut du grand Sud ont travaillé avec des industriels
pour trouver un équipement pour les verrières tel qu’un
film plastique laissant passer la clarté, mais réfléchissant
les UV.
Au
delà des problèmes d’emballement de la température,
les fluides frigorigènes sont soumis à une réglementation
drastique. Lors d’un forum froid, Perifem annonçait avoir
mis en place un outil informatique pour connaître les problèmes
sur les fluides à l’échelle nationale. Grâce
à un logiciel, l’association inventorie les fluides, estime
les fuites et détermine un ratio par types de commerces.
Une initiative qui a joué un rôle dans la préparation
des nouvelles directives européennes sur le sujet. Le logiciel
permet aux entreprises de savoir où elle se situent par rapport
à la moyenne nationale. Certaines enseignes ont déjà
référencé l’état des installations dans
tous leurs magasins. «Il faut savoir que certains fluides vont être
interdits dans les années à venir ce qui va nécessiter
la mise en place de solutions de remplacement qui pourront aller jusqu’au
changement du matériel», précise Bernard Theobald.
Mais déjà, la Directive européenne sur les gaz fluorés
prévoit des contrôles annuels des installations dont la fréquence
dépend de la quantité de fluide frigorigène contenu.
La période est annuelle pour les installations comprenant plus
de 3 kg de fluide, trimestrielle pour les installations de plus de 30
kg et mensuelle pour celles de plus de 300 kg, ce qui est le cas des entrepôts
et des hyper marchés.
| LES 6 ENJEUX
DE DEMAIN |

Perifem est une association technique du commerce et de la distribution
créée en 1980 qui regroupe près de 160 sociétés,
commerçants, industriels, prestataires de services. Perifem
est également liée à la Fédération
des entreprises du commerce et de la distribution (FCD), à
la Fédération Française des magasins de bricolage
et à l’Union du grand commerce de centre-ville. Elle
a pour ambition de trouver des solutions techniques innovantes pour
un commerce plus performant. Bernard Theobald en est le délégué
général.
«Les 6 grands enjeux des années à venir seront
les économies d’énergie, les problèmes
sur les fluides frigorigènes, ceux liés à l’environnement,
la sécurité, la RFID qui devrait remplacer les codes-barres
et enfin, l’observation nationale des postes de caisse et
du métier de caissière. Perifem influe sur un certain
nombre de textes; nous travaillons en ce moment sur la vidéo
et la télé-surveillance et le traitement des déchets.
On a par ailleurs mis en place l’observatoire national de
l’énergie. Avec l’Europe, Tout ce qui est lié
à l’électricité, au froid et aux produits
dangereux est sur le devant de la scène.»
|
| |
RFID : BIG BROTHER DANS L’ETIQUETTE
?
«A court terme, voire à moyen terme, La RFID (Identification
par radio fréquence) ne remplacera pas le code-barres. C’est
un outil complémentaire qui s’applique sur certaines parties
de la chaîne logistique et certaines catégories de produits»,
indique Bernard Theobald. Aujourd’hui, la technologie doit être
fiabilisée et maîtrisée pour certaines applications.
Les étiquettes RFID changent radicalement la façon dont
les marchandises sont approvisionnées et mises en place. Cette
technologie sécurise et abaisse considérablement le coût
des inventaires, permet une traçabilité pointue des marchandises,
un meilleur repérage des colis égarés, des tris plus
rapides, et crée un obstacle contre le vol à l'étalage
et la contrefaçon. De plus, elle permettrait à plus long
terme un réapprovisionnement et un inventaire global du chariot
des consommateurs. Mais, attention, çela sera très coûteux
!
Epais comme un grain de riz, parfois même, comme un point sur une
feuille, L’étiquette RFID associe une puce et une mini-antenne
souple interrogeable à distance par un lecteur, ce qui lui permet
d'émettre son code d'identification unique. Le dispositif à
une durée de vie illimitée. Certains dispositifs sont plus
compliqués et disposent de capteurs leur permettant d'identifier
des variations comme la température (utile pour les produits surgelés)
ou le franchissement d'un seuil (comme le niveau liquide d'un flacon).
Dissimulée dans une lame de rasoir, dans un DVD destiné
à la location ou sous le col d'une chemise, la puce RFID peut contenir
des centaines d'informations lisibles à distance et à l'insu
même de son propriétaire, d’où la nécessité
de pouvoir détruire certaines informations. A moins de 10 mètres
d'une antenne RFID, la puce s'active automatiquement sous l'effet d'une
onde radio. On peut ainsi tracer des produits depuis leur fabrication
jusque chez le client.
Contrairement aux codes-barres, les étiquettes RFID n’imposent
aucune contrainte de lecture. Selon certains spécialistes, il serait
possible de lire 200 étiquettes à la seconde. D’autres
sont plus nuancés : l’anticollision se manifeste au delà
de 150 à 200 étiquettes. Et sur certains supports - eau,
fer - la lecture se fait mal et par ailleurs, il se produirait des interférences
sur le poste de caisse lui-même. Des tests ont été
réalisés avec une encre magnétique qui joue le rôle
d'antenne pour le point et transforme ainsi une insignifiante feuille
de papier en dispositif émetteur. On pense à des applications
de sécurisation de documents : les passeports ou les dossiers sensibles.
Les étiquettes RFID sont fréquemment apposées dès
la production du produit et deviennent une arme supplémentaire
permettant au magasin de lutter contre le vol. On sait que la démarque
inconnue coûte, en France, 6 milliards d’e et que le montant
des investissements de sécurité en Europe s’élève
à 7,2 milliards d’e. L’étiquette RFID peut donc
présenter un certain intérêt. «Mais, c’est
encore sur le trio sociétés de gardiennage, systèmes
antivol, vidéosurveillance que les commerçants doivent porter
leurs efforts», estime Bernard Theobald. De plus, l’antivol
basique arrête souvent les petits voleurs. En effet, les tags RF
à basse fréquence, déjà utilisés avant
le RFID, permettait déjà de détecter le vol.
Si le prix d'une puce de base, autrement dit d'un «tag», s'élève
à 0,47 e, son prix pourrait rapidement être divisé
par deux. 7 milliards de tags seraient fabriqués d’ici à
2008 contre 276 millions de tags en 2004. De quoi séduire ceux
qui y voient un moyen de faire baisser le coût de la logistique,
tout en luttant contre le vol. 300 millions de clés de voiture
taguées seraient déjà en circulation. En Europe,
différents échos indiquaient que la Banque Centrale Européenne
pourrait envisager la possibilité d'insérer des étiquettes
RFID dans les billets de la monnaie européenne.
Mais, certaines opérations pilotes ont donné lieu à
de vives inquiétudes de la part d'associations de consommateurs.
Les principales critiques portaient sur l'absence de marquage annonçant
la présence d'étiquettes RFID dans les produits et l'absence
de transparence dans l'utilisation qui en était faite par le distributeur.
Il est en effet impossible de déceler qu'une étiquette RFID
reste active après l’achat. Elle pourrait ainsi être
lue à l'insu de son porteur, par d'autres personnes ou organismes,
violant de ce fait le respect de la vie privée. On peut imaginer
que le croisement, au sein de bases de données, d'identifiants
de produits et de données personnelles, pourrait servir de source
de renseignements à un puissant dispositif de recoupement marketing.
D’après le New-York Times, le numéro un mondial de
la grande distribution, Wal-Mart a imposé l'utilisation des RFID
sur les cartons d’emballage à ses cent premiers fournisseurs.
Mais, des tests envisagés sur la mise en place en rayon auraient
été annulés devant la pression des associations de
consommateurs. Métro, l’enseigne allemande, a également
fait marche arrière pour ses puces installées sur des cartes
de fidélité.
Cette technologie en est encore à ses débuts. Si elle a
un impact en termes de rapidité, de fiabilité et d'optimisation,
elle pourrait être facilement détournée de son utilisation.
Un cadre éthique et juridique, nettement défini et contrôlé,
permettrait de conserver le côté positif de cette nouvelle
technologie. «Pour ne pas couler cette technologie intéressante,
il ne faut pas faire n’importe quoi», insiste Bernard Theobald.
Jean-Marc Mosconi,
Délégué Général de Mercatel
«Un commerçant qui dispose d'un terminal de paiement
doit envisager de passer a EMV.» |
Mercatel
a été créé en 1986 à l'initiative
du Conseil du Commerce de France afin que soit réuni, dans
une structure unique, l'ensemble des acteurs qui concouraient au
développement des nouvelles technologies de l'information
et des systèmes de paiement électronique dans le commerce.
Jean-Marc Mosconi assure l'animation au niveau des nombreux groupes
de travail et dans les différentes instances nationales et
internationales concernées.
«Nous avons pour mission de veiller aux évolutions
des nouvelles technologies qui ont ou auront un impact sur le commerce
et d’en informer les entreprises et les Fédérations
du Commerce. Actuellement, notre effort porte sur la migration des
systèmes de paiement électronique vers la norme internationale
EMV qui s'impose en Europe et dans le monde. Mais le paiement sans
contact, le paiement par mobiles, l'évolution des réseaux…
font partie de nos sujets de réflexion. Nos interlocuteurs
privilégiés sont bien entendu les instances bancaires,
les autorités publiques et la Commission Européenne.
Aujourd'hui, un commerçant qui dispose d'un terminal de paiement
doit envisager de passer à EMV afin d'accepter les cartes
étrangères «à puce». Dans le cas
contraire, en cas d'incident de paiement, sa banque lui appliquera
«le transfert de responsabilité» édicté
par Visa et MasterCard, c'est à dire qu'elle lui répercutera
l'impayé. Par conséquent, il est indispensable que
le commerçant, s'il n'est pas à la norme, s'adresse
à sa banque ou à son mainteneur. Les grandes enseignes
ont pour 75% d'entre elles déjà assuré cette
évolution mais seulement 45% du Commerce indépendant.
Pour le commerçant indépendant équipé
d'un TPE, s'il loue ce matériel à sa banque, celle-ci
peut procéder à un changement suivant le contrat ;
s'il est propriétaire, soit il a une modification à
faire, sous réserve d'expertise, soit il doit le changer
; dans ce cas, le coût peut varier de 500 à 1 200 €.» |
| |
Sommaire
numéro n°292
Sommaire
Dossier INDEPENDANTS
|
|
|