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INDEPENDANT - CONCEPT
Les confitures de la reine Christine
Revue PIC-INTER - n°292 - Mai- juin 2005
On est surpris par le raffinement, le goût,
la pureté de ses produits. Elle vise à chaque fois l’exceptionnel.
La jeune fille gourmande de Niedermorschwirhr, un petit village alsacien,
est devenue la reine des confitures. Rencontre avec une professionnelle
surdouée et passionnée.
Bouille
ronde, regard brillant, fraîcheur de fruit frais, Christine Ferber,
44 ans, a l’air d’une adolescente revenue d’une balade
dans un verger alsacien. Elle raconte avec délectation son histoire
semée de belles et bonnes choses. Elle naît et grandit à
Nidermorschwihr, un petit village connu pour son église du 13ème
siècle dont le clocher vrillé est unique en France, ses
maisons anciennes arborant quelques-uns des plus beaux balcons de bois
et oriels de la région. Avec un arrière grand-père
et un grand-père boulangers, un père boulanger-pâtissier-chocolatier,
elle a su très tôt qu’elle avait envie de suivre le
même chemin. Gamine, Christine possédait déjà
le goût du doux et du suave. «Toute petite j’ai été
sensible aux odeurs, aux couleurs. J’aimais la beauté des
fruits que ma grand-mère mettait en conserve dans des bocaux ou
épluchait pour faire des tartes, la couleur du beurre sortant de
la baratte. Je suis tombée amoureuse des matières.»
Il faut savoir qu’en Alsace, au moment de Noël, on fabrique
par centaines des petits fours et petits sablés au beurre, des
stollens et berawekas aux fruits . «C’est une tradition qui
nous est venue d’Europe centrale avec l’arrivée de
Stanislas Lesczynski, le beau-père de Louis XIV.»
Sa vocation ? «c’était d’aider papa au magasin
et de voyager.» Elle avait à peine 15 ans quand son père
lui dit : «Tu veux t’instruire et voyager ? Pars apprendre
le métier à Bruxelles.» Immédiatement, elle
quitte la France où, à cette époque, on ne prenait
pas de fille dans le milieu de la pâtisserie. «L’école
a duré trois ans. A mon retour, en 1979, j’ai remporté
la coupe de France des jeunes pâtissiers pour la présentation
d’une pièce artistique». Puis, pour côtoyer le
monde des professionnels reconnus, elle rejoint la Capitale. Elle travaille
un an chez Peletier, un des plus grands pâtissiers de France. Mais
l’envie de rentrer chez elle la taraude. « A 24 ans, j’ai
repris la boutique de mes parents pour y développer la branche
pâtisserie et chocolaterie.» Et tout doucement elle expérimente,
elle ose mettre au point des techniques très particulières
: «A tâtons. Car je voulais préserver les saveurs.»
La chatte gourmande qu’elle était, expérimente la
fabrication de confitures avec des fruits macérés une nuit
dans un sirop et cuits en plusieurs temps. «Toujours en petite quantité»,
précise-t-elle. Le résultat est savoureux. Mais ce savoir-faire
n’explique pas tout ? «Je suis attentive à la qualité
des fruits que j’utilise.» Il est en effet courant de la croiser
le matin, sur les marchés, des paniers sous les bras, remplis de
fruits de saison. «A l’exception des abricots, figues, agrumes
et fruits secs introuvables dans la région, tous mes fruits proviennent
d’Alsace.»
Christine Ferber aime créer la surprise, une surprise à
chaque fois authentiquement gourmande. Et cette femme raffinée
y parvient. Pour s’en convaincre, il suffit de goûter ses
confitures qui comblent les puristes : confiture de mirabelles, oranges
et cardamome, confiture de framboises et pêches blanches, confiture
d’abricots à la vanille, confiture aux pétales de
rose. Près de 200 variétés qui respectent le rythme
des saisons et diffèrent d’une année sur l’autre.
Mais toujours sans céder aux sirènes de la fabrication en
gros. Les grands groupes alimentaires aimeraient bien qu’elle les
rejoigne. Pas question de quitter son alsace natale, sa jolie boutique
et son atelier où elle fabrique à peine trois milliers de
pots par mois, de quoi faire sourire les industriels du secteur qui cuisent
de 200 à 300 kilos de fruits en même temps. «Je travaille
4 kilos de fruits maximum, ce qui donne une moyenne de 20 petits pots,
tous remplis à la main. Il ne faut pas faire des produits pour
faire de l’argent mais pour faire du beau. Cela demande de rester
intègre, de ne pas tricher.»
RECONNUES PAR SES PAIRS
La
“Reine Christine”, comme l’appellent affectueusement
les Alsaciens, ne se contente pas de ses formidables talents de confiturières.
Elle s’est affirmée comme l’une des rares femmes dans
ces fameux métiers dits «de bouche» et, à ce
titre, a été élue meilleur pâtissier en 1998
grâce à ses tartes, stollens (brioches de la ville de Dresde),
Beraweka (pain au fruits secs, amendes, citrons séchés et
épices), pains d’épices, kougelhopfs. «Je fabrique
également des aigre-doux que vous trouverez sur les tables de quelques
grands cuisiniers», précise-t-elle. Les pêches de vigne
au pinot noir ou les griottes au laurier que l’on sert avec le gibier.
Elle est sollicitée par les plus grands tels que les Frères
Troisgros. Pour Alain Ducasse elle a concocté une confiture servie
avec les fromages. Pour Philippe Legendre, au George V, elle a fait une
gelée de pamplemousse agrémentant le turbot. Elle a élaboré
en exclusivité une confiture de leetchi à la rose associée
à une confiture de framboise que son ami, Pierre Hermé,
fait entrer dans la composition de son fameux Ispahan. Ces deux artistes
des pâtisseries se connaissent depuis leur plus tendre enfance.
«Pierre est né à Colmar. Enfant, il venait chez ses
cousins dans mon village.» La reconnaissance de ses pairs est importante
car il y a peu de femmes qui percent dans ce milieu très fermé
de la gastronomie française. Mais, pour Christine Ferber, si cela
donne plus d’énergie, la notoriété ne change
pas son quotidien.
Levée à 5 heures du matin, elle fait le tour des marchés.
Arrivée à 6 heures à la boutique, elle commence à
fabriquer les pâtisseries. A 13h30 elle passe à la fabrication
des confitures. C’est à ce moment-là que son travail
suit le rythme des saisons. Les trois premiers mois de l’année
elle travaille les fruits exotiques et prépare les chocolats de
Pâques. Puis elle fabrique des confitures aux fruits de France durant
le printemps et l’été. En octobre elle passe au coing
et à la pomme. En novembre c’est au tour des pains d’épices
puis en décembre, les chocolats et toutes les friandises pour les
fêtes. Lorsqu’elle rentre chez elle vers 19 heures, elle jardine,
cuisine, lit et écrit.
De livre en livre, elle publie toutes ses recettes. «J’aime
partager», dit-elle. C’est ainsi que son père et sa
grand-mère ont tout transmis : à sa sœur Elisabeth
qui tient la boutique, à son frère Bruno qui s’occupe
du service traiteur et à Christine, toujours en cuisine. Son livre
«Merveilles, délicieuses recettes au pays d’Alice»
a été écrit à quatre mains. C’est Philippe
Model, styliste-créateur de chaussures et de chapeaux, qui a eu
l’idée du livre et mis en scène les recettes. Christine
Ferber s’est inspirée du monde d’Alice, monde onirique
et tourmenté qui a donné des recettes de gâteaux colorés,
épicés avec une connotation anglaise, en hommage à
Lewis Carroll.
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1979 : élue meilleur pâtissier
de France
1988 : Marianne du meilleur Kougelhopf
1998 : élue chef pâtissier de l’année
2004 : prix de l’innovation
2005 : 19 salariés, 200 références, 9 livres |
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