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PIC-INTER - n°313 -NOVEMBRE - DECEMBRE 2008
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PME Acquisitions d'Entreprises - n°35 - SEPTEMBRE - OCTOBRE - NOVEMBRE 2008, www.acquisitions-entreprises.com
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INDEPENDANT - SAGA

PARABOOT la qualité marche toujours

Revue PIC-INTER - n°292 - Mai- juin 2005

Depuis 1919 et la naissance de la première chaussure à semelle de latex, la famille Richard-Pontvert édifie avec patience la légende Paraboot, jusqu’à faire de cette affaire familiale une valeur sûre du luxe. Rencontre avec une dynastie qui a mis la chaussure au rang des beaux arts.

Chel Richard, Essec de 60 ans, est rentré dans l’affaire familiale en 1983, à un moment où l’entreprise déposait le bilan. Serait-il allé au bout de ses rêves et de ceux de sa famille ? Indubitablement, non ! Il va tirer le fil d’une histoire commencée à la fin du XIXème siècle par son grand-père, Rémy Richard-Pontvert. Un petit cordonnier qui a développé son atelier grâce à la réparation de chaussures de soldats, pendant la première guerre mondiale. En 1919, au cours d’un voyage aux Etats-Unis, le cordonnier isérois découvre les boots ainsi qu’un produit étonnant, le latex qui transitait par le port de Para en Amazonie. De retour dans son atelier, au pied des Alpes, il a l’idée d’associer les deux noms pour inventer un style de chaussures inusables et inspirées des boots américaines. Les godillots porteront le nom de Paraboot. Une marque venait de naître. «Les premiers clients de mon grand-père étaient des agriculteurs, des chasseurs et des pêcheurs. Une clientèle agricole qui avait besoin de chaussures solides et étanches», explique Michel Richard.

Dans les années 50, Julien Richard, fils de Rémy, rentre en scène. Ce commercial hors-pair entreprend de faire sortir la chaussure de la région dauphinoise pour développer la marque dans tout l’Hexagone avec l’idée d’adapter, pour la ville, la chaussure à semelle de latex. En 1944, Julien fête la naissance de son fils Michel. Un évènement qui va donner à la marque un parfum de mythe : la chaussure robuste, à semelle vulcanisée, devient la «Michaël». Un coup de génie, puisque la mythique chaussure porte toujours le même nom aujourd’hui.
Passant d’une clientèle agricole à une clientèle citadine, profitant de la mode «gentlemen farmer», Paraboot va connaître un essor sans précédent pendant les Trente Glorieuses. A l’époque, Julien Richard est l’ami d’Eugène Blanchard, le propriétaire de la très prestigieuse maison Weston. Un jour, Eugène dit à Julien : «Je te laisse la chaussure de sport, je garde la chaussure habillé.» Et c’est ainsi que, lors d’une partie de chasse, Paraboot et Weston se sont partagés le marché de la chaussure de luxe pour hommes. Julien Richard va s’inventer une nouvelle vie dans le luxe. Il a sans doute contribué à bousculer les règles de l’élégance en prouvant que l’on pouvait mener plusieurs activités sans être obligé de changer de chaussures. Rapidement, on voit toute la jet-set porter “la Michaël”. Et pour être absolument raccord avec l’image, Julien Richard surveille de près la fabrication pour obtenir la meilleure qualité. Mais, pour lui, le luxe résidera toujours dans la fonction d’usage. En effet, la première caractéristique de la chaussure à semelle de latex c’est son confort, un message pas très glamour qui a mis du temps à passer mais qui tient toujours. La logique ? «C’est une chaussure intemporelle», lance Michel Richard.

UNE MUTATION NECESSAIRE

1983, l’entreprise est malade. A son chevet Michel Richard, fils de Julien et actuel PDG de la société. La situation nécessite un dépôt de bilan et l’entreprise va passer quatre ans sous tutelle judiciaire. En 1985, deuxième coup dur : des copies de la mythique chaussure, vendues moins cher, affluent en France. Mais il en faut plus pour décourager l’ancien contrôleur de gestion d’IBM. Expérience oblige, il trouve des solutions : exporter son produit haut de gamme. Les Italiens sont au rendez-vous et adoptent la chaussure vedette de la marque. Un hic : le distributeur italien qui avait signé avec Paraboot ne voulait que “la Michaël”. Deuxième coup de poker réussi : il dessine des lignes plus urbaines et lance une ligne de chaussures pour femmes qui représente actuellement 40% de la production. La diversification se pratique avec parcimonie mais çà marche.
Aujourd’hui, les chaussures sont fabriquées dans deux usines basées à Iseaux et Tullins dans l’Isère, berceau historique de la société. Michel Richard a été rejoint par sa fille Clémentine Colin, chargée de la distribution et de la mise en place des collections. Son fils, Marc-Antoine est au bureau des méthodes, son gendre, Pierre Colin, partage la direction commerciale avec un cousin, Frédéric Tersen. «Le capital de la société est détenu a 100% par la famille», souligne Pierre Colin. «Et nous tenons à notre indépendance.»

Le clan inflige un démenti cinglant à tous ceux qui prévoyaient le déclin fatal de la chaussure française. Paraboot a bien négocié son virage stratégique dans le haut de gamme et a évité le sort de nombreuses enseignes laminées par la concurrence asiatique. Pourquoi ? «Nous avons sur garder le meilleur de notre tradition», lance Pierre Colin. Il est vrai que dans les ateliers de fabrication règne un parfum d’antan. Les gestes sont identiques et le travail artisanal garde la même exigence de précision. Il ne faut pas moins de 150 opérations pour réaliser une chaussure avec la technique du cousu Norvégien. Elle consiste à fixer la tige de la chaussure à la semelle grâce à une double couture sur une bande de cuir (trépointe), visible de l'extérieur et garantissant étanchéité, résistance et durabilité. Quant au cousu Goodyear, du nom de son inventeur américain, il s'effectue en cousant une trépointe de cuir entre la tige et la semelle, laissant apparaître une seule couture sur le pourtour. Solide et raffiné, il offre également l'avantage de permettre plusieurs ressemelages.


Le design et la qualité ne suffisent pas. Il faut vendre aussi. La marque est distribuée en France et à l’étranger par des multimarques triés sur le volet. La société se distribue également elle-même à travers 18 boutiques dont 5 à l’étranger. «Nous avons aussi 4 corners : Galeries Lafayette, Bon Marché, BHV et la Samaritaine», souligne Pierre Colin. Avec 800 références et la vente annuelle de 300 000 paires de chaussures à 250 e la paire en moyenne (les prix sont compris entre 100 et 400 e), le marché français est largement couvert. Les efforts portent sur l’international - surtout le Japon - qui représente 25% du chiffre d’affaires. «Nous n’ouvrirons pas des boutiques partout dans le monde, mais nous sélectionnerons quelques pays et les grandes capitales régionales françaises. Le partenariat ne sera pas notre cheval de bataille.»

Il paraît qu’une marque de luxe doit charmer les stars pour réussir. Paraboot n’a pas failli à la règle. “La Michaël” séduit les citadins BCBG, mais aussi le Premier Ministre Belge et Jacques Chirac. Effet bouche-à-oreille garanti. La liste des Paraboot-maniaques en vue n’a cessé de s’allonger : Edouard Balladur, Francis Huster, Alain Souchon, Florent Pagny, Vanessa Paradis… Georges Clooney, l'acteur américain, en personne, a fait venir de la boutique d'Anvers la seule paire de Paraboot, en 47,5 du modèle désiré. Cette belle marque a bâti un îlot de résistance et ses dirigeants successifs ont souvent bousculé un lourd héritage mais ont vécu en près d’un siècle, étape par étape, une belle métamorphose.

 

 
 

 

DATE DE NAISSANCE DE LA MARQUE : 1919
NOMBRE DE SALARIES : 200
PRODUCTION : 90% dans l’Isère
BUDGET COMMUNICATION 2004 : 350 000 €
CHIFFRE D’AFFAIRES 2004 : 16,6 M €
CHIFFRE D’AFFAIRES D’UNE BOUTIQUE : 350 000 €
 

 

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