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INDEPENDANT - CONSEIL
ISF
: des moyens pour réduire la facture
Revue PIC-INTER - n°296 - Janvier - Février 2006
Aujourd’hui l’ISF, impôt parsemé d’exonérations,
est une véritable usine à gaz.
Qu’en est-il des moyens pour réduire la note fiscale ?
En
1988, à la création de l’ISF,
129 000 contribuables
étaient redevables. Ce chiffre
atteint aujourd’hui 350 000
(1% des contribuables et 2,6 Mds€ de
recette). Mais en raison des expatriations
qu’il provoque, l’ISF coûterait globalement
plus cher qu’il ne rapporte. On constate
en effet que si la France maintient l’impôt
de solidarité sur la fortune, ses voisins
se livrent à un dumping fiscal.Aux pays
qui ne connaissent pas l’ISF comme la
Belgique, il faut ajouter ceux qui
avaient auparavant un impôt sur la
fortune et qui l’ont supprimé, comme
l’Autriche et l’Allemagne. L’ISF pour les
personnes physiques disparaîtra au
Luxembourg à compter du 1er janvier
2006. Rappelons qu’en Suède, tous les
patrimoines de plus de 109 000 € sont
allégés de 1,5%. Au Pays-Bas on ne
taxe plus que les revenus du capital.
Alors, la liste des exilés - vraie ou
fausse – s’agrandit. Sur les dix premières
fortunes professionnelles françaises,
six ont choisi des cieux fiscaux plus
cléments, en Belgique, en Suisse, en
Italie (suppression des droits de
succession), au Portugal ou au Maroc.
A savoir : Aucune statistique n'existe
sur l'exil fiscal proprement dit. D'après
le rapport sur l'ISF du sénateur
Philippe Marini, de 350 à 370
assujettis se délocaliseraient
chaque année depuis 1997, contre
une centaine de retours annuels. En
cumulé sur six ans, cela représenterait
10 milliards d'€ de capitaux, dont
une bonne partie gérée de Bruxelles,
Londres ou Zurich.
L'exil est donc inférieur aux estimations
les plus invraisemblables mais le
fait existe et il pourrait s'accroître.
Toutefois, on constate que si une
poignée d'entrepreneurs du Net, assez
jeunes, ont décidé de fonder leur
nouvelle société en Belgique ou
ailleurs, dans la grande majorité, les
exilés ne partent pas pour recréer des
entreprises,mais pour gérer tranquillement
leur portefeuille. «Une délocalisation
doit avant tout être un choix de vie et non
pas un choix uniquement dicté par des
considérations fiscales. Dans ce dernier
cas, les conséquences familiales peuvent
être catastrophiques» commente
Nicolas Pagano d’UBS France
(Ingénierie patrimoniale).
En matière d'ISF, il convient de pouvoir
déterminer si toutes les mesures
permettant de bénéficier d'une exonération
partielle ou totale ont bien été
prises et si, bien sûr, toutes les
conditions requises pour bénéficier de
l'un ou de l'autre de ces régimes d'exonération
sont effectivement remplies.
Les commerçants, dirigeants d’entreprises
peuvent réduire la note de leur
ISF, mais attention ! «Si l’entrepreneur
pense pouvoir bénéficier d’une exonération
alors que ce n’est pas le cas, le risque est
celui d’un redressement. Les incidences
financières peuvent être très importantes
avec une requalification sur 10 ans
en cas d’absence de déclaration d’un
bien», lance Nicolas Pagano.
ADOUCIR L’ISF
Certains critères sont à respecter
pour bénéficier d’une exonération
totale ou partielle.Pour les commerçants,
entrepreneurs individuels, dirigeants
de sociétés l’activité professionnelle
doit être une activité industrielle,
commerciale, agricole, libérale ou
artisanale. Sont donc exclus les
activités purement civiles telle que par
exemple, la gestion d'un patrimoine
immobilier. «Pour les entrepreneurs
individuels, la profession doit être exercée
par un membre du foyer fiscal à titre
principal et naturellement, seuls les biens
nécessaires à l’activité professionnelle
peuvent bénéficier de l’exonération».
Ne
sont donc pas considérées comme
biens professionnels et exclus de
l’exonération d’ISF, les parts ou actions
de société ayant pour activité principale
la gestion de leur propre patrimoine
mobilier ou immobilier.
La frontière est plus délicate pour les
sociétés holdings. Si la société peut
être qualifiée de société holding
animatrice, c’est à dire qu’elle rend
des services (comptables, ressources
humaines par exemple) et participe à
la gestion des filiales, elle pourra
constituer l’outil professionnel exonéré
d’ISF. En revanche, les sociétés détenues
au travers d’une société holding
«pure» ne pourront être exonérées
que dans la mesure où il n’existe
qu’un seul niveau d’interposition
entre l’actionnaire personne physique
et la société constituant l’outil professionnel
(sous réserve du respect des
autres conditions détaillées ci-dessous).
Au-delà de ces principes, trois
conditions doivent être simultanément
remplies pour que les parts sociales
ou actions détenues par leur propriétaire
dans une société soumise à
l’IS bénéficient de la qualification de
biens professionnels exonérés. «Le
dirigeant doit détenir au moins 25%
des droits de vote de la société avec son
groupe familial. Toutefois ce seuil n'est
pas exigé si la valeur de ses parts
représente plus de 50% de la valeur
brute de son patrimoine taxable. Leur
propriétaire doit exercer une fonction
dirigeante qualifiée au sens de l'article
885 O bis 1er du CGI. Gérant pour une
SARL, Président du Conseil d’administration,
DG ou DG délégué, l’ensemble des
membres du directoire ou Président du
Conseil de surveillance pour une SA.
Pour une SAS il n’y a pas de critère précis
mais les fonctions du Président doivent
recouvrir le même champs de compétence
qu’un DG ou Président de Conseil
d’administration. Enfin, ces fonctions
doivent faire l'objet d'une rémunération
normale et représenter au moins 50 %
des revenus professionnels du contribuable»,
développe Nicolas Pagano.
LE PACTE DUTREIL
Si les différentes conditions nécessaires
à une exonération au titre de l’outil
professionnel ne sont pas satisfaites,
il est envisageable de bénéficier
d’une exonération partielle en
ayant recours à un
pacte Dutreil.
Dans le cadre
d’un tel pacte,
ouvert à tous
les actionnaires,
ces derniers
prennent un
engagement de
conservation
des titres.
«L'engagement de
conservation des titres
pendant 6 ans est un engagement collectif
qui doit être signé par le redevable avec
d'autres associés, en outre, l'un des
signataires doit exercer dans la société
une fonction de direction. Pour les sociétés
non cotées, les titres du pacte devront
représenter au moins 34% du capital».
A l’heure actuelle, les titres inclus
dans le pacte bénéficient d’une
exonération d’ISF à concurrence
de 50% de leur valeur. Mais à des
fins d'harmonisation, l'exonération
partielle d'ISF dont peuvent bénéficier
les participations ayant fait l'objet de
pactes d'engagement collectif de
conservation, serait porté à 75 %. En
effet, dans le cadre de la Loi de
Finances pour 2006, une nouvelle
mesure d’exonération partielle
d’ISF devrait être votée : Les
dirigeants et actionnaires devraient
désormais bénéficier d’une exonération
d’ISF à hauteur de 75% de la valeur
de leurs titres dès lors qu’ils
s’engagent à les conserver six ans.
Les actionnaires à la retraite pourront
jouir du même dispositif, à condition
qu’ils aient détenu leurs actions trois
ans avant leur départ et qu’ils les
aient conservés six ans après leur
cessation d’activité. Une mesure
qui devrait inciter les dirigeants
à rester en France. Auparavant,
dès lors qu’ils quittaient leur poste,
leurs actions n’étaient plus considérées
comme des biens professionnels.
| L’HISTOIRE DU «PAUVRE
RÉTAIS» |
L'opinion publique a été alertée
en 2004 sur le sort de Maurice Berchoto, agriculteur à la
retraite. Ce «pauvre»
Rétais – il perçoit 550 € de retraite par
mois -, a été frappé par la bulle immobilière
qui sévit dans l'île célèbre pour ses
stars et people en villégiature. Ici, beaucoup d’habitants
du cru possèdent des terrains qui sont dans la famille depuis
des générations. Mais depuis peu, l'ISF menace les
Rétais de souche. Sur une population de 18 000 habitants,
l’île compterait 631 assujettis à l'ISF. Et aujourd’hui,
certains sont obligés de vendre pour payer cet impôt.
La ferme et les terrains de Maurice Berchoto doivent valoir quelques
900 000 € et à
la mort de sa femme, il s’est vu redressé
sur 10 ans avec intérêts de retard de 90 000 € au
titre de l’ISF. Que s’est-il passé ? Certains
paysans avaient des parcelles non constructibles, évaluées à
1 € le m2, mais d'autres se sont retrouvés avec des bouts
de terrain, devenus constructibles, qui peuvent s'arracher à
1 000 € le m2. Ce «syndrome du pauvre Rétais» se
retrouve un peu partout en France où
le prix de l’immobilier a grimpé au delà
de la moyenne nationale. Le fisc découvre alors que terrains
et logements sont identiques en taille à ceux qui ont été
cédés dans le quartier à un prix dépassant
le seuil de la grande fortune. C’est là
qu’intervient l’inspecteur des impôts. Et c’est
ainsi qu’en 2004 plus de 335 000 personnes ont rempli leur
déclaration au titre de l’ISF, soit 87% de plus qu’en
1997. |
Dans le cadre du pacte Dutreil,
certains évènements remettent en
cause l'exonération partielle d'ISF.Tel
sera le cas si par exemple il n’y a plus
de dirigeant parmi les signataires du
pacte ou si le seuil de 34% n’est plus
respecté. «Même s’il existe des délais
pour régulariser la situation, il peut être opportun de conclure
plusieurs pactes avec les mêmes titres afin de se
prémunir contre la défaillance de l’un de
ses co-signataires». Pour l’actionnaire
qui ne respecterait pas son engagement
de conservation, l'opération entraîne
la remise en cause de l'exonération
partielle depuis l'origine. Il devra donc
acquitter l'ISF dont il a été exempté
pour chaque année concernée assorti
de l'intérêt de retard mensuel. Si la
cession diminue la participation des
autres actionnaires en dessous du
seuil, ils disposeront d'un délai d'un an
pour conclure un nouvel engagement
de conservation de titres. Une fusion
n'entraînera pas de remise en cause
sous réserve de conserver les titres
remis en contrepartie de l'opération
jusqu'au terme de l'engagement pris
pour les titres d'origine.
«Dans le cadre de l’exonération des
titres résultant de la souscription au
capital des PME, il est possible de
bénéficier d’une exonération totale d’ISF
pour les titres reçus en contrepartie de la
souscription au capital d'une PME soit
lors de leur constitution soit à l'occasion
d'augmentations de capital», expose
Nicolas Pagano. Les PME visées sont
celles qui ont, lors de la souscription
des titres, les caractéristiques suivantes :
Un effectif de moins de 250 personnes,
un chiffre d'affaires inférieur à
40 M€ ou un total de bilan inférieur à
27 M€, être indépendantes, c'est-àdire
avoir un maximum de 25% de leur
capital qui ne soit pas détenu par une
ou plusieurs entreprises ne répondant
pas à la définition d'une PME.
«A partir de 2006, le bouclier fiscal
devrait permettre à certains contribuables
de limiter significativement leur ISF.
Jusqu’à maintenant, la charge fiscale ne
devait pas excéder 85% des revenus.
Aujourd’hui le bouclier fiscal limite la charge
fiscale à 60% des revenus (nouvel article
1 du CGI). Les impôts pris en compte sont
l’IR, l’ISF, la taxe d’habitation et la taxe
foncière (uniquement sur l’habitation
principale). Les prélèvements sociaux de
11% ne sont pas pris en compte»,
décrypte Nicolas Pagano.
Le 15 juin 2006, le contribuable établit
sa déclaration et règle le montant de
l’ISF après prise en compte du plafonnement
limité à 85%. Le bouclier fiscal
jouera en année N+1. En 2007, il
cumulera le total des impositions
acquittées en 2006 et le comparera à
l’ensemble de ses revenus. Si la charge
fiscale totale représente plus de 60%
de ses revenus, l’administration lui
remboursera le trop perçu. Pour un
contribuable qui disposerait d’un
patrimoine jusqu’à 2,4 M€ la décote
peut atteindre 100% de l’ISF dû.
«L’administration fiscale remboursera le
trop perçu. Le bouclier fiscal constitue
une véritable réforme de l’ISF, son
impact sera très important pour certains
assujettis».
LES MOYENS
D’OPTIMISER
L’ISF
Parmi les stratégies visant à limiter sa
base taxable à l’ISF, une des techniques
consiste à faire des donations en PP
(Pleine Propriété) aux proches ou à
une fondation d’utilité publique.
«Dans le cadre d’une donation temporaire
d’usufruit (US), il faut être prudent. Le bon
motif est impératif. Par exemple des
parents qui donnent temporairement l’US
d’un appartement ou d’un portefeuilletitres
à un enfant qui fait des études. Ce
type de donation a un coût de 23% de la
valeur du bien transmis par période de
10 ans», précise Nicolas Pagano. Une
stratégie plus marginale : l’investissement
immobilier en NP\US. «le nupropriétaire
doit être une personne
physique et l’usufruitier, une personne
morale n’ayant pas de lien avec le nupropriétaire.
L’investisseur NP sera exonéré
sur la somme mais sa dette contractée
lors de l’achat de la nue-propriété viendra
au passif de l’ISF. Les intérêts de l’emprunt
seront déductibles de ses autres revenus
fonciers».
Bien que certaines aient été modifiées
ces dernières années, il existe quelques
200 niches fiscales. Quelques une sont
passées d’une réduction de base de
l’impôt à une baisse de l’impôt puis à
un crédit d’impôt. Pour faire baisser le
patrimoine taxable il est possible de
miser sur les antiquités et objets
d’art (biens totalement exonérés).
Dans le cadre de certains supports
financiers (contrats de capitalisation),
il n’est tenu compte, pour évaluer le
patrimoine soumis à l’ISF,que des sommes
initialement investies ; les plus-values
n’étant pas comptabilisées. En décidant
de plafonner son ISF, les revenus doivent
être maîtrisés car une hausse de ceux-ci
peut remettre en cause la stratégie
adoptée.«Si un commerçant ou un dirigeant
d’entreprises désire optimiser son ISF, il
devra être très rigoureux. Il est beaucoup
plus prudent de faire valider un savant
montage par un spécialiste», conclue
Nicolas Pagano.
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numéro n°296
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