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EN VEDETTE - ANNE PARISOT
Laurence PARISOT
Présidente du MEDEF
Revue PIC-INTER - n°296 - Janvier - Février 2006
“LE MEDEF VIENT DE DÉCIDER DE CRÉER
UN OBSERVATOIRE NATIONAL DES MÉTIERS”
Pensez-vous que la crise récente
dans les banlieues est un message
adressé aux politiques ou simplement
une expression de ras-le-bol ?
Cette crise dans les banlieues a été un
événement grave. C’est un avertissement
qu’il convient d’entendre et qui oblige
chacun à réagir. Il est difficile de trouver
des explications simples ou uniques à ce
qui vient de se passer ; cette poussée de
violence s’explique probablement par de
nombreux facteurs. Elle est en tout cas
révélatrice des grandes difficultés et aussi
du désarroi de certaines populations. La
complexité de la situation impose de
trouver des réponses multiples et à plusieurs
voix : ce sont de nombreux acteurs qui,
ensemble, doivent agir pour que cela ne
se reproduise plus : les entreprises, les
enseignants, les administrations, les
associations… Les entreprises ont une
vraie responsabilité, dans le sens positif
du terme, mais ne doivent en aucun cas
se sentir coupables car elles ont fait
énormément sur le terrain jusqu’ici.
L’entreprise est sans doute aujourd’hui le
meilleur vecteur d’intégration dans la société !
Comment a réagi le Medef ?
Des décisions ont-elles été prises ?
Le Medef a demandé à tous ses Medef territoriaux
de se tenir à la disposition des
administrations, pour travailler ensemble.
Nous avons commencé à recenser les
«bonnes pratiques», les initiatives
positives dans l’idée éventuellement de
les diffuser, de les dupliquer quand elles
fonctionnent. Il s’agit par exemple de
l’opération «nos quartiers ont du
talent» lancée par le Medef Nord
Francilien qui vise à mettre en relation
directe les jeunes diplômés de la
Seine-Saint-Denis et les entreprises
de ce même département. Il est
urgent de faciliter l’accès au travail,
évidemment dans les quartiers sensibles,
mais pas seulement. C’est pourquoi
le Medef vient de décider de créer un
Observatoire National des Métiers
pour permettre un meilleur ajustement
entre l’offre et la demande. Nous avons
également créé un groupe de travail sur
les banlieues et proposé de prolonger la
convention sur le 1% logement pour six
ans, ce qui permettra très concrètement
de dégager 2,4 milliards d’€ en plus, au
service du plan de rénovation urbaine.
Considérez-vous que l’apprentissage
à 14 ans est une bonne formule ?
C’est certainement une bonne solution
pour certains jeunes, qui ne peuvent pas
suivre le circuit scolaire classique. Nous
y sommes favorables, à condition toutefois
que cela se passe en coordination avec
l’école et que les modalités d’application
soient bien réfléchies branche par branche.
Il est important de maintenir un lien avec
l’école car ces jeunes apprentis doivent
avoir les bases fondamentales (écrire,
compter…) et acquérir un minimum de
discipline dans leurs comportements. Les
enseignants font des choses formidables
sur le terrain et je ne peux que souhaiter
une meilleure articulation entre le
monde de l’entreprise et le monde de
l’éducation nationale.
Alors que votre proposition d’une
négociation sur la diversité avait été
critiquée par certains, aujourd’hui
diriez-vous que c’était une réponse aux
difficultés rencontrées par les jeunes ?
Le Medef a été le premier à proposer
aux syndicats de salariés une négociation
sur la question de la diversité dans
l’entreprise. Nous estimons, à juste titre,
être moteurs sur cette question
importante. Il existe des formes de
discrimination en fonction des origines,
mais pas seulement. Il y a également des
discriminations en fonction de l’âge ou
du sexe. Nous devons tout faire pour y
remédier le plus rapidement possible.
Comment comptez-vous faire
pour «réconcilier les Français avec
l’entreprise» ?
C’est en effet un objectif majeur à mes
yeux, et c’est pour cela que j’ai lancé
trois grands chantiers transversaux. Le
premier vise à établir des passerelles
entre le monde des entreprises et
différentes composantes de la société
(enseignants, chercheurs, associations,
etc…). Nous chercherons parallèlement
à établir un dialogue sur les grandes
questions économiques contemporaines,
notamment avec les syndicats. Enfin le
troisième chantier sera consacré aux
nouvelles générations, avec l’objectif de
rapprocher les jeunes de l’entreprise,pour
leur donner envie, soit d’y travailler, soit
de créer ou reprendre une entreprise.
Quels sont vos pronostics de
croissance pour 2005 et 2006 ?
Comment encourager la croissance
des entreprises et l’embauche ?
Je pense que l’on devrait atteindre
1,7% de croissance cette année et
probablement un peu plus de 2% en
2006. Ce redémarrage est encourageant
mais cette croissance reste évidemment
insuffisante. Pour créer des emplois, il
faut de la croissance et de la création de
richesses. Il faut donc que notre pays
trouve le moyen de lever les blocages qui
brident la croissance depuis plusieurs
années. Il faut libérer les initiatives et
soulager les entreprises des charges
et réglementations qui freinent leur
développement et les embauches
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numéro n°296
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