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FRANCHISES - MARCHÉ
La guerre des fleuristes
Revue PIC-INTER - n°296 - Janvier - Février 2006
Trois enseignes leaders se disputent aujourd’hui
le marché des libre-services de
fleurs. Mais des outsiders apparaissent et espèrent s’y
tailler une place. La franchise
devrait donc encore progresser aux dépens des commerçants
indépendants. De leur
côté, les artisans résistent à cette offensive
en ciblant une clientèle différente.
Le
marché des produits floraux et
des plantes vient de connaître
une embellie : il a représenté
881,8 M€ de chiffre d’affaires pour
les six premiers mois de l’année
2005, soit une progression de près
de 8% par rapport aux résultats observés
au cours de la même période,
en 2004. Pourtant, d’une façon générale,
ce marché stagne. On ne peut donc
s’y faire une place qu’aux dépens des
commerçants déjà installés. Depuis
une dizaine d’années, les franchiseurs
ont attaqué le marché avec un concept
nouveau : le libre-service de fleurs.
Pourtant les trois grandes enseignes
leaders, Le Jardin des Fleurs,
Monceau Fleurs et Rapid’flore
regroupent moins de 400 points
de vente à elles trois,
alors que l’on recense
plus de 11 000 fleuristes,
toutes catégories confondues.
«C’est pourquoi,
nous estimons qu’il y
a encore largement
de la place pour se
développer», estime
donc Joêl Nivelleau,
Directeur du développement
chez
Rapid’flore. Ses
deux concurrents,
auxquels i l
faut ajouter
un nouveau
venu , Les
Fleurs d’Auteuil, tiennent le même
langage.
Les fleuristes indépendants, qui achètent
eux-mêmes leurs produits plusieurs
fois par semaine aux Halles de Rungis
et sur les marchés régionaux, ou passent
des accords avec des grossistes qui les
livrent sur leur point de vente, restent
donc très largement majoritaires.
LES FASTFOODS
DE LA FLEUR
Au début, beaucoup d’entre eux,
notamment les «grands fleuristes», ceux
que l’on retrouve dans les meilleures
rues de toutes les agglomérations,
comme les «grands restaurants»,
observaient même avec un certain
mépris l’arrivée de ces «marchands de
fleurs». «On ne nous prenait pas au
sérieux, explique Michel Postulka,
patron du Jardin des Fleurs et héritier
de trois générations de fleuristes. Ces
gens-là considéraient que nous ne faisions
pas le même métier et ils nous prenaient
de haut».Au fil du temps, les indépendants
ont à la fois réalisé la menace et
accepté ces commerçants d’un nouveau
type. Le libre-service, c’est en effet
un peu le fast-food de la fleur. Ses
techniques de travail sont d’ailleurs
empruntées à la restauration rapide et
aux terminaux de cuisson : large
amplitude des horaires d’ouvertures,
le plus souvent de 8 h du matin à 20 h
et sept jours sur sept, libre-circulation, standardisation
des produits.
Le marché en
BREF
• 1,8 M€ de chiffre d’affaires 2004 pour les «végétaux
d’intérieur».
• 22,30 € de panier moyen.
• 11 000 fleuristes environ de toutes catégories.
La clientèle
• 10% des Français achètent des fleurs au
moins une fois
• par semaine.
• 24% en achètent une ou deux fois par mois.
• 38% en achètent «de temps en temps».
• 2% en achètent une fois par an ou jamais. |
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On ne trouve donc pas
des bouquets artistement composés
comme chez un artisan professionnel,
mais des produits de qualité moyenne,
achetés en Hollande pour la majeure
partie, et vendus à des prix défiant
toute concurrence. Inutile de posséder
des compétences particulières au
départ, les enseignes recherchent avant
tout des gestionnaires qui vont suivre
une courte formation. Un libre-service
est en effet une affaire importante qui
peut générer un chiffre d’affaires de
500 000 € à 1 M€, alors que la
petite boutique indépendante dépasse rarement 200 000 à 300
000 €, en
dehors des «grands fleuristes» évoqués
plus haut. Côté revenus, le patron du
libre-service s’en tire mieux lui aussi.
Un grand magasin bien situé et bien
géré peut dégager des résultats
nets de l’ordre de 50 000 € à
100 000 €, alors que le revenu
moyen des fleuristes dépasse à
peine 25 000 € par an. Un libreservice
emploie un personnel
relativement nombreux, mais
assez peu qualifié, pour faire
face aux amplitudes horaires
d’ouverture : six à douze
salariés, voire davantage. Le
franchisé doit donc avoir
aussi des qualités de
managers .
Lesquelles
vont lui
permettre, s’il s’organise bien, de déléguer
et profiter davantage de sa vie de
famille que le petit indépendant qui
doit se lever à l’aube pour prendre le
volant de sa camionnette et aller
chercher sa marchandise.
Un été à
la campagne
Vendre moins mais marger davantage Cette enseigne, lancée
en 1998 par Catherine Secq, qui enseigne l’art floral,
a choisi un créneau complètement différent,
celui de l’artisanat. Le réseau réunit 23
points de vente. Les surfaces de vente sont beaucoup plus petites
que celles des libres-services mais doivent être très
bien placées : les artisans proposent des produits plus élaborés,
des bouquets raffinés qu’ils vendent plus cher.
L’enseigne vise à fidéliser une clientèle
aisée dans des quartiers
«bourgeois» contrairement aux libres-services qui
attirent une clientèle de passage.La marge brute est
plus élevée
également : 58% en moyenne. Catherine Secq se revendique
de la concession et non de la franchise proprement dite. Néanmoins,
comme les autres enseignes présentes, elle demande des
droits d’entrée : 12 500 € et des royalties
: 4% jusqu’à 300 000 € de chiffre d’affaires
et 3% au delà. Un métier différent qui s’adresse à des
passionnés de la fleur qui doivent posséder ou
acquérir une véritable qualification |
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UNE LOGISTIQUE
À TOUTE ÉPREUVE
La clé de la réussite des trois
grandes enseignes qui se sont
imposées sur le marché, c’est la
logistique.Toutes trois disposent
d’acheteurs en Hollande et de
centrales d’achats. Celles-ci
ne sont, dans une certaine
mesure, que virtuelles, dans la
mesure où la fleur coupée est
un produit qui ne se conserve
en bon état que quelques
jours. Le circuit doit donc être
le plus court possible. Le franchisé
passe ses commandes sur le
réseau Intranet du réseau et il est
livré dans les quarante-huit heures par un
transporteur affrété par son franchiseur.
Le prix des fleurs varie chaque jour : le
marché des fleurs évoque les cours de
la Bourse.Les représentants des grandes
enseignes achètent «au cadran»,
un système d’enchères original.
«La logistique de livraison, c’est le nerf de
la guerre, confirme Maxime François,
Pdg de Fleurs Assistance, un des plus
importants grossistes du secteur.
Même la grande distribution, qui a essayé
elle aussi de prendre des parts de marché,
sans grand succès pour le moment, ne
dispose pas de sa logistique propre. En
effet, le transport et la livraison des fleurs
sont des opérations délicates : certaines
doivent être maintenues à une température
de 12°, d’autres à 6°, etc. On ne peut
donc pas les mélanger. De plus, le marché
de la fleur est fluctuant : plus difficile à
prévoir que celui de l’alimentation qui fait
la force des grandes surfaces. Les gens
sont obligés de manger tous les jours alors
que rien ne les contraint à acheter des
fleurs».
Les fleurs sur le
net
Les sites de vente de fleurs sont particulièrement nombreux
sur le web. Tous les franchiseurs ont le leur, de même
que les réseaux intégrés comme Aquarelle.
Néanmoins, le pourcentage des ventes réalisé sur
le Net, qui n’est établi par aucune étude
statistique reste sans doute marginal. Il est plus difficile
de vendre des fleurs sur le Net que des montres ou des stylos,
car les fleurs ne peuvent pas être stockées. Les
problèmes de logistiques sont donc très pointus.
Théoriquement, les sites des franchiseurs ne concurrencent
pas les boutiques des franchisés, dont les magasins sont
répertoriés en ligne. «Notre site ne prendra
pas de clients à nos franchisés, bien au contraire
il leur en apportera», affirme catégoriquement Jean-Philippe
Delajambe, développeur de Happy. De son côté,
Le Jardin des fleurs verse une ristourne à ses franchisés
quand un client Internet réside sur leur zone d’exclusivité.
Ce qui n’a pas empêché un franchisé mécontent
d’engager une procédure contre son franchiseur pour
concurrence déloyale, et de la gagner. En revanche, tous
les contrats interdisent aux franchisés de vendre en ligne,
mais ils peuvent créer un site vitrine pour se faire de
la publicité. |
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Sur le plan de la logistique, il est très
difficile de départager les trois grandes
enseignes. Toutes trois utilisent à peu
près les mêmes méthodes. Seules
l’histoire des réseaux et les personnalités
qui les dirigent les distinguent.
Le Jardin des Fleurs, premier à
avoir attaqué ce marché, a été créé par
une famille de commerçants de
Bordeaux, les Postulka, tandis que
Monceau Fleurs a été lancé par des
fleuristes parisien, la famille Amar,
dont Laurent Amar est aujourd’hui le porte-parole.Le Jardin Des Fleurs
s’est d’abord développé en
province, alors que Monceau
Fleurs occupait la capitale, mais,
petit à petit, chacun en est venu
à marcher sur les plates-bandes de
l’autre. La troisième enseigne,
Rapid’Flore, est le fruit d’une
initiative de cadres de la grande
distribution, Patrick Hautot
et Benoît Rault. Quant à
l’outsider, Les Fleurs d’Auteuil,
nouvelle franchise lancée par un
commerçant du seizième arrondissement
de Paris, Angélo
Fusco, il affirme
être en mesure
de proposer à ses partenaires
des avantages équivalents à
ceux dont bénéficient les
franchisés de ses concurrents.
Ce qui reste à vérifier, dans la
mesure où, pour une centrale
d’achats, la prime va en principe
à ceux qui traitent les plus
gros volumes de marchandise.
Quoi qu’il en soit, la guerre
des fleurs est déclarée. Les
franchiseurs se disputent non
seulement les emplacements et
les franchisés mais les directeurs
du développement. On vient
ainsi d’assister à une série de
transferts qui évoque ceux des
joueurs de foot. Bertrand de
Lavilléon, directeur du développement
de Monceau Fleurs,
est passé avec armes et bagages
chez les Fleurs d’Auteuil, tandis
que Dominique Munier, son
alter-égo du Jardin Des Fleurs
vient de se faire embaucher
par Monceau Fleurs. L’âpreté
de cette compétition devrait
permettre aux candidats à la
franchise,et en particulier
ceux qui disposent d’un
bon emplacement,
de négocier plus
facilement avec
leurs futurs
partenaires.
Les enseignes de
libres-services de fleurs en Franchise
Le Jardin des Fleurs
Pionnier de la formule
Points de vente : 98
Surface moyenne : 120 m2
Investissement : 150 000 €
hors pas-de-porte minimum
Droit d’entrée : 17 000 €
C.A. moyen : 687 000 €
Monceau Fleurs
Points de vente : 102
Surface moyenne : 100 à 120 m2
Investissement : 200 000 €
Droit d’entrée : 16 000 €
Les Fleurs d’Auteuil
Franchise en cours de lancement
Surface moyenne : 70 à 150 m2
Investissement : 120 000 à 150 000 €
Droit d’entrée : 6000 € à 20 000 €
selon la zone de chalandise
Rapid’Flore
Points de vente : 154
Happy
Franchise en cours de lancement |
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