| |
|
PATRON eT COMMERCANT
Jackie Pellieux joue dans la cour dans la cour des grands
Revue PIC-INTER - n°297 - Mai- juin 2005
Née en 1954, la petite coopérative
compte aujourd’hui plus de 300 magasins.
Artisan majeur de cet essor, le président Jackie Pellieux en a
fait l’un des distributeurs
leaders sur le marché du jouet.
Lové dans
le prestigieux Passage
des Princes (boulevard des
Italiens), écrin parisien du XIXe
siècle classé monument historique,
un paradis de 2 000 m2 accueille les
tout-petits. Puzzles, poupées, jeux
éducatifs, jardin… selon le concept de
«shop in shop», à chaque «Maison»
son univers, à déguster des yeux ou
avec les mains : de la peinture sur teeshirt
à la création de bijoux, les ateliers
ne manquent pas. Ni les services en
tout genre, telle une nursery qui
dépanne les parents pendant leurs
courses, ou encore l’organisation de
goûters d’anniversaire thématiques,
façon bal des sorcières ou Star
Académie. Chez Koup’kid, on peut
même se faire couper les cheveux en
regardant la télévision ! Ouvert en
septembre 2002, le Village JouéClub
est aujourd’hui le plus grand magasin
de jouets de la capitale. Son concept en
fait la vitrine de l’enseigne, dont c’est
d’ailleurs la seule boutique en propre.
«La notion de village correspond bien à
l’esprit de notre groupement. Après tout,
on est une sorte de multicantonnale»,
avance Jackie Pellieux d’un ton
amusé. Le président de JouéClub fait
allusion au principe fondateur de cette
coopérative d’achats en commun, qui
fut, en 1954, le premier groupement
de détaillants spécialistes du jouet
et des articles pour enfants : «La fidélité
est primordiale, entre les détaillants, mais
aussi vis-à-vis de nos fournisseurs. Dès le
début, nous avons donné la priorité aux
fabricants français, notamment dans le
Cantal et le Jura. Certains ont été lancés
grâce à nous».
C’est qu’en un demi-siècle, la «multicantonale
» est devenue l’une des
premières chaînes françaises spécialisées
dans le jouet, aux côtés de Toys’R’Us,
King Jouet et La Grande Récré
(des anciens de JouéClub).Après s’être
octroyé 13,8% des parts de marché en
2004, son chiffre d’affaires a atteint
360 millions d’€ en 2005. Bonne
nouvelle pour les 313 adhérents,
associés aux résultats : à la différence
d’une franchise, les membres d’une
coopérative deviennent actionnaires
au bout de trois ans et se voient donc
redistribuer une partie des profits.
LE SUCCÈS DE LA VPC
A 62 ans, Jackie Pellieux est pour
beaucoup dans ce bel essor. «Né dans
le jouet», ce commerçant qui gère Au
Lutin Bleu, boutique léguée par ses
parents à Creil (Oise), intègre le
groupement en 1966. «Le président de
l’époque, Jean Vassal-Boitel, m’avait chargé
du marketing. J’ai eu l’idée de fédérer
tous
les magasins sous une enseigne commune».
La marque JouéClub est née. Il faudra
attendre 1983 pour qu’elle devienne
l’emblème de la coopérative, notamment
pour la signalétique. Quand Jackie
Pellieux est élu président en 1993, à
la suite du décès de son prédécesseur,
sa première action consiste à créer une
école de formation en interne, au siège
bordelais. Mais le véritable tournant a
lieu deux ans plus tard : «Le marché
stagnait, il fallait créer une nouvelle
dynamique», estime le dirigeant, qui
lance alors un catalogue de vente par
correspondance. Diffusé à 500 000
exemplaires, JouéClub Express est
vendu en kiosque, ce qui lui permet
d’élargir considérablement son public.
«A partir de là, le développement est
passé à la vitesse supérieure», constate
Jackie Pellieux.
Le site internet marchand est mis en
ligne l’année suivante. Dès lors, la
marque est présente sur tous les
supports, avec même un catalogue
dédié aux comités d’entreprise. Du
cirque Pinder aux émissions télévisées
du câble et du satellite, le groupe multiplie
les partenariats et les campagnes
publicitaires. En 2002, la croissance de
son chiffre d’affaires est de 11%. «On ne
court pas après le chiffre d’affaires, on
préfère augmenter les profits, précise le
président. Il n’est donc pas nécessaire
d’agrandir le parc de magasins en
s’installant en face de chaque concurrent.
Mieux vaux diversifier les produits dans
les magasins existants».
DES CAVERNES D’ALI BABA
Depuis trois ans, le distributeur se
pique ainsi d’être créateur, avec une
marque exclusive, JC Tech, fabriquée
en sous-traitance. Au menu : les
souliers magiques (des fées sont à
l’intérieur !), Les Chevaux Blue
Ribbons (ils mangent, lisent…) et des
voitures radiocommandées. «Pour
l’instant, ces gammes ne représentent que
3% du chiffre d’affaires. L’objectif est de
les développer, en signant d’autres
contrats d’exclusivité, notamment avec
des sous-traitants étrangers». Autre
projet : le lancement, cette année, d’un
nouveau concept de magasin, «sorte de
caverne d’Ali Baba avec des articles ne
figurant pas au catalogue, comme des
gadgets ou de la petite bagagerie».
C’est un magasin d’Orléans qui joue
actuellement les pilotes. Une douzaine
d’autres suivront dans l’année.A terme,
une cinquantaine de boutiques de centreville
devraient adopter cette formule.
Enfin, Jackie Pellieux a fait du développement
international un autre axe
majeur de développement. En 2002,
JouéClub s’est ainsi associé au réseau
italien La Giraffa. La collaboration, qui
a d’abord tourné court, s’est avérée
positive : «Faute d’entente, nous avons
dénoncé le contrat. A la place, nous avons
monté une véritable filiale». La coopérative
s’est également implantée au Maroc et
lorgne désormais sur les autres pays
du Maghreb. Tout en restant ouverte
aux sollicitations venues d’autres
continents : «Le Brésil voudrait nous
acheter la franchise. Pourquoi pas ?»
Tout à ses projets, Jackie Pellieux a dû
renoncer à la gestion de ses propres
magasins. «Ma femme et moi avons tenu
jusqu’à quatre boutiques en même temps.
Mais nous avons fini par décrocher.
L’important, c’est que ça reste dans la
famille». Depuis un an, c’est donc leur
fille de 34 ans, Laurence Poulain-Pellieux,
qui a repris les rênes à Creil, Senlis,
Compiègne et Saint-Maximin. Son père,
lui, n’a rien perdu de sa combativité :
«J’aime toujours autant me bagarrer. Pour
l’instant, mes 300 magasins me suivent et
j’ai une équipe formidable. Tant que je
serai réélu [tous les six ans, ndlr] et tant
que j’aurai la santé, je continuerai».
| |
1952 : association de trois spécialistes
du jouet.
1954 : transformation en SAC, coopérative d’achat
en commun, l’EPSE.
1983 : lancement de la marque déposée JouéClub.
1993 : Jackie Pellieux est élu président.
1994 : création de l’Ecole pratique JouéClub.
1996 : lancement d’un catalogue de vente
par correspondance.
1997 : mise en place du site internet marchand.
1999 : ouverture d’un rayon multimédia.
2002 : inauguration du Village JouéClub.
2003 : refonte du concept de magasin, naissance de
la marque JC Tech.
2004 : implantation au Maroc. |
| |
Sommaire
numéro n°297
|
|
|