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PIC-INTER - n°313 -NOVEMBRE - DECEMBRE 2008
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PME Acquisitions d'Entreprises - n°36 - Novembre - decembre - janvier 2009, www.acquisitions-entreprises.com
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INDEPENDANT - CONCEPT

Cassiquiare plus proche des artisans du Sud

Revue PIC-INTER - n°298 - Mai- juin 2006

Soutenir la diversité culturelle, encourager l’essor des artisans, rompre les barrières, provoquer des rencontres, faire passer la création avant tout, telle est la raison d’être de Cassiquiare. Une boutique très éthique qui réintroduit l’homme au coeur des échanges.

Ana Sandrea est heureuse. Elle vient de mettre la dernière main aux collections rapportées de pays lointains : pierres à porter en bijou ou à poser dans la maison, vêtements d’enfants en coton brodés, draps en lin, vanneries aux teintures naturelles, jouets en bois colorés... Enfin tout ce qui occupera les rayons de son magasin. Ces beaux objets sont parfois nés de son imagination : «Pour l’immense majorité de nos produits, nous avons serré les mains qui les ont faits», dit-elle. Mais elle ne s'est pas contentée de serrer des mains au Vénézuela, au bord du fleuve Orenoque ou à Madagascar. C’est avant tout la valeur humaine qui compte pour cette «commerçante équitable». «Je connais Carmelo, Emiliana, Naïna, Félix et tant d’autres. Leurs entreprises familiales sont bien organisées, le niveau de travail est rigoureux et de qualité. Ils sont payés mensuellement d’un salaire plus élevé que la moyenne locale, parfois le double. Les conditions de travail sont bonnes». Car travailler dans l'équitable, ce n'est pas faire du tourisme. C’est avant tout de pouvoir rencontrer des producteurs, des artisans et oeuvrer à leur confort sans se soucier des actionnaires. Réintroduire l’homme au coeur des échanges, c’est le commerce équitable tel que le vit Ana Sandrea.

CASSIQUIARE, DANS UN SENS ET DANS L’AUTRE

Né dans les années soixante en Angleterre,sous l’appellation «commerce alternatif», à l’initiative d’ONG, le commerce équitable a fait son apparition en France il y a une trentaine d’année. Selon un sondage IPSOS, 77% des Français estiment que les relations commerciales entre pays riches et pays pauvres ne sont pas équitables. Pourtant, toujours selon un sondage IPSOS, seuls 9% des Français avaient entendu parler du commerce équitable en 2000. En 2004, ils n’étaient encore que 38%. Les produits issus du commerce équitable sont plus chers d’environ 10 à 20%, mais l’idée de « consommer engagé» devrait séduire ceux qui tentent de résister à la mondialisation.Le consommateur achète un produit non plus sur le rapport qualité/prix, mais sur sa qualité sociale, à des commerçants qui s’engagent à n’importer que des denrées ou objets dont la production et la fabrication respectent les droits de l’homme et du travail.

Ana Sandrea, la trentaine, est une exavocate qui a suivi des affaires au pénal pendant 10 ans au Venezuela. C’est en se rendant dans les villages le long des berges de la Cassiquiare qu’elle a découvert l’artisanat vénézuélien. Cette rivière est une bizarrerie de la nature : elle joint les deux bassins de l’Amazone et de l’Orénoque et, suivant les crues de part et d’autre, la ligne de partage des eaux coule dans un sens ou dans l’autre. «Nous avons choisi ce nom pour la boutique parisienne car il nous paraît symboliser parfaitement le commerce équitable», dit-elle. C’est au cours de ses expéditions, qu’elle saute le pas et décide de commercialiser en France des objets admirables et particuliers à chacun des créateurs rencontrés dans le Haut Orénoque-Cassiquiare.

Son nouveau métier consiste donc à importer des objets commandés à des artistes indiens du Vénézuela puis par la suite, à des artisans des hauts plateaux Malgaches : des lapidaires, tailleurs de pierres fines et de cornes de zébu, tisseuses de soie sauvage ou de raphia. Elle n'est pas passée par une école de commerce et sait que sa maîtrise en droit et son Capa auraient été insuffisants pour réussir. «Mais j'ai travaillé avec une artisane Guajira de Maracaibo primée par l’Unesco. Elle dirige un groupe de tisseuses dont le travail est unique. Cela m'a appris à nouer des relations commerciales, à comprendre les cultures, les difficultés logistiques et politiques qu'on rencontre sur le terrain».Ana Sandrea s’est identifiée aux femmes Guajiras car son grandpère était originaire de cette ethnie. «Un jour je leur ai demandé d’où elles tenaient leur savoir-faire. Elles m’ont répondu que l’une d’elle avait vu en rêve une araignée qui lui montrait les points de tissage». Actuellement, elle part 4 mois par an pour trouver des objets, parfois dans des conditions extrêmes. A Madagascar elle commande le linge brodé main dans deux ateliers de femmes (filière équitable certifiée) et dessine elle-même les motifs. Elle achète des pierres gemmes récoltées à la main. Elle rapporte elle-même les objets achetés directement sans passer par des intermédiaires. La filière équitable est ainsi préservée et assurée, parfois au prix d'efforts surhumains.

«Il faut connaître les artisans, discuter, corriger, se comprendre, se démarquer d’une production trop «touristique», avoir les fonds disponibles, connaître leurs techniques et les matières. Ainsi la confiance se met en place. Pour démarrer avec Madagascar, j’ai dû y passer 5 mois pour trouver des ateliers qui travaillent à partir de mes propres dessins», détaille Ana. Mais ce qu’elle ne dit pas c’est que parfois on peut fulminer quand, par exemple, des produits qui devaient être livrés en mai ne le sont toujours pas en septembre. L'exemple fait sourire mais c'est le genre d’incidents qui peut faire couler un entrepreneur dénué d'expérience. «C’est vrai, il est difficile de travailler régulièrement avec les indiens. Les aides de l’Etat créent une dépendance. Ainsi ils produisent de façon aléatoire. Nous pouvons parfois nous trouver face à une production nulle ou inexistante».

ÉQUITABLE = TOURISME

Ana a décidé de travailler avec une femme qui défend les intérêts des indiens et qui habite à Ciudad Bolivar, à côté de la forêt amazonienne. Dans sa propre demeure elle a créé un dépôt où les indiens lui vendent leur marchandise. La question indienne en Amazonie remplirait des milliers de feuilles de commentaires et toute une bibliothèque de témoignages d’indignation quant au sort qui leur a été réservé. «Sachez, qu’ils sont au coeur de nos préoccupations et que nous souhaitons collaborer activement avec des associations de défense des peuples indigènes», affirme Ana Sandrea. La boutique de 50 m2 de la rue Traversière à Paris ressemble à un véritable bazar éthique où l’on renonce à comptabiliser les références. Les aficionados, du bobo au retraité de province, flâne entre les rayons en écoutant les anecdotes et les conseils avisés de la maîtresse des lieux.A Noël on y a battu des records de vente par correspondance pour une série d’anges vénézuéliens peints à la main et taillés dans un seul morceau de bois : 80 cm de haut et des couleurs dignes des polychromies d’une basilique gothique. Les concurrents directs ? «Toutes les autres boutiques de commerce équitable. Mais en fait chez nous on trouve des choses qu'on ne voit pas ailleurs parce que les achats ne passent pas par des coopératives». Les objectifs d’Ana Sandrea sont clairs : Continuer à travailler et à faire découvrir le travail de ethnies isolées, développer les ateliers de linge à Madagascar pour une offre toujours plus raffinée à des prix raisonnables. «C'est important pour tous les artistes et artisans que nous soutenons et que nous mettons en lumière. Mon prochain challenge : une boutique plus grande pour exposer du mobilier».

 

Carte d'identité  

 

NOM DU MAGASIN : Cassiquiare
DATE DE NAISSANCE : 2003
STATUT JURIDIQUE : SARL
NOMBRE DE SALARIES : 1
JOURS ET HEURES D’OUVERTURE : 6j/7 de 10h30 à 19h
VENTES EN LIGNE : oui

 

 

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