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PATRON eT COMMERCANT
Guy Degrenne remet le couvert
Revue PIC-INTER - n°298 - Mai- juin 2006
En mars, le spécialiste des arts
de la table participait à son premier Salon de la
Franchise : un symbole pour ce groupe durement touché par la crise.
Arrivé en
2004, Patrick Roure entend ainsi faire du fabricant une enseigne commerciale à part
entière. Avec l’ouverture d’au moins 40 boutiques
en deux ans.
Un logo stylisé, des phrases
gourmandes inscrites sur les
plafonniers («La vie se goûte à
l’appétit de tous les jours»,
«Lorsque la marmite bout, l’amitié
fleurit»…) des plantes vertes et des
comptoirs rouges : dans les magasins
Guy Degrenne, tout est désormais
plus pimpant, plus interactif. «Nos points
de vente en
France sont
nombreux,
mais trop peu
représentaient
bien
la marque»,
explique
Patrick Roure, président du Directoire
de l’entreprise. «Nous avons donc tout
renouvelé : l’identité visuelle, le concept
des magasins et les collections».
Alors que les douze anciennes boutiques
du groupe font progressivement peau
neuve, de nouvelles fleurissent également
un peu partout en France : Nice,
Strasbourg, Aix-en-Provence, Boulogne,
Rouen, Reims… L’inauguration,
notamment, d’un second espace
parisien au Village Royal _ ses voisins
sont Bernardaud, Haviland, Saint-
Louis, Villeroy et Boch et La
Maison Royale _ fait office de symbole.
«C’est le carré d’or des arts de la table,
nous devions êtres présents», souligne
Patrick Roure, maître d’oeuvre d’un
plan de relance ambitieux dont le but
est de faire de l’enseigne un distributeur
à part entière : «Les magasins vont devenir
notre fer de lance» Fin 2007, pas moins
de 40 magasins auront ainsi étoffé son
réseau. Et ce n‚est pas tout : la marque
se lance également en
franchise, avec des
ouvertures dès cette
année, qui devraient
considérablement
booster le développement
de la marque.
Pour Guy Degrenne,
c’est un nouveau
départ. Car le groupe
de 1 500 salariés
revient de loin. Ses
ventes ont chuté de
8% entre 2002 et
2004, ses pertes ont atteint 19 millions
d'€ et le titre s'est effondré en bourse.
Et pour cause : entre la concurrence
de la main d'oeuvre asiatique, l'évolution
des moeurs autour de la table (la liste
de mariage et le service d'apparat
n'ont plus vraiment le vent en poupe)
et la baisse de la consommation, tout
le marché des arts de la table est touché
par la crise. Patrick Roure en sait
quelque chose : c’est la seconde fois
que ce patron de 40 ans est chargé de
redresser une entreprise du secteur.
En 2000, il a d’abord été appelé à
redynamiser le porcelainier Haviland,
quitté début 2004.
Les actionnaires de Guy Degrenne lui
offrent le poste de directeur général
en avril 2004, puis celui, en juin, de
président du Directoire. «Très attaché
aux marques», ce diplômé de l’Ecole
Centrale des Arts et Manufactures est
passé, au cours de sa carrière, par
Mars & Co, Promodès, Carrefour et
Eldorauto. «Cette fois, le challenge est
d'autant plus intéressant qu'il s'agit d'une
marque de notoriété exceptionnelle.
Certes, le secteur connaît des difficultés,
mais pas de changement structurel. Une
autre success-story reste à inventer».
LE GRILLOU ROI DE LA TABLE
La saga d'origine est celle d'un forgeron
devenu roi de la table. Le livre
s’ouvre en 1948, quand Guy Degrenne
reprend la forge paternelle à Sourdeval,
dans la Manche. Il descend des Grillous,
cette confrérie de forgeronsétameurs
qui sillonnent les
campagnes normandes depuis
le XVIe siècle, moulant cuillères
et fourchettes en étain. Le projet
de l'entrepreneur est de démocratiser
les couverts en acier
inoxydable.«En substituant l'inox au
fer blanc et au bois,M. Guy Degrenne a
permis aux gens de manger séparément
à la même table», rappelle Patrick
Roure. «Aujourd'hui, nous voulons
aller plus loin, en mettant les convives
en relation, mais l'esprit reste le
même : il s'agit toujours de mettre
l'humain au centre de la table».
L'ambition du fondateur est à
la mesure de son ingéniosité :
pour ses premiers outillages, il
récupère les blindages des
chars détruits lors de la bataille
de Normandie ! Dans les années
1960, l'usine de Sourdeval et
ses 500 salariés déménagent à
Vire,dans une unité de 35 000 m2.
En franchissant l'étape de
l'industrialisation, l'entreprise se
dote également d'un bureau d'études,
de design et d'un service marketing.
La marque Guy Degrenne est née. Le
public la découvre à la télévision dès
1974, notamment grâce au célèbre
spot dit du «Proviseur» (1978).
PLAN DE RELANCE ONÉREUX
Repreneur de Guy Degrenne en 1987,
via la holding Table de France,
Bertrand Dechery construit un
véritable groupe, s'attaquant au marché
des arts de la table dans leur ensemble :
rachat d'un porcelainier près de Limoges,
diversification des gammes (verrerie,
articles de cuisine...) et des réseaux de
distribution, délocalisation partielle,
jusqu'au rachat, en 2000, de deux
sociétés (suisse et autrichienne) filiales
du groupe Berndorf AG.
Aujourd’hui, l’heure est à l’économie.
Car ouvrir des magasins coûte cher.
Patrick Roure a donc conservé l'unité
autrichienne, mais a revendu la filiale
suisse à un concurrent compatriote,
créant ainsi une entité leader sur le marché
suisse. «Cette opération a permis de réduire
l'endettement de 3,4 millions d'€. J'ai
besoin de consolider les comptes pour
financer le plan de relance», explique le
président, qui a également rééchelonné
une partie de la dette. Et entend mettre
à profit un «outil industriel sous-utilisé»
en développant davantage l'activité de
sous-traitance pour de grandes
marques françaises d'arts de la table.
Déjà, ces efforts de rentabilité se sont
avérés payants. En 2004, le groupe,
avec un chiffre d’affaires de
110 millions d'€, a été bénéficiaire.
Après une année 2005 «de transition»
(100 millions d’€ de chiffre
d’affaires), le groupe compte sur les
ventes de ses nouveaux magasins
pour renouer avec la croissance dès
le prochain exercice.
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1948 : Guy Degrenne reprend la forge paternelle
1960’s : construction d’une nouvelle usine à Vire
1974 : premier spot télévisé
1987 : Bertrand Dechery reprend l’entreprise,
via la holding Table de France
1996 : première boutique à son nom
1997 : introduction au second marché de la bourse
2000 : rachat des filiales suisse et autrichienne du groupe Berndof
2004 : Patrick Roure devient président du directoire
2005 : ouverture de plusieurs boutiques en France |
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numéro n°298
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