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FRANCHISES - MARCHE
Artisans boulanger contre
Terminaux de cuisson
La guerre du pain
Revue PIC-INTER - n°300 - Septembre - Octobre 2006
Le développement des terminaux de
cuisson au détriment des artisans boulangers a
constitué une petite révolution. Mais les artisans contre-attaquent
en pariant sur
des produits haut-de-gamme. Le marché reste très porteur
pour les réseaux et certains
franchiseurs recherchent souvent davantage des gestionnaires et des commerçants
dynamiques que des artisans traditionnels.
Au cours des dernières décennies,
le marché du pain a connu une
profonde mutation. S’il reste
indispensable, le pain n’est plus
considéré depuis longtemps comme
un aliment de base. Sa consommation a
connu une chute vertigineuse, passant
d’un kilo par jour et par habitant
au début du siècle à 200 grammes
en 1970 et moins de 150 grammes
aujourd’hui.Le nombre des boulangeries
a lui aussi beaucoup reculé : de 50 000
à la fin des années soixante à un peu
plus de 30 000 aujourd’hui. Cette
restructuration profite aux réseaux de
franchise qui se développent au détriment
des petits artisans traditionnels : des
magasins plus grands, gérés de façon
différente remplacent les petites boulangeries
familiales de jadis. De nouvelles
méthodes de travail apparaissent,souvent
impulsées par des franchiseurs.
LE TERMINAL DE CUISSON :
PLUS BESOIN
DE TRAVAILLER LA NUIT
Voici une vingtaine d’années, l’apparition
des «terminaux de cuisson» a constitué
une véritable révolution. La Mie Câline,
le leader du secteur avec près de 150
points de vente, a fêté l’an dernier son
vingtième anniversaire et son développement
n’a pas connu d’échec : le turn-over
de franchisés reste très faible. La formule,
imaginée par un boulanger traditionnel,
André Barreteau, qui a débuté comme
modeste livreur de pain bouleverse en
effet les traditions. La pâte n’est plus
fabriquée sur place mais dans des
laboratoires nationaux ou régionaux et
livrée plusieurs fois par semaine sous
forme de «pâtons» surgelés. Le rôle du
commerçant va se limiter à les cuire
dans des fours prévus à cet effet. Plus
besoin de travailler la nuit ou de se
lever à quatre heures du matin. Pour
l’organisation du travail et la vie familiale,
le progrès est considérable.
Bien entendu, cette nouvelle façon de
travailler le pain a suscité la grogne des
artisans traditionnels. Ceux-ci ont réussi
à interdire à leurs nouveaux concurrents
l’usage de l’appellation «boulangerie».
Au terme de la loi du 25 mai 1998,
seuls les artisans qui produisent la pâte
sur place peuvent se dire boulangers.
Mais ce n’est pas le seul point de
friction : les méthodes de vente ont
elles aussi beaucoup changé : la plupart
des terminaux de cuisson, dont La
Mie Câline, ouvrent sept jours sur
sept, de huit heures du matin à vingt
heures, car ils emploient un personnel
beaucoup plus nombreux : une demi
douzaine de salariés par point de
vente en moyenne contre un ou
deux dans la boulangerie artisanale
traditionnelle. Les artisans et leurs
organisations syndicales ont riposté
par des procès pour tenter d’obliger
les terminaux à respecter une journée
de fermeture par semaine. Sans
grand résultat pour le moment.
«Nous subissons un véritable harcèlement
juridique, mais nous ne céderons pas !»,
affirme André Barreteau. Loin
de se décourager, celui-ci espère
prochainement atteindre les 200
points de vente !
QUALITÉ ET TECHNIQUES
DE FABRICATION
L’autre angle d’attaque des boulangers
traditionnels, c’est la qualité du pain
proposé à la clientèle. Le pain serait
moins bon quand la pâte n’est pas
fabriquée sur place. «Cela ne joue qu’à
la marge pour le pain de très haut-degamme,
proteste André-Noël Lopez,
Directeur du réseau et créateur du
concept Histoire de Pain. Ce qui
compte avant tout, ce sont les ingrédients
utilisés pour la fabrication de la pâte et
le respect des recettes, c’est-à-dire des
proportions et de la durée de cuisson.
Or le cahier des charges est souvent
beaucoup mieux respecté dans un laboratoire
central que dans un petit point
de vente !» Si La Mie Câline a choisi
le créneau du milieu-de-gamme, avec
un rapport qualité/prix défiant toute
concurrence, Histoire de Pains a en
effet opté pour le haut-de-gamme, ce
qui met cette enseigne en concurrence
avec les meilleurs boulangers traditionnels.
Tous les réseaux de terminaux de
cuisson fonctionnent de la même
façon, mais ils se distinguent par leur
positionnement et leur implantation.
La Mie Câline, comme Saint-Preux
– enseigne de terminaux de cuisson
du groupe Holder – réalisent une
bonne part de leur chiffre d’affaires
avec la viennoiserie et la petite restauration
et visent une clientèle de
passage, alors que Histoire de Pains
se concentre sur le pain de qualité et
cible une clientèle de proximité dans
des quartiers aisés.
LES ARTISANS
CONTRE-ATTAQUENT
Face à ce développement des terminaux
de cuisson, on assiste toutefois
depuis plusieurs années à une contreattaque
des artisans qui s’efforcent
eux aussi de construire des réseaux
et d’imposer des enseignes nationales.
Le Pétrin Ribeirou, le Moulin
de Païou, le Grenier à Pain et Au
Vieux Four se sont ainsi lancés sur
le marché du pain artisanal de haut-degamme.
Inutile pourtant d’être artisan
boulanger soi-même, les franchiseurs
recrutent volontiers des commerçantsgestionnaires
qui embaucheront au
moins un titulaire du CAP professionnel
pour être en conformité avec la loi.
On notera toutefois que les enseignes
dédiées à l’artisanat ont davantage
de mal à conserver leurs franchisés
que les terminaux de cuisson. Le
propriétaire d’un terminal de cuisson
peut en effet difficilement se passer
d’un franchiseur qui lui livre ses
«pâtons» (La Mie Câline est réputée
pour la régularité d’horloge de ses
livraisons), alors que l’artisan peut
facilement se fournir en farines et
travailler seul. C’est ainsi que le
Réseau Pétrin Ribeirou a perdu
une partie de ses franchisés, à la
suite d’un conflit. Ceux-ci sont partis
créer un réseau concurrent… Le
Moulin de Païou. De son côté,
Jacques Mahou, artisan boulanger
à Tours et créateur duVieux Four, a
très vite perdu son premier franchisé
parisien : celui-ci a vendu sa boutique
à un artisan qui a repris les recettes
mais pas la franchise. «Je ne vais pas
me lancer dans des procès, dit
Jacques Mahou, ce n’est pas mon
genre. Mais former des gens pour qu’ils
vous abandonnent aussi vite, c’est un
peu décourageant et je ne sais pas si
je vais continuer dans la voie de la
franchise». Dommage, car son pain
est vraiment excellent !
Pour les commerçants et futurs
commerçants tentés par ce marché
porteur, le choix d’enseignes est donc
assez vaste et relativement peu risqué :
les queues s’allongent devant les vitrines
des terminaux de
cuisson comme
devant celles des
artisans boulangers
haut-de-gamme.
Seule ombre a u
tableau du côté des
terminaux : les marchands
de matériels
qui se présentent
comme franchiseur
sans être en mesure
de proposer de
véritables services.
Mieux vaut s’adresser
à des réseaux qui ont
fait leurs preuves,
non seulement en
imaginant un concept
rentable, mais en mettant sur pied une
infrastructure de production et de
livraison efficace. Mais, indiscutablement,
il reste beaucoup de places à prendre
au détriment de la petite boulangerie
traditionnelle qui domine toujours le
marché et n’est pas toujours performante,
ni sur le plan de la qualité ni sur
celle du marketing. Le pain a déjà
permis de belles réussites, telles celles
de Christophe Huet à Saint Malo,
dont PIC avait salué les débuts voici
quelques années, et qui gère maintenant
avec succès deux magasins, ou celle de
Philippe Delarue, cadre commercial
qui dirige deux magasins Saint-Preux
à Brives tout en
continuant à exercer
sa profession. Nul
doute que d’autre
réussites tout aussi
spectaculaires sont
encore possible
aujourd’hui. A
condition de s’investir
beaucoup
au début. «J’ai
travaillé très dur
les deux premières
années , conclut
Christophe Huet,
mais aujourd’hui,
avec deux points de
vente, je suis en
mesure de déléguer,
de souffler et surtout de mener une
vie familiale comparable à celle d’un
directeur salarié».
Le
marché du pain
La boulangerie artisanale en recul
Le nombre de boulangeries-pâtisseries
est passé, en France, de 48 400 en 1965
à 34 000 en 2000.
• Les terminaux de cuisson n’ont pas fait l’objet
d’études
statistiques. Les différents réseaux (franchises,
partenariat, succursalistes) regroupent environ un
millier de magasins, compte tenu de ceux où
dominent la viennoiserie, comme La Brioche
Dorée (environ 250 points de vente).
• Si les terminaux de cuisson restent donc très
largement minoritaires, la boulangerie industrielle
(fabricants de pains et de pâtons surgelées) et
celle des grandes surfaces occupent aujourd’hui
28,4% du marché, contre 21% en 1991.
• Le chiffre d’affaires moyen d’une boulangerie
pâtisserie
est de 190 000 €.
• Aucune étude n’a établi le chiffre
d’affaires
moyen des terminaux de cuisson, mais tous les
réseaux annoncent des chiffres d’affaires de l’ordre
de 300 000 € à 400 000 €. On peut donc
estimer que le chiffre d’affaires d’un terminal
moyen représente environ le double de celui d’un
petit magasin artisanal traditionnel.
• La marge brute moyenne des boulangeries-pâtisseries
s’établit à 71,1% et les résultats
courants à
18,5% du chiffre d’affaires.
• Le prix moyen d’un fonds de commerce de
boulangerie s’établit dans une fourchette de
80 000 € (Limousin) à 200 000 € (Ile de France).
• 69% des boulangeries n’emploient que 1 à 4
salariés
• 25% des boulangeries emploient 5 à 9 salariés
• 6% des boulangeries emploient 10 salariés ou plus.
Sources : Institut National de la Boulangerie Pâtisserie
et
Confédération Nationale de la Boulangerie.
(Dernières statistiques disponibles 2000. |
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Les
principales enseignes
• La Mie Câline : le leader avec
140 points de vente. Positionnement milieu-degamme.
Implantation en centre-ville. Investissement : 300 000 €.
• Saint-Preux : Enseigne de terminaux
de cuisson du groupe Holder.
Positionnement milieu-haut-de-gamme. Investissement : 100 000 à
150 000 €. 23 points de vente. Holder relance aujourd’hui
cette enseigne
après l’avoir mise en sommeil.
• Paul : Enseigne de boulangerie
du groupe Holder. 258 points de
vente. Positionnement milieu-haut-de-gamme. Investissement :
450 000 €.
• Histoire de Pains : Terminaux de cuisson de haut-de-gamme.
Une
quarantaine de points de vente.
Investissement : 300 000 €.
• Le Moulin de Païou : Boulangerie artisanale traditionnelle
haut-de-gamme. 16 points de vente.
Investissement : 300 000 €.
• Le Grenier à Pain : Boulangerie artisanale traditionnelle
haut de
gamme. Lancé par le chef Michel Galloyer. Une vingtaine
de points de
vente dont un à Beyrouth.
• Au Vieux Four : Boulangerie artisanale traditionnelle
haut-de-gamme.
3 points de vente. |
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