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PIC-INTER - n°313 -NOVEMBRE - DECEMBRE 2008
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PME Acquisitions d'Entreprises - n°35 - SEPTEMBRE - OCTOBRE - NOVEMBRE 2008, www.acquisitions-entreprises.com
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REGION - COLMAR - MULHOUSE

S’installer en Alsace
Colmar ou Mulhouse

Revue PIC-INTER - n°300 - SEPTEMBRE - OCTOBRE 2006

La première est plus petite, plus campagnarde, la seconde est plus industrielle, plus puissante aussi. Les deux offrent une alternative de choix à leur consoeur du nord, Strasbourg, dont elles partagent néanmoins les mêmes enjeux européens.

De l’Alsace, on connaît la choucroute, la bière, le Geewurtz et le coq au riesling. On connaît, aussi, sa plaine du Ried, son Sundgau (région de collines), ses eaux de source, ses vignobles et ses marchés de noël. On connaît, encore, les tiraillements germaniques de ce territoire morcelé par l’histoire, intégré au Saint Empire germanique jusqu’à son annexion par la France au XVIIème siècle, puis de nouveau ballotté par les deux puissances ennemies au XXème siècle. C’est un fait : la plus petite des régions administratives françaises rayonne comme une grande. Sur le plan culturel, mais aussi sur les plans démographique et économique. Ainsi, la troisième région la plus densément peuplée de France réalise 3% du PIB national, ce qui la situe au deuxième rang du pays. Parmi ses principaux secteurs d’activité : la viticulture, la culture du houblon et le brassage de la bière (première région productrice de bière), l’exploitation forestière, l’industrie automobile, l’industrie des sciences de la vie (Technopôle trinational Biovalley), le tourisme et les services. L’Alsace entame maintenant sa reconversion industrielle vers le tertiaire, notamment la recherche et les nouvelles technologies. Mais l’enjeu européen est de taille pour la province rhénane, déjà fortement tournée vers l’international (35% de ses entreprises ont une participation étrangère). Déjà, l’évolution du rail va dans ce sens.Car, si le TGV Est va rapprocher l’Alsace de l’Ile-de-France, il va aussi la rapprocher des pays voisins. Dès lors, la plus allemande des régions françaises devra choisir son camp : soit en se développant avec l’idée de Grand Est, proposée par Christian Poncelet, soit en regardant vers l’Europe, avec le Pays Rhénan dans la ligne de mire et l’association avec le Bade-Wurtemberg et le canton de Bâle. Laissant à Strasbourg le soin de décider, Colmar et Mulhouse, les voisines du Sud, jouent chacune de leurs atouts pour rendre le Haut-Rhin aussi attractif que le Bas-Rhin.

COLMAR
LA BOURGEOISE

DÉMOGRAPHIE

A Colmar, riche de 67 000 âmes (94 000 pour l’agglomération),les habitants sont moins nombreux qu’à Mulhouse, mais nettement plus au large, avec une densité de 980 personnes par m2. Et ce n’est pas près de changer si l’on considère l’attractivité modérée de la ville, dont la population a augmenté de 0,3% par an pendant la décennie 1990.

CADRE DE VIE

Si tout le monde n’y dort pas, c’est à Colmar que l’on dîne, que l’on boit un pot et que l’on se rencontre. Cette cité fleurie et chatoyante, qui bénéficie d’un micro-climat ensoleillé et sec (c’est la deuxième ville la plus sèche de France), draine ainsi tous les Alsaciens de la campagne alentour. Des vignobles de la plaine du Ried au massif vosgien, en passant par les rives de la Fecht et la Lauch, Colmar entend préserver cet environnement exceptionnel. Au programme : développement d’espaces verts, interdiction de construire sur ses grandes entités agricoles, valorisation des cours d’eau… Les touristes ne s’y trompent pas : plus de 3 millions de visiteurs se pressent chaque année aux portes de cette ville d’art, d’histoire et de tradition. Et pas seulement pour son célèbre retable d’Issenheim, logé au musée Unterlinden, mais aussi pour ses maisons à grands toits inclinés, ses tuiles rouges, les canaux de sa Petite Venise, le charme de son quartier des Tanneurs et ses animations de Noël. L’exceptionnel patrimoine architectural, du XIème siècle à nos jours (Collégiale Saint- Martin, Koïfhus, Maison des Têtes, Palais du Conseil Souverain d’Alsace…), fait même de cette ville un véritable musée à ciel ouvert. Vendredi et samedi, ainsi que pour les fêtes de fin d’année, le tout s’illumine à la nuit tombée : il y a dix ans, Colmar fut ainsi la première ville de France à mettre en place une opération «lumières» de cette envergure. Au passage, elle a également entrepris de toiletter son centre, avec une église Saint Mathieu restaurée, un théâtre municipal flambant neuf, une place Rapp redessinée et débarrassée de ses voitures… Le bilan est moins rose dans les quartiers nord et ouest. A Bel-Air, à Florimond ou au Palais Royal , se concentrent les sociétés HLM, les tours décrépites et les terrains laissés à l’abandon. Mais, là aussi, la réhabilitation des logements a commencé.

TRANSPORTS

Les liaisons aériennes ne sont pas très bonnes. Il a longtemps été question de fermer l’aéroport d’affaires de Colmar- Houssen.Aujourd’hui, il pourrait déménager. Le maire envisage ainsi la création d’un troisième aéroport qui viendrait pallier le manque de créneaux pour le commercial et le petit voyage d’affaires. Les rails sont plus prometteurs. En juin 2007, l’arrivée du TGV Est européen mettra Colmar à 2h50 de Paris, au lieu de 4h40 aujourd’hui.

ECONOMIE

La capitale du vin d’Alsace, où près de mille propriétés vivent de la vigne, a plus d’une bouteille dans son sac. Affectée par l’agonie du textile alsacien au début des années 1980, boudée par les investisseurs allemands et suisses du fait de la crise européenne, Colmar a misé avec succès sur… les Japonais ! Le but était de convaincre les constructeurs nippons de s’installer en Alsace, terre de double culture, connue pour sa stabilité sociale ainsi que l’efficacité et le profil international (45% des employés de l’industrie travaillent actuellement dans une entreprise à capitaux étrangers) de ses salariés. Avec, en guise de cerise sur le gâteau, un lycée japonais flambant neuf. Conquis les premiers, Sony et Ricoh s’implantèrent en 1987. Sharp les rejoignit en 1989. Désormais, une quinzaine de groupes japonais sont installés en centre-Alsace, dans une petite Nippon Valley qui emploie plus de 5 000 personnes. Autre preuve d’une reconversion réussie, le Biopôle se développe à court terme. Aujourd’hui, le Centre Alsace compte 8 400 entreprises, dont 21% dans l’industrie, 37% dans le commerce et 42% dans les services.

CRÉATION D’ENTREPRISES

En 2005, Colmar a enregistré 682 créations (légèrement plus qu’en 2005), dont 350 dans les commerces, 230 dans les services et 33 dans l’industrie. En comptant les faillites et les radiations, le territoire s’est ainsi enrichi, en une décennie, de 108 entreprises par an. Les porteurs de projets, eux, sont de plus en plus encadrés, avec le traditionnel stage de la CCI, autrefois de 5 jours, passé à 16 jours cette année. Il existe également sept clubs de créateurs et de repreneurs. A noter, enfin, la réaffectation du site de l’aérodrome pour l’accueil de nouvelles activités économiques. En effet, la ville ne dispose plus d’emprises foncières suffisamment importantes pour accueillir des unités économiques susceptibles de créer de nombreux emplois.

IMMOBILIER

Dans cette petite ville à fort potentiel touristique et dont les résidents bénéficient d’un bon pouvoir d’achat, le marché de l’immobilier, qu’il soit professionnel ou d’habitation, est tendu. Cela se ressent beaucoup plus qu’à Mulhouse. Les pas-de-porte et les droits au bail atteignent des sommets : difficile de trouver son bonheur à moins de 200 000 €. Pour le logement, le m2, en moyenne, est vendu 1 971,72 € et loué 8,08 €.

 

Patricia Beck, Une créatrice à Colmar 40 ans, gérante de La Poule Bleue

Pourquoi la décoration ?

«Bien qu’originaires de Lorraine, mon mari et moi avons vécu, au gré de ses mutations, plus de dix ans à Avignon. C’est là que j’ai découvert les couleurs et la décoration typiques du sud. Secrétaire de direction, je passais mon temps libre à faire les brocantes et retaper de vieux meubles. Après divers stages en menuiserie, vannerie, tapisserie, j’ai voulu me professionnaliser davantage. Un spécialiste de la peinture sur bois a accepté de me former pendant plusieurs mois. Quand nous sommes revenus vivre à Mulhouse, j’étais prête à ouvrir ma boutique : au rez-de-chaussée, je vends des articles de décoration et, à l’étage, je peints et patine des meubles, dans le style très coloré du XVIII ème siècle».

Comment s’est concrétisé le projet ?

«Mon mari travaillait à Mulhouse mais nous voulions nous rapprocher de Strasbourg. Nous nous sommes donc installés à Colmar, une ville moyenne avec une formidable qualité de vie. J’avais besoin d’un local assez grand pour y loger mon atelier. J’ai trouvé une surface de 80 m2 près de la Cathédrale. L’absence de pas-de-porte compensait le loyer élevé (1 600 €TTC). Au total, j’ai investi 50 000 €, dont 20 000 € grâce à un emprunt au CIC Cial, garanti par le Fonds Garantie Initiatives des Femmes. Après deux mois de travaux, La Poule Bleue a ouvert le 2 juillet 2004. J’ai choisi ce nom et créé un logo spécifique pour me démarquer».

Quel bilan deux ans après ?

«Le démarrage a été rapide. J’ai été agréablement surprise par la réaction positive des gens. L’esprit provençal raffiné de mon magasin, loin des clichés fleuris, a séduit la clientèle plutôt bourgeoise de Colmar. Je propose également des objets artistiques haut-de-gamme, expose des artistes et anime, quand j’ai le temps, des ateliers et des stages de peinture décorative. A terme, je voudrais dupliquer le concept dans une autre ville ou le développer en franchise. Je me pencherai sur la question fin 2007».

 

 

MULHOUSE
L’INDUSTRIELLE

DÉMOGRAPHIE

Avec 112 000 habitants (267 000 pour l’agglomération), la capitale du Haut-Rhin présente une densité de population (4 966 âmes par m2) presque cinq fois plus forte que celle de Colmar. Elle n’en est pas plus attractive pour autant. Exemple son évolution démographique, de seulement 0,2% par an, au cours de la décennie 1990.

CADRE DE VIE

Le passé industriel de Mulhouse a laissé des traces. A commencer par le fameux carré mulhousien : construite en 1853, cette cité ouvrière, avec ses 200 maisons alignées en bande, fut l’une des premières de France. Son prolongement s’inscrit dans le programme de réhabilitation des quartiers dits sensibles, dont la mosaïque de nationalités pose problème, certes, mais où les voitures brûlent tout de même moins qu’à Strasbourg. Néanmoins,l’ombre de ses cent cheminées d’usines continue de planer sur Mulhouse, laquelle souffre, de surcroît, d’un climat ingrat : du coup, la ville se retrouve toujours reléguée aux dernières places dans le classement français des villes vertes ! D’un autre côté, la cité du Bollwerk (du nom de sa tour bastion,vestige des anciennes fortifications) a conservé un patrimoine important : un centre ville mis en valeur, de beaux hôtels particuliers et le pôle de musées techniques le plus important d’Europe.Quant aux promenades,elles ne manquent pas dans la forêt du Tannenwald (300 hectares) et sur les berges de l’Ill. Sans compter que les équipements sportifs sont nombreux. Enfin, la vie culturelle est foisonnante, dans le sillage du paquebot Filature, un superbe bâtiment qui héberge la Scène Nationale de Mulhouse, l’Opéra National du Rhin, un orchestre symphonique et la médiathèque.

TRANSPORTS

Située à égale distance de Gênes, Paris et Bruxelles, Mulhouse s’affirme comme un carrefour européen attrayant. Elle partage ainsi l’EuroAirport, aéroport multinational, avec Bâle et Freidburd. Elle accueille également le troisième port fluvial de l’hexagone et se trouve au coeur d’un dispositif ferroviaire où nombre de futurs TGV seront connectés : le TGV Rhin-Rhone, dont l’ouverture de la branche Dijon-Mulhouse est espérée en 2010, mais aussi le Rail 2000 entre Milan et Bâle, ainsi que l’ICE Nord-Sud allemand. Quant au TGV Est, il mettra Mulhouse, en juin 2007, à 3h10 de Paris, au lieu de 4h25. Au sein de l’agglomération, ça bouge aussi, avec la mise en oeuvre de nombreux projets comme le Tram Train, réseau à la fois urbain et périurbain étendu jusqu’aux communes de la vallée de la Thur. Rappelons enfin l’action pionnière de Mulhouse, riche de 45 kilomètres de pistes cyclables (5 nouvelles sont en projet), au sein du Club des Villes Cyclables.

ECONOMIE

Mulhouse fait partie de ces villes dont le rayonnement est supérieur à celui que leur poids démographique permettrait d’espérer. Pourtant, ses habitants nourrissent un vrai complexe envers Strasbourg la culturelle et Colmar la bourgeoise. Face à ses deux voisines, la capitale de la Haute-Alsace souffre de son image manufacturière. L’impression est fausse.Née du développement des sciences et des techniques, cette cité pionnière de la révolution industrielle en France, a, en effet, bâti son essor sur le textile, puis la chimie et la mécanique. Mais elle garde de son passé de prestigieux fleurons, tels la firme de textile DMC et, bien entendu, Peugeot, premier employeur industriel du Haut-Rhin avec 14 000 salariés. En outre,Mulhouse a toujours su s’adapter aux défis économiques et son savoirfaire s’exprime aujourd’hui dans la recherche, ou encore à travers le dense tissu de PME familiales, notamment agroalimentaires. D’ailleurs, ce sont bien les services, dont la ville a su négocier le développement, et le pari sur les nouvelles technologies, pôle d’excellence incarné par le Technopôle, qui concourent désormais à la bonne santé économique de la ville.

CRÉATION D’ENTREPRISES

Mulhouse a enregistré autant de créations qu’en 2004, soit 1 216 (1 537 en comptant les reprises), dont 557 dans les services, 514 dans le commerce et 145 dans l’industrie. A noter la baisse importante des fermetures (-15%) et des liquidations judicaires (-27,5%, et -20% plus particulièrement pour le commerce). Au service des entrepreneurs : un pack entreprendre, comprenant la mallette du créateur et des sessions de formation, dont l’ensemble des prestations est accessible moyennant une participation de 40 ou 70 €. Il existe également une offre foncière diversifiée, avec, notamment, le Parc des Collines (150 hectares) et le Technopole de la Mer Rouge (86 hectares), dédiés aux entreprises technologiques, tertiaires et industrielles.

IMMOBILIER

L’offre, variée, comprend la pépinière d’entreprise du Technopôle, l’hôtel d’entreprises La Fabrique, l’Epicerie, le village d’entreprises du Parc des collines, le village artisanal Drouot et la ZAC du Nouveau Bassin. Le prix locatif moyen d’un bureau va de 87 € le m2 en périphérie et dans de l’ancien à 120 € en périphérie et dans le neuf.Ce prix tombe à 64€(neuf),voire 48 €(ancien) pour un local d’activité.

 

Gharib Khchilaat, Un créateur à Mulhouse 28 ans, gérant de Sahara Avenue

Pourquoi des pâtisseries orientales ?

«Diplômé d’une maîtrise en management des réseaux de commercialisation, j’ai occupé des postes de responsable export qui m’ont fait voyager au Maghreb et au Proche-Orient. Dans mon entourage, on me demandait souvent de ramener des pâtisseries. J’ai eu l’idée d’importer et de vendre des produits artisanaux à la fois de qualité et adaptés au consommateur français, donc moins gras et de taille plus réduite. Notre catalogue, riche d’une cinquantaine de références, propose des spécialités du Maroc, d’Algérie, de Tunisie et du Liban. Dans chacun de ces pays, nos fournisseurs respectent le même cahier des charges».

Comment s’est montée la société ?

«Je me suis associé avec mon frère et deux amis pour fonder Sahara Avenue, en mai 2005. Outre 9 000 € de fonds propres et 20 000 € d’emprunt bancaire, nous avons reçu des aides de la Pfil Sud Alsace (5 000 €), de l’Adie (4 000 €) et du Ministère de la Jeunesse et des Sports (6 300 €). Au début, notre clientèle était professionnelle : restaurateurs, épiceries haut-de-gamme, salons de thé et comités d’entreprises. L’ouverture d’une boutique à Mulhouse, en avril 2006, nous permet désormais de toucher les particuliers. Installé en centre ville, ce concept store de 80 m2 (loué 1 000 € HT) est exploité en concession de marque. On y trouve, avec nos pâtisseries, une gamme complète de thés et cafés du Maroc. Depuis cet été, nos produits sont également vendus en ligne sur www.sahara-avenue.com».

Comment voyez-vous l’avenir ?

«Nous prévoyons de clore le premier exercice sur un chiffre d’affaires de 166 000 €. Le magasin a été ouvert au bon moment, à la fin des travaux du tram, qui s’arrête juste à côté. Du coup, les gens redécouvrent le centre ville et ses nouvelles enseignes. A terme, nous voulons développer un réseau de boutiques. La deuxième est sur le point d’ouvrir à Strasbourg, toujours en concession de marque. Mais avant la fin de l’année, nous monterons des succursales à Paris, Marseille et Lyon (ou Bordeaux). Chaque associé devra ainsi gérer le développement commercial d’une zone différente»

 

 

Sommaire numéro n°300

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