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INDEPENDANT - SECTEUR
Depôt-vente
Uun marché porteur et convoité
Revue PIC-INTER - n°301 - Novembre - Decembre 2006
Les dépôts-ventes explosent. L'achat d'occasion séduit toutes les tranches d'âge et toutes les catégories de revenus. La femme et le petit enfant applaudissent. L'homme est plus dubitatif.
L'engouement de nos concitoyens pour l'objet de seconde main est bien réel : le chiffre d'affaires du secteur avoisinait les 650 M € en 2005 pour l'activité dépôt-vente et 6 Mds € pour le marché global de l'occasion . L'explosion des enseignes nationales n'est sans doute pas étrangère au phénomène.Le commerce de l'occasion est bien devenu, au fil des ans, la nouvelle manière de consommer : 36% des consommateurs estiment que les dépôts-ventes sont des endroits idéaux pour dénicher l'objet introuvable, 54% restent très attachés au côté «merveilleux » des brocantes, 27% ont mis des articles en vente dans un dépôtvente et 30% en ont déjà acheté. Les deux populations ne se mélangent pas vraiment : les acheteurs sont plus nombreux que les vendeurs.
Les acheteurs : un public disparate , motivé par l'idée de faire de bonnes affaires mais où les foyers défavorisés sont minoritaires. Certes, au Troc de l'Ile , première enseigne nationale, 50% des acheteurs de meubles et 100% des acheteurs d'électroménager viennent pour des achats basiques d'équipe m e n t . I l s'agit là d'une clientèle jeune ou à faibles revenus. Mais l'autre moitié de la clientèle est constituée de clients plus âgés, plutôt aisés et qui se rendent au magasin très fréquemment. Les «chineurs» aiment dénicher l'achat coup de coeur mais la notion d'investissement financier est tout de même présente.A La Marelle , un dépôt-vente parisien pour femmes et enfants situé Galerie Vivienne , les clients passent souvent. 70% sont des fidèles qui viennent régulièrement. On y rencontre une clientèle CSP+.
Pour le prêt-à-porter féminin, les femmes qui achètent ne sont pas celles qui déposent. Ce sont des femmes qui veulent s'offrir des marques, des produits de qualité et à la mode mais moitié moins cher que le neuf. Et qui, pour un budget donné, peuvent acheter plus. La boutique de Gisèle Gridaine , Au Fil d'Ariane , a pignon sur rue depuis vingt-six ans. Microcosme de la population hyper branchée chic du 11 e arrondissement de Paris, elle attire une clientèle disparate. La petite bourgeoise en Chanel fouille femme branchée en jean délavé. « Les gens ont opéré des transferts : l'économie qu'ils réalisent en se rabattant sur de l'occasion leur permet d'acheter aussi autre chose. Mais plus qu'une question de budget, c'est une affaire de goût. Un vêtement qui a une seconde vie a une âme. On le ressent dès le toucher », assure Gisèle.
Les femmes qui déposent leurs vêtements dans un dépôt-vente sont plutôt aisées, très fidèles au magasin. Elles font le tri de leur armoire deux fois par an. Ce sont des vêtements qu'elles estiment trop beaux pour être donnés. Elles ont trouvé là une certaine manière de gérer leur garde-robe et de la recycler. Il s'agit d'une démarche rationnelle, une façon raisonnable de gérer sa consommation. Si les femmes achètent souvent pour leur compagnon, les hommes achètent par besoin ou pour des occasions particulières. Ils ne se sont pas soudainement mués en adeptes du shopping comme les femmes, mais leur comportement semble changer. Ils sont de plus en plus nombreux à faire leurs achats. Le désir de mode est présent, mais certains freins demeurent : ils achètent peu dans les dépôts-ventes. La gageure pour ce type de commerce consiste à proposer aux hommes une offre qui prend en compte les tendances sans s'égarer dans l'excentricité.
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- Chiffre d'affaires du seul secteur dépôt-vente en 2005 : 650 M€
- Nombre d'entreprises recensées :
- 13 000 pour l’occasion,
- 1 500 dépôts-ventes dont + de 85% d'indépendants
- Leaders (commerce organisé) :
- Troc de l'Ile (163 magasins), La Trocante, La Caverne des Particuliers,
- Cash Express, Euro Cash, Easy Cash,Cash Converters (500 magasins dans le monde)
- 80% des entreprises de toute la profession font moins de 150 000 € de chiffre d'affaires annuel
- Profil des clients :
- 60% des acheteurs et des vendeurs ont moins de 50 ans
- 57% sont des troqueurs-acheteurs
- 27% sont des troqueurs-vendeurs. 16% ont une double personnalité
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Le créneau des enfants de 2 à 12 ans est certainement un des meilleurs. Mais les cadeaux de naissance ne s'achètent pas dans un dépôt-vente. Si les adolescents sont fascinés par certaines marques, ils ne sont pas faciles à contenter. Les marques privilégiées : Chevignon , Chipie , Cimarron , Diesel ... Mais, attention, ils ne porteront que des vêtements quasi neufs.Au delà de 14 ans, ils ne mettront pas les pieds dans un dépôt-vente.
DEPÔT AU DESSUS DE TOUT SOUPÇON
La constitution d'un stock au départ de l'activité est la tâche la plus délicate et la plus importante pour l'avenir. En raison du renouvellement permanent des produits et de l'importance de la concurrence dans certains secteurs, l'intuition ne suffit pas.Au départ donc, les «fournisseurs» peuvent être, selon les cas, des fabricants, des entreprises de gros, des soldeurs. Un bon filon : les règlements de successions. « Pour se faire un stock, on peut faire le tour des penderies des amies, de la famille puis se faire connaître par tracts. Les autres commerçants du quartier ont mis ma carte de visite sur leur vitrine et le bouche-à-oreilles a fonctionné », affirme Gisèle Gridaine . Il n'y a pas trop de règles pour déterminer un assortiment, mais il y a des méthodes. La Marelle a démarré avec une surface de vente de 17 m 2 , Éliane Tesseraud a fait le tour de ses copines, des copines de ses copines pour alimenter son stock de départ, ce qui lui a permis de faire l'impasse sur l'achat d'un stock initial.A l'ouverture, elle s'était spécialisée dans l'enfant. Pour remplir sa boutique, en plus des vêtements, elle a présenté deux landaus anglais, un lit d'enfant, quelques jouets en bois et elle a mis un mannequin-enfant devant sa porte. Résultat : 22 passages en caisse la première journée avec un panier moyen de 46 € . « A l'époque l'effet curiosité avait joué », reconnaît-elle aujourd'hui. Avant l'ouverture, elle avait procédé à une enquête sur un panel de vingt mères de famille pour savoir ce qu'elles pensaient des vêtements d'occasion pour leurs enfants. Leur réticence était relative à l'hygiène. Concernant les ventes de vêtements pour adultes, et plus particulièrement les tenues de soirée, les femmes exprimaient leur défiance en disant : « Je ne vais pas porter une robe que madame untel a portée et a ensuite déposée dans ce magasin, j'aurais trop peur d'être reconnue ». Ce qui peut freiner un projet d'installation dans une très petite ville de province.
PRIX SOUS CONDITION
Les dépôts-ventes prennent garde à leur image. A La Marelle, Eliane Tesseraud refuse de faire entrer des articles en mauvais état ou obsolètes qui risquent de ne pas se vendre. « Je ne garde jamais en stock le produit qui ne se vend pas », dit-elle. De nombreux dépôts-ventes ont mis en place un système de prix de vente dégressif sur 6 mois. Et tous les professionnels l'assurent : 80 à 90% des produits partent dans les deux mois. De plus en plus, le marché de l'occasion observe les mêmes règles qu'un commerce ordinaire : qualité de l'emplacement, situation sur une zone de passage, magasin avec vitrine, le client a besoin d'être rassuré. Autre constat et non des moindres : les points de vente développent une panoplie de services : garanties, service après-vente, estimations gratuites sur déplacement, services enlèvement et livraison...
| AU FIL D'ARIANE |
Ici on trouve des vêtements Sonia Rykiel, Jean-Paul Gaultier... des sacs Lancel, Vuitton, la Bagagerie... Une particularité : la boutique est située dans une petite rue du 11e arrondissement de Paris, loin des «beaux quartiers». Sa propriétaire, Gisèle Gridaine, 58 ans, connaît bien son métier. Lorsqu'elle ouvre une première boutique en mai 1976, elle y propose des objets d'artisanat. En 1980, elle ajoute un petit rayon de vêtements et accessoires indiens. «Avec un petit loyer et peu de charges, l'affaire était rentable», préciset- elle. En 1988, elle décide de changer son fusil d'épaule. La bonne idée : faire du prêt-àporter et de l'accessoire en dépôt-vente. Ses clientes les plus fidèles déposent vêtements et accessoires. Elle distribue des mailings dans les boîtes aux lettres du quartier. Une amie journaliste rédige un article dans le Quotidien du Médecin, une autre la propose dans le Guide des Meilleurs Dépôts-Ventes de Paris, et elle est en bonne place dans Elle à Paris. Sans publicité payante, elle se fait rapidement connaître. En 1990, une opportunité se présente à quelques mètres de là, un magasin plus spacieux de 47 m2 se libérait. Avec une reprise de 10 700 et un loyer de 540 , elle n'hésite pas et déménage. Aujourd'hui, la boutique est agencée avec goût et originalité. Un peu caverne d'Ali Baba, mais conviviale. Sur des portants en acier et des mannequins, accessoires et vêtements sont présentés par couleurs, tailles et catégories. Tout est fait pour donner l'envie de fouiller et d'essayer. La maîtresse des lieux, très zen, n'y voit aucun inconvénient, au contraire, c'est sa formule de vente. Les clients entrent, restent, papotent, sirotent un café, essaient et achètent. «Je privilégie la discussion et le conseil pour inciter mes clients à exprimer leurs goûts et leurs envies».Travaillant seule, du mardi au samedi, cette présence lui permet de réaliser ses objectifs. 50% de ses clients déposent et achètent, 25% déposent, 25% achètent.Avec une moyenne de 10 à 20 entrées par jour, le panier moyen se situe à environ 80 €. Cette pro est exigeante sur la qualité des dépôts et sur les relations qu'elle entretient avec les déposants. Elle garde d'ailleurs un contact très étroit avec ses «fournisseurs», et leur relation repose sur la confiance. Elle sait que le moindre faux pas risque de lui faire perdre ses bonnes déposantes, le nerf de la guerre dans un dépôt-vente. |
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Le prix est déterminé d'un commun accord entre le déposant et le dépositaire. Il figure toujours sur la fiche de dépôt remise au déposant. Le prix payé par l'acheteur n'est pas celui qui sera réglé au déposant puisque le dépositaire prendra sa marge, qui est différente selon les produits. Si l'objet n'est pas vendu passé un certain délai, son prix de vente ne baisse pas, mais le prix rétrocédé au déposant, lui, baisse, surtout pour les meubles. La différence augmente la rémunération du commerçant et couvre les frais supplémentaires d'exposition et d'assurances. En règle générale, la baisse est de 10% (parfois 20%) au bout d'un mois et ainsi de suite jusqu'au 10 e mois. À l'expiration de ce 10 e mois d'exposition, le prix à payer étant nul, le déposant doit retirer l'objet concerné, sinon il reste acquis au dépositaire. Les dépôts-ventes de vêtements n'accordent, pour la plupart, qu'un délai d'exposition de deux mois, parfois trois. Au delà le dépositaire estime qu'il ne vendra pas le vêtement déposé qui, avec l'accord du déposant, sera soldé à 50% de son prix. « Si le déposant n'est pas venu reprendre son dépôt, je le remets aux oeuvres », précise Gisèle Gridaine. Pour les bijoux, plus difficiles à vendre, et lorsque ce sont de grosses pièces assez chères, le délai peut dépasser six mois.
Dans un dépôt-vente, il n'existe aucun contrat-type. Le plus souvent, il n'y a pas de contrat. Une fiche de dépôt très détaillée est remise au déposant. Le dépôt est régi par les articles 1915 à 1954 du Code civil, et en l'absence de contrat écrit, ce sont les dispositions du Code civil qui s'appliquent. Déposant et dépositaire peuvent prendre d'autres dispositions, mais elles devront être portées à la connaissance du déposant soit par écrit, soit par des conditions générales affichées de manière lisible dans le magasin. La rémunération du dépositaire est calculée selon un pourcentage sur le prix de vente, uniforme quel que soit le prix de l'objet, en général de 25 à 45% sur l'équipement de la maison, 65% sur les vêtements et les bijoux, 30% sur les meubles. Sur les objets de très grande valeur (bijoux, vêtements et accessoires de grandes marques en parfait état avec certificat d'authenticité) il est courant que le dépositaire ne prenne qu'une commission. « Sur un manteau en vison quasi neuf et vendu dans ma boutique 2 000 € , je prends une commission de 30% sur le prix négocié avec le déposant », précise Gisèle Gridaine. Dans le prix il est important d'intégrer les charges. Si l'objet n'est pas vendu à l'expiration d'un délai fixé, le déposant peut le reprendre. Mais le dépositaire peut exiger le règlement de frais pouvant aller jusqu'à 10% du prix initialement fixé.Attention, le déposant est en droit de refuser si cette clause n'est pas stipulée dans le contrat ou la fiche de dépôt.
Qu'on y vende des vêtements, des meubles, des voitures ou des colliers de perles, le dépôt-vente est à la mode. Mais quel rapport entre une petite boutique de 15 m 2 située dans un quartier prestigieux et un magasin de 1 200 m 2 en périphérie d'une agglomération, où chaque mètre carré est rationnellement utilisé, où tous les articles mis en vente sont répertoriés sur un micro, où les étiquettes portant prix, taille et matière sont imprimées par ordinateur ? En dehors de l'aspect «dépôt-vente» de l'un comme de l'autre, aucun point commun : les petites boutiques travaillent de manière plutôt artisanale, les grosses structures, comme Réciproque ou le Troc de l'Ile , fonctionnent comme des PME.
Sommaire numéro n°301
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