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PIC-INTER - n°313 -NOVEMBRE - DECEMBRE 2008
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PME Acquisitions d'Entreprises - n°35 - SEPTEMBRE - OCTOBRE - NOVEMBRE 2008, www.acquisitions-entreprises.com
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PATRON COMMERÇANT

TAILLEVENT
La troisième étoile sera une femme

Revue PIC-INTER - n°303 - MARS - AVRIL 2007

A la célèbre table parisienne, c’est peut-être Valérie Vrinat, 41 ans, qui regagnera un jour le macaron tout juste perdu au guide Michelin. Retour sur la vocation de cette héritière qui met les pieds dans les plats de son grand-père et de son père.

Ce n’est pas au Taillevent que Valérie Vrinat, directrice générale du fameux restaurant parisien de la rue Lamennais, reçoit ses interlocuteurs. Son bureau se trouve sur le trottoir d’en face, au fond d’une cour qui accueille le siège du groupe. «Celui de mon père est juste de l’autre côté du couloir», précise-t-elle. Jean-Claude Vrinat, le restaurateur triplement étoilé (encore récemment du moins), loin de ses cuisines ? Il y a encore quatre ans, la chose aurait été inconcevable. Mais, depuis, les choses ont changé. Et pas seulement parce que le prestigieux restaurant vient d’être rétrogradé par le Michelin. Mais aussi, et surtout, parce que Valérie, fille unique de Jean-claude, a pris du galon, devenant son bras droit à part entière. «C’est vrai que le déménagement était mon idée», reconnait celle qui, à 41 ans, est désormais l’héritière désignée de l’institutionTaillevent (16 millions d’euros de chiffre d’affaires). «Il a fallu convaincre mon père qu’il était aussi facile de traverser une rue que de pousser une porte ! Mais c’était une décision symbolique, pour réunir la plupart des équipes du groupe [ndlr : soit une centaine de salariés]». Auparavant, les services administratifs, installés au restaurant,et les équipes commerciales, logées au-dessus des Caves Taillevent, étaient séparés. Dorénavant, tous les bureaux sont réunis au 8 de la rue Lamennais. «Nous formons enfin un vrai groupe. Quant à mon père et moi, nous travaillons main dans la main».

DU PINCEAUX À LA BOUTEILLE

Que de chemin parcouru depuis l’arrivée de la jeune femme, il y a vingt ans, dans la société fondée par son grand-père. «Mon père rêvait que je fasse HEC, comme lui. Au lieu de ça, j’ai étudié l’art à l’Ecole du Louvre, fait un stage chez un commissaire priseur et monté une petite société d’importation de bijoux qui n’a pas marché. En fait, je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire. Ma seule certitude était que jamais je ne travaillerais avec mon père dans l’entreprise familiale !» Aussi, quand Jean-Claude Vrinat,en 1987,proposa à sa fille de venir lui donner un coup de main aux Caves Taillevent, leur toute nouvelle boutique de la rue Faubourg-Saint- Honoré, elle commença par refuser… … et finit par accepter, juste «pour dépanner». Pas oenologue pour un sou, elle tenait la caisse et faisait les papiers cadeaux. Mais cela suffit pour que le charme opère. «Ce fut une révélation. J’ai réalisé toute la magie de Taillevent». La magie d’un nom chargé d’histoire : celui du maître-queue de Charles VI (1310-1395), auteur du premier livre de cuisine en langue française («Le Viandier»), auquel André Vrinat voulut rendre hommage en baptisant son restaurant en 1948. La magie, aussi, d’une maison récompensée d’une étoile au Guide Michelin au bout de seulement deux ans d’existence, couronnée des deux suivantes en 1956 et en 1973, dont les murs renvoient encore l’échos des conversations de Henri Kissinger, Charles de Gaulle,Salvador Dali, Richard Nixon, François Mitterrand, Jacques Chirac, Francis Ford Coppola (un grand habitué),Caroline de Monaco ou encore Brad Pitt et Angelina Jolie.

DES RELATIONS TENDUES
Arrivée pour trois mois,Valérie Vrinat dirigea les Caves Taillevent pendant cinq ans. «C’était passionnant, les sommeliers m’ont beaucoup appris. Puis j’ai voulu voir autre chose». A partir de 1992, elle assista davantage Jean-Claude Vrinat dans les tâches administratives, le représenta à l’extérieur, participa aux dégustations. Un apprentissage exigeant pas toujours facile à vivre : «Mon père a sacrifié sa vie personnelle pour son restaurant et ne comprenait pas que je n’arrive pas chaque matin à 8 heures ou que je m’absente pour amener un enfant chez le pédiatre. De mon côté, je manquais de maturité. Résultat : nous étions toujours dans le conflit…» Au point que Valérie Vrinat eut souvent la tentation de partir. Jusqu’il y a quatre ans : «pour la première fois, j’ai senti que mon père était seul et qu’il avait besoin de quelqu’un à ses côtés. J’ai décidé de rester, mais à la condition de pouvoir m’investir pleinement à ses côtés». Depuis, la directrice planche, avec l’aval paternel, sur tous les gros dossiers du groupe Socogem, qui comprend les restaurants Taillevent et L’Angle du Faubourg, ouvert en 2001, ainsi que Les Caves Taillevent. Le principal concerne le développement de l’enseigne des Caves Taillevent. Six magasins et 13 corners ont essaimé au Japon depuis 2005 grâce à un partenaire japonais. Et en décembre 2006, une annexe a été inaugurée au Printemps Haussmann. «Cela va nous permettre de toucher une clientèle plus jeune», explique Valérie Vrinat, qui a également développé une sélection de vins labellisés Taillevent et une gamme de produits «cadeaux d’affaires».

LIFTING COMPLET EN 2004

Mais, surtout, la future maîtresse des lieux met désormais son nez dans les coulisses du restaurant Taillevent, terrain réservé, jusque là, à son père.Ainsi, elle goûte tous les plats mis à la carte et participe au choix des services de table. «Ca n’a l’air de rien mais quand on a changé l’argenterie et la vaisselle en 2006, cela a pris six mois !» En 2004, c’est toute la décoration intérieure du Taillevent qui a été repensée. Les salles lambrissées de l’hôtel particulier, construit pour le duc de Morny en 1852, ont gardé leur élégance feutrée. Mais, des luminaires à la moquette, le tout a pris une allure plus moderne.Ainsi, des oeuvres d’art contemporain, avec les peintures de Patrick S. Naggar ou les sculptures de Machat, habillent les boiseries et ornent les jardins. Qu’ils évoquent les lampes de table ou la transmission à venir, Jean-Claude et Valérie Vrinat sont à l’écoute l’un de l’autre et parlent sans tabous. «Si, demain, il arrive quelque chose à mon père, je serai là. Mais je ne sais toujours pas comment je ferai en ce qui concerne le restaurant. Il représente un véritable sacerdoce. Plus jeune, j’ai souffert de l’absence de mon père à la maison et je refuse de sacrifier, comme lui, ma vie privée». La solution pourraitelle venir d’un proche collaborateur, plus à même de reprendre le flambeau ? «Pourquoi pas ?, répond-elle. Quoiqu’il en soit, je suis confiante, nous trouverons une solution…» Face à la détermination de cette maman de trois enfants (15, 11 et 7 ans), on n’en doute pas un seul instant.

 

La cuisine du patron

Le parcours de la famille Vrinat est atypique dans le monde de la restauration, où le patron de la maison est généralement derrière les fourneaux. Il y a trente ans, les restaurants de Jean-Claude Vrinat, René Lasserre et Claude Terraille étaient les rares tables triplement étoilées dont les directeurs n’étaient pas des chefs. «La chance des Vrinat est d’avoir eu un palais exceptionnel, commente Valérie. Mais ils se sont aussi associés à de grands chefs, même si leur nom est un peu occulté». Parmi eux : Lucien Leheu, qui obtint les deux premiers macarons, puis Claude Deligne, qui gagna le troisième et régna sur les cuisines pendant trente ans, avant de laisser la place, pour des raisons de santé, à son second, Philippe Legendre. Celui-ci quitta Taillevent en 1999 (pour la table du George V, qu’il coiffa des trois étoiles en trois ans), où il fut remplacé par Michel del Burgo. Son successeur, Alain Solivérès, officie depuis 2002. A la carte du chef : la rémoulade de tourteaux, le risotto d’épeautre ou encore les canneloni de homard, version contemporaine du fameux boudin de homards d’antan. L’ardoise moyenne est de 220 euros, vins compris. Un menu d’affaires (trois entrées, trois plats, fromage et trois desserts) à 70 euros, hors vin, est proposé au déjeuner. En revanche, ce sont bien les Vrinat père et fils qui, en parcourant inlassablement le vignoble français à la recherche des meilleurs crus, ont constitué leur cave, riche de plus de 2 800 crus. Les bouteilles à partir de 28 euros font de leur carte l’une des moins chères des trois étoiles (deux, depuis la rétrogradation du Michelin) parisiens.   

 

 

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