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PATRON COMMERÇANT
VOYAGEURS DU MONDE
TRAVELLERS CHIC ET PATRONS BOBO
Revue PIC-INTER - n°304 - MAI - JUIN 2007
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Jean-François
RIAL |
Alain CAPESTAN |
Lionel HABASQUE |
En dix ans, ses repreneurs ont mené cette agence
atypique au sommet. Numéro 1 du voyage sur-mesure , le tour opérateur
est l’une des plus belles réussites du tourisme français.
Décors en bois blond, grands bronzes chinois dressés
au milieu du mobilier tropical, peintures orientalistes habillant les murs :
chez Voyageurs du Monde
(VDM), le dépaysement commence en franchissant le seuil de l’agence.
On ne dit pas «agence», d’ailleurs, mais «Cité
des voyageurs». Il en existe une douzaine en France : dans ces écrins
de luxe au look soigné, on retrouve tout l’univers du voyage grâce
à une librairie, une boutique, des conférences et des expositions-ventes
d’artisanat. A Paris, dans le vaisseau amiral de la rue Sainte-Anne, sublime
espace de1 800 m2, il y avait même, jusqu’il y a peu, un restaurant-lounge
bar… «Quand notre super chef est parti,on l’a fermé
: avec le turn-over, c’était trop compliqué à gérer
et trop loin de notre coeur de métier», explique Jean-François
Rial, Pdg de VDM. De fait, le coeur de métier de cet ancien actuaire
se trouve plus sur les hauts-plateaux africains et dans les forêts asiatiques
quand dans une assiette. Et ce métier, il le fait bien : numéro
un français du voyage sur-mesure, son entreprise a réalisé
un chiffre d’affaires de 175 millions en 2006 et devrait
franchir la barre des 200 millions cette année. Cette
réussite, collective, est celle d’une bande de copains venus de
la même société d’information financière, la
Fininfo. Drôles de mousquetaires que Jean-François
Rial, Alain Capestan et Lionel Habaque… ou plutôt,comme
ils se désignent, M. Communication, M. Finance (des agences et des hébergements
de charme) et M. Aventure (des marques éponymes). Ces trois-là
forment le noyau co-décisionnaire, sur l’essentiel du moins, d’un
Club des cinq qui compte également un M. Commercial (Loïck
Minvielle) et un M. Informatique (Frédéric Moulin).
BAROUDEURS
DES AFFAIRES
«Depuis 25 ans que l’on se connait, nous avons toujours eu en
commun la passion du voyage», raconte Alain Capestan, ancien cadre
bancaire formé à Dauphine. «Jean-François adorait
le désert, Lionel, l’Afrique et moi l’Asie». Leur
dernière virée commune ? Un trek autour des Annapurnas l’été
dernier. La prochaine ? «Le Tibet, mais nos femmes ne le savent pas
encore !» Assis autour d’une table,ces quadras fanfarons dégainent
les plaisanteries aussi promptement que les souvenirs de vacances. Mais qu’on
ne s’y trompe pas, ces globe-trotteurs sont aussi de véritables
baroudeurs des affaires.
En rachetant Déserts et Comptoir des Voyages, deux micro-voyagistes,
au début des années 1990, ces messieurs de la finance s’offrirent
une danseuse. En reprenant Voyageurs du Monde en 1996 (40 millions de chiffre
d’affaires), ils achetèrent un billet pour une expédition
sans retour dans l’univers du tourisme. Un tourisme différent.
«Nous recherchions l’aventure et des formules individualisées,
plus adaptées, selon nous, à la découverte authentique
d’un pays. Or, cette offre n’existait pas, ou peu, à l’époque»,
explique Alain Capestan. Leur nouvelle acquisition commercialisait alors des
vols secs. A la tête, désormais, de trois enseignes, ils décidèrent
de développer le sur-mesure. L’afflux d’une clientèle
bobo et de routards chic, adeptes de voyages à la carte, hors des sentiers
battus, leur donna des ailes et les poussa à se lancer dans la foulée
sur le marché de l’aventure (à pied, à cheval, en
mobylette, en canoë…), en rachetant deux marques complémentaires
: Terres d’Aventures, le leader français sur ce
créneau, et Nomade Aventure, son pendant low cost. L’avenir
leur donna raison : «le sur-mesure (les deux tiers de notre chiffre
d’affaires) et l’aventure (le tiers restant) sont les deux segments
du marché du voyage qui augmentent le plus ces dernières années
en France», se félicite Jean-François Rial. Au point
que les dirigeants n’ont pas jugé bon de fusionner leurs cinq marques,
estimant plus intéressant «d’occuper le terrain»…
soit la moitié du marché français du sur-mesure.
TOURISME
DURABLE
Pour en arriver là, le voyagiste n’a jamais dérogé
à sa stratégie de vente exclusivement directe. Y compris sur internet,
domaine dans lequel il joua les pionniers en lançant son site
web en 1998. Aujourd’hui, les ventes en ligne représentent
aujourd’hui 30% du volume d’affaires du groupe. «Le
client répond d’abord à un questionnaire très précis,
à partir duquel l’un de nos spécialistes pays élabore
une ébauche de périple et de devis, qui s’affine grâce
à un jeu de questions réponses. Nous arrivons ainsi à vendre
des produits très compliqués», remarque Lionel Habasque.
La méthode ne fait pas tout. La connaissance de la destination est essentielle.
Les 220 spécialistes sont tous originaires du pays qu’ils proposent
(une centaine au total), ou bien y ont vécu. Parmi les 600 salariés
du groupe, on recense ainsi 35 nationalités différentes.
Multi-raciale, la culture d’entreprise est emblématique d’un
groupe qui se veut «citoyen». «Tolérance,
équité… nos valeurs sont très fortes. Non seulement
nous promouvons un tourisme durable, basé sur le respect de l’équilibre
économique et social des populations visitées [ndlr : il milita,
notamment, pour la taxe sur tous les pays d’avions, devant bénéficier
au développement de l’Afrique], mais nous montrons aussi l’exemple
au sein de notre entreprise», professe Jean-François Rial.
Ainsi, la moitié des bénéfices sont redistribués
aux salariés. Car des mousquetaires, nos compères pratiquent également
la devise. Revendiquant un partage du pouvoir équitable, c’est
donc à cinq qu’ils décidèrent d’entrer en bourse.
Une façon, notamment, de financer le développement du réseau
de distribution, à raison de trois nouvelles agences par an,
en province, mais aussi, pourquoi pas, en Europe.

ENTREPRISE
ÉTHIQUE
Cette recapitalisation permettra également de diversifier les hébergements
de charme, une activité d’hôtellerie lancée en 2000
avec l’ouverture de riads au Maroc et le rachat du Steam Ship Sudan, en
Egypte : c’est ce bateau, un dahabieh construit en 1855, qui inspira le
livre d’Agatha Christie, Mort sur le Nil, et sur lequel
fut tournée son adaptation cinématographique. Aujourd’hui,
ses parquets de bois verni et ses larges roues à aubes sont la promesse
d’une croisière d’exception…
Le principe ? «On achète une ruine et on la rénove dans
le respect des traditions locales», résume Alain Capestan.
Outre quatre camps nomades installés dans le sud marocain et une posada
coloniale portugaise du XVIIe siècle récemment restaurée
à Salvador de Bahia, les dirigeants de VDM cherchent déjà
à réhabiliter une haveli au Rajasthan et entendent encore étoffer
leur parc. «Se poser dans un lieu de charme est une autre façon
de s’imprégner de l’atmosphère d’un pays. Il
faut arrêter de consommer du voyage et prendre le temps», s’emporte
Jean-François Rial, voyagiste éthique et… d’élite
aussi.
© Credit Photo Ph. Péruchon et P. Seux
| CARTE D'IDENTITE |
1979 : création de Carrefour
des Voyages, futur Voyageurs du Monde
1987 : création de Déserts
1990 : naissance de Comptoir des voyages
1992 : la bande de Fininfo rachète Déserts
1993 : reprise de Comptoir des Voyages
1994 : ouverture de la première Cité des Voyageurs à
Paris, rue Sainte-Anne
1996 : reprise de Voyageurs du monde, lancement du voyage sur-mesure |
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numéro n°304
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