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CONCEPT
URGANIA - LA MODE POUR SAUVER LE MONDE
Revue PIC-INTER - n°311 - Juillet - Août 2008
Au secours notre terre souffre :
overdose de consommation. Le
concept de mode éthique est
dans l’air du temps. Véronique
Sébire et Annie Don l’ont bien
compris. Urgania, une aventure
qui force le respect.
éronique Sébire et Annie
Don, deux quadras élevées
dans un monde où l’on jette
sans pitié, ont décidé de passer
à l’action. Elles décrètent en 2006
qu’elle vont se lancer dans la mode
éthique. L’idée est originale : elle récupèrent
des vieilles fripes pour en faire
des vêtement tendances et sexy. En
résumé : elles font du neuf avec du
vieux, du beau avec du moche. Leur
rêve est fou : sauver la planète sans revenir à l’âge de pierre.
Au début, elle font figure de douces
utopistes sans avenir. Aujourd’hui on
les prend au sérieux et même, on les
encense. Leur credo «On peut se faire
beau tout en préservant la terre».
Véronique Sébire a été intervenante
«en image de soi» pendant une dizaine
d’années en milieu d’insertion. C’est à
cette époque qu’elle effectue un stage
dans une structure de tri
sélectif. «J’ai pu constater
que les associations
caritatives croulaient sous
des montagnes de vêtements.
Face à la surabondance
de dons elles sont
obligées d’en envoyer
beaucoup à la déchetterie
pour enfouissement».
C’est pour elle une
révélation : des mines
d’or de matériaux de
base sont mises au
rebut faute de recyclage
créatif. Bingo ! La
bonne idée est née :
en mars 2006, elle crée Urgania, du nom de la fée
protectrice de la terre, avec 10 000
euros sur son compte en banque car
elle n’arrive pas à rallier les financiers.
Aucun soutien ne vient l’aider à
boucler les fins de mois.Mais l’aventure
commence pour Véronique. En effet,
l’addiction aux fringues est en passe de
contribuer à une catastrophe écologique
et il faut réagir. La culture
intensive du coton épuise les ressources
en eau de la planète et consomme 25%
des pesticides utilisés dans le monde.
L’impact environnemental de cette
filière est catastrophique et pendant ce
temps-là les Américains achètent 40
nouveaux T-shirts chaque année et les
Français jettent 9 kg de vêtements par
an. Alors il faut changer les mentalités.
UN VRAI RÔLE À JOUER
«Notre terre est trop belle pour en faire une
poubelle. Et nous sommes responsables. J’ai
créé cette entreprise comme un lieu où le
commerce équitable trouve son sens et un
lieu de créativité où notre clientèle se fait belle en portant des vêtements qui ne font
pas de mal a la planète». Fourmi sur le
marché hyper concurrentiel de la
mode, Véronique Sébire veut prouver
qu’un autre monde est possible. Pour
l’aider dans ce parcours difficile elle est
rejointe en décembre 2006 par Annie
Don, une créatrice de vêtements de la
région Nantaise. Une vraie rencontre
qui va leur donner envie de collaborer
et de montrer que l’on ne peut se
contenter de regarder mourir la planète
en restant les bras croisés.
Elles installent leur petite entreprise
dans le Choletais, haut lieu du textile
français qui connaît aujourd’hui des
difficultés économiques de grande
envergure. Mais dans cette région, les
compétences existent. Urgania va en
profiter. La petite société récupère sa
matière première auprès de différentes
structures : Emmaüs, Saint-Vincent
de Paul à Ancenis,Atima à Beaupréau.
Les kilos de vieilles fripes sont stockés
dans l’atelier-boutique de la rue de la
Cité à Beaupréeau. «Nous trions selon
l’état, les matières et les couleurs»,
commente Annie. L’imagination et le
savoir-faire faisant le reste. D’un coup
d’aiguille magique, 20 cravates forment
une ravissante jupe, trois pulls
n’en font qu’un, de 4 T-shirts
naît une tunique multicolore,
une robe déstructurée est combinée
avec 3 jupes dépareillées,
une robe de mariée est réalisée
dans des mètres de chute de
coton et des fragments de dentelles.
En un mot des fringues éthiques
et esthétiques. Car ici, rien n’est
acheté à part la mercerie. La fée
qui coud ce que les deux stylistes
imaginent, c’est Marylène Verde,
ancienne sinistrée du secteur
textile et première salariée
d’Urgania. Depuis sa création, l’atelier
des deux stylistes à reçu de nombreux
stagiaires ravis de faire de la confection
autrement et de laisser libre cours à
leur imagination.
Le coût des vêtements est sans surprise.
Chaque étiquette mentionne les sommes
consacrées au tri sélectif et au nettoyage,
aux machines, au fil et à la laine
(20 €), le nombre d’heures de travail
(30€de l’heure) et la marge commerciale (30% incluant la TVA). On ne peut être
plus transparent ! Dès que les modèles
sont terminés, ils passent dans la partie
boutique, aux jolis tons pastels, de l’autre
côté du rideau. «Il est indispensable
d’avoir tout sur place», indique Véronique.
Les deux associés travaillent
beaucoup, jusqu’à 72 heures par
semaine. Et c’est sans compter la
présence sur les marchés éco-citoyens,
les Salons et les forums. Car l’entreprise
a su faire parler d’elle via des expositions
et des défilés. Elle a également mis en
place un partenariat avec un lycée de
Laval et un chantier d’insertion pour
accueillir des personnes au sein de
l’entreprise afin de leur montrer
comment valoriser les vieux vêtements.

L’offre est encore restreinte mais nous
ne sommes qu’au début de l’entreprise
qui compte déjà une belle clientèle
venant d’Angers, Nantes et même de
Bretagne. Plusieurs boutiques hexagonales
réclament des modèles et le site
Internet fait un tabac. Le marché qui se
dessine pour les deux «green girl» est
immense. Les perspectives de développement
sont donc au rendez-vous, mais les moyens manquent. «D'autant
plus que nous devons vraiment beaucoup
nous battre financièrement chaque jour.
Nous sommes actuellement trois à travailler
ensemble, mais nous ne dégageons que deux
salaires, les chefs d'entreprise sont souvent
les derniers servis», explique Annie Don.
«On est sur le fil financièrement et on
n’arrive pas à répondre à la demande.
C’est un comble. Avec 100 000 euros de
plus on achèterait des machines supplémentaires
et on embaucherait. On aimerait
passer à 5 salariés», ajoute Véronique
Sébire. Dans les 15 premiers mois la
société a déclaré un chiffre d’affaires
de 44 000 €. Il est passé à 50 000 €
pour 2007.
«Aujourd’hui, la TVA est réellement un vrai
frein à notre développement et un problème
à soulever politiquement», lance Annie
Don. «Il est délirant de payer une TVA à
19,6% sur des vêtements fabriqués à
base de vêtements qui ont déjà été taxés.
On voudrait obtenir la TVA à 5,5%». Pour
ces deux mères de famille, 5 enfants
pour Véronique, 3 pour Annie, il y a un
combat à mener. «On est des guerrières et
on y arrivera», affirme Annie Don.
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