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CONCEPT
ETHNICIA
UN CONCEPT AUX MULTIPLES VISAGES
Revue PIC-INTER - n°314 - Janvier - Février 2009
Apporter la beauté et le bien-être à une mosaïque de
femmes et d’hommes, tout en respectant les différences
d’une société cosmopolite, telle est la révolution que lance
Hapsatou Sy.
Les femmes ne lui résistent
pas. Les hommes non
plus, d’ailleurs. Peut-être
parce qu’elle est un peu
les deux à la fois. Masculine
dans ses combats, dans sa
capacité de résistance aux
épreuves. Féminine par sa
sensibilité, son irrésistible
don pour ses choix de
vie, sa gestuelle. Derrière
une apparente maîtrise
surgissent sa spontanéité,
sa joie d’avoir réussi
des challenges. La
voilà, Hapsatou Sy,
créatrice du concept
Ethnicia. Mais on
dit qu’il ne faut pas
se fier aux apparences
: ce proverbe
s’applique bien à
cette jeune femme
qui a ouvert son
premier salon de
beauté en 2005.
A la voir, impossible
de déceler un signe
de sa nature de
combattante. Sous
ses airs de femme
fragile , cette jolie
sénégalo-mauritanienne
cache un talent sûr qui l’a conduite, à
25 ans, à réaliser son rêve. Son truc à
elle c’est la beauté «melting-pot». Mais
avant d’être une chef d’entreprise
reconnue par ses pairs, elle a réalisé un
parcours sans faute depuis ses premières
années de scolarité.
L’AMOUR
DU TRAVAIL
Ses parents lui ont transmis l’amour du
travail et toute petite déjà, cette troisième
d’une famille de huit enfants, aime diriger,
lancer des idées et les faire avancer.
Après avoir obtenu un Bac professionnel
en secrétariat et un BTS de commerce
international, elle suit des cours du soir
au Cnam (Conservatoire National des
Arts et Métiers) où elle obtient un
DESS de commerce et marchés
internationaux. «Avec mes diplômes en
poche, j’ai d’abord travaillé à Paris dans
une grande banque puis j’ai été embauchée
pour être responsable des marchés dans
un groupe informatique international»,
raconte-t-elle. «Mais ce n’était pas
encore çà, les rapports hiérarchiques ne
me convenaient pas.Alors j’ai tout lâché à
24 ans». Un changement bénéfique qui
a certainement donné une impulsion à
la suite de sa carrière.
«Je suis partie du constat qu'à Paris, il
était impossible de trouver un lieu de
beauté multiservices offrant des prestations
de coiffure, de maquillage, d'esthétique, de
soins corporels, à toutes les femmes, quelle
que soit leur origine». Or, c’est à New
York qu’elle pénètre dans le salon qui
correspond à ses aspirations. C’est
également là qu’elle découvre le
conseil en image, ce drôle de jeu de
l’avant/après qui permet de changer de
tête, de style ou même de vie.De retour
à Paris elle frappe à la porte des banques
pour financer l’ouverture du salon de ses
rêves déniché sur la très chic Ile-Saint-
Louis. «Les banquiers m’ont expliqué que
j’étais sympathique, que mon projet tenait
la route mais qu’ils ne m’aideraient pas».
Il en fallait plus pour la décourager. Et
la chance lui sourit très vite lorsqu’elle
arrive à rassembler ses 35 000 euros
d’économie et à négocier des délais de
paiement avec ses fournisseurs. Elle
réalise elle-même les travaux de son
local de 120m2 et en juillet 2005 elle
ouvre le premier salon Ethnicia.
A partir de là, Hapsatou Sy fonce et
son nom circule rapidement dans le
monde de la beauté. Le succès et la
reconnaissance de ses compétences ne
se font pas attendre et le bouche-àoreille
fonctionne à merveille : le salon
attire une clientèle melting-pot dès
l’ouverture et le chiffre d’affaires
explose, affichant 500 K€ dès la première
année.«Le métissage est l’avenir du monde
et le secteur de la beauté ne doit pas
segmenter son offre, bien au contraire.
Mon concept
répond à une
demande réellement
existante»,
affirme-t-elle,
son but étant
de mélanger
les cultures.
Et des évènements
récents
semblent lui
donner raison.
Son activité
repose sur
l’alliance
de cinq
métiers :
coiffure,
esthétique, maquillage, bien-être
et relooking. Les marques de renom
n’hésitant pas à lui confier leur image,
Wella, Davines, l’Oréal, Kali’s Pearl…,
l’endroit regorge d’innovations. A
découvrir : la méthode du «drapping»
révélant à l’aide d’un jeu de tissus les
couleurs qui valorisent un visage. On
le constate, l’offre est très différenciée
de celle d’un salon de coiffure traditionnel.
Ici tout le personnel est polyvalent
même si pour chaque visage,
«affro», asiatique ou occidentale, pour
chaque cheveu crépu, raide ou ondulé,
on trouve une spécialiste. Et Ethnicia
ne s’arrête pas là. On trouve également
des services de massage et
d’onglerie. Si les femmes sont des
aficionados, quelques hommes poussent
la porte du salon et en ressortent très
convaincus.
En janvier 2008 Hapsatou Sy passe à
la vitesse supérieure en ouvrant un
deuxième salon sur 230 m2 au
coeur du 15ème arrondissement de
Paris. Mais elle voit les choses en
grand et continue sur sa lancée. En
participant au grand prix des jeunes
créateurs organisé par Unibail-
Rodamco, elle remporte le 2ème prix,
soit un bail commercial d’une valeur de
500 000 € et 6 mois de loyers offerts,
lui permettant de s’implanter aux
Quatre Temps dans le quartier de la
Défense.Ce centre commercial, un des
plus grands d’Europe, qui draine
chaque année près de 200 millions
de visiteurs, lui ouvre de nouveaux
horizons et pas des moindres. «Je
rentre dans la cour des grands», dit-elle
avec enthousiasme.
LAUREATE
DU CONCOURS
UNIBAIL-RODAMCO
Aujourd’hui Hapsatou Sy dirige 50
salariés et lance une gamme de
maquillage. Son objectif ? «Je compte
dupliquer mon concept en franchise avec
en ligne de mire une cinquantaine de
salons en France et en Europe».
Hapsatou serait-elle un as de la
stratégie ? Un cador de l’entrepreneuriat
? Peut-être davantage ? On
peut certainement affirmer que cette
jeune femme est une jusqu’au-boutiste
de l’esthétique.
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