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PORTRAIT
L’OCCASION
FAIT LE PATRON
Revue PIC-INTER - n°316 - Mai - Juin 2009
Roger Beille, principal
fondateur de Cash
Express, revisitele
principe du montde-
piété avec succès.
Numéro 1 sur le marché
de l ’achat-vente de
produits d’occasions
aux particuliers, son
réseau compte déjà 55
points de vente en
franchise.
6 milliards d’euros : c’est ce que
représente aujourd’hui, hors
voitures et vêtements, le marché
de l’occasion. Meubles, bijoux,
téléphones portables ou ustensiles de
cuisine… tout a droit, désormais, à une
seconde vie. Une véritable aubaine
pour les particuliers, qui s’improvisent
massivement (66% de la population)
marchands, notamment sur des sites
internet comme ebay, mais aussi pour
les entrepreneurs, bien décidés à
profiter de ce juteux business anticrise
en jouant les intermédiaires. «Sur
ebay, le vendeur qui met son annonce en
ligne doit prendre une photo, rédiger un
texte descriptif, sans garantie de trouver
preneur. Chez nous, le vendeur n’a rien à
faire : il vient déposer l’objet et on le
paie cash», explique Roger Beille,
directeur général de Cash
Express.Avec plus de trois millions
d’objets revendus dans ses 55
magasins et un chiffre d’affaires de 45 millions d’euros, cette enseigne
dédiée à l’achat-vente aux particuliers
a battu tous les records en 2008 et
prévoit une dizaine d’autres ouvertures
en 2009 dans toute la France.
Merci la crise ? «Même pas, s’exclame
Roger Beille. C’est vrai qu’elle a braqué
les projecteurs sur nous, mais il ne s’agit
pas d’un commerce de crise : nos clients
ne sont pas défavorisés, au contraire, ce
sont des sur-consommateurs, des branchés
qui changent de téléphone portable tous
les trois mois par exemple. Pour eux, payer
moins cher revient à consommer plus
et plus souvent», constate ce Catalan
jovial de 58 ans. La montre Baume et
Mercier qu’il porte au poignet ? Un
modèle acheté chez l’un de ses franchisés
à Paris, pour moins de 800 euros. «Les
bijoux et la l’horlogerie marchent très fort.
Récemment, on a vendu une montre
Daytona en or gris, âgée de deux ans à
peine, au prix de 12 000 euros. Neuf, le
modèle en vaut 20 000».
UN TRANSFUGE DE
CASH CONVERTERS
Quel chemin parcouru pour cet ancien
cheminot ! «A 14 ans, je ne rêvais pas
d’être patron, mais d’être ouvrier, comme
mon père, ma mère et mon grand père», s’amuse-t-il. C’est à cet âge là
qu’il a quitté l’école, exerçant toutes
sortes de petits boulots : dépannage de
télés et de radios, transport de bouteilles
Vichy et puis la Sncf, à 18
ans. Rattrapé par son ambition, désireux
de «voir autre chose», Roger Beille
est retourné sur les bancs de l’école, a
passé son bac à 26 ans, puis étudié
l’histoire-géo à la fac pendant deux
ans. Armé de ce petit bagage, il a pu
mettre un pied dans la grande distribution,
gravissant progressivement
tous les échelons : stagiaire, chef de
rayon, directeur de magasin, puis propriétaire,
avec le rachat d’un supermarché
Codec : «je l’ai acheté pour un franc
symbolique et revendu quatre ans plus
tard pour des millions. J’avais 42 ans, j’étais
riche pour la première fois de ma vie,
alors… j’ai pris un congé sabbatique !»
Les vacances ont duré trois ans, puis
Roger Beille s’est remis au travail.
«J’en avais marre de l’alimentaire, je
cherchais un concept novateur».Après la
brève reprise d’un pressing Clean
Discount, il a donc ouvert un magasin
sous franchise Cash Converters, à
Aix-en-Provence, dans la région natale
de sa seconde épouse. Cette enseigne
australienne, implantée en France au
début des années 1990, fut la première
à structurer le marché de l’occasion, se
limitant jusque-là à des brocantes et
des dépôts-vente. Cette position de
pionnier n’a pas empêché le dépôt de
bilan, en 2000. Pas découragé, Roger
Beille a alors eu l’idée d’exploiter le
concept, en s’associant à quinze autres
anciens franchises Cash Converters
disséminés dans toute la France : Cash
Associés était né.
«Nous avons pris le temps de consolider
notre réseau et de développer les outils
nécessaires», précise le président de la
SAS en revendiquant, par exemple, l’invention de «l’Argus de l’occasion»,
celui-ci référence près de cinq
millions de produits aujourd’hui.
Créée en 2002, la marque Cash
Express s’est développée en
franchise trois ans plus tard, dans
les centre-villes des grandes
agglomérations et les zones
commerciales. «La seule ouverture
d’un magasin suffit à attirer
des vendeurs et à constituer le
stock». Matériel audio, vidéo,
informatique, musique, bijoux,
jeux vidéo, articles pas chers
ou modèles de luxe… chaque
magasin propose quelques
15 000 produits sur environ
300 mètres carrés.Avec 50%
de marge en moyenne, l’activité
est rentable…
UNE DIZAINE
D’OUVERTURES
EN 2009
Du coup, une dizaine d’ouvertures est
prévue cette année, soit autant qu’en
2008. Les concurrents ? «Je les regarde
dans le rétroviseur», se réjouit Roger
Beille, vantant ses petits plus, tels la
carte “Boomerang”, qui fidélise aussi
bien le vendeur que l’acheteur, ou
encore Drop Service, service de
vente en ligne proposé aux franchisés
pour écouler des articles ultra
spécialisés. «Une bande dessinée de
Tintin datée de 1946, vendue 500 euros,
n’aurait pas sa place dans un
magasin», explique le président.
Celui-ci entend également se différencier
de Cash Converters et autres Easy
Cash par une culture d’entreprise
basée sur le respect des franchisés et
la solidarité des actionnaires. «Nous
n’avons jamais reversé un centime de
dividende aux actionnaires. Depuis le
début, nous réinvestissons tous les
bénéfices dans l’entreprise, et cela
continuera ainsi», assure-t-il.
Fort de l’augmentation de 25%
du chiffre d’affaires du réseau
en 2008, le patron catalan lorgne
désormais de l’autre côté des
frontières, notamment vers l’Italie
et l’Espagne, où devrait se concrétiser
l’implantation de sa marque
avant la fin de l’année. «La condition,
c’est de pouvoir trouver une personne
sur place qui va ensuite pouvoir
développer la marque sur le plan
national», précise Roger Beille,
toujours à l’affût de la meilleure
opportunité : l’occasion en or, en
somme.
Sommaire numéro n°316
Sommaire Dossier INDEPENDANTS
Commerce de fleurs à vendre
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