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PIC-INTER - n°310 -JUILLET - AOUT 2008
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PME Acquisitions d'Entreprises - n°34 - JUIN - JUILLET - AOÛT 2008, www.acquisitions-entreprises.com
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1 FEMME / 1 PME

Françoise Nyssen (Actes Sud)
“NOUS NE NOUS LIMITONS PAS
À UN RETOUR SUR INVESTISSEMENT”

Revue PME - n°22 - JUIN - JUILLET - AOUT 2005

Actes Sud occupe une place originale dans le paysage éditorial français. Sur un marché qui compte pourtant près de 3 500 éditeurs, cette maison a réussi à s’imposer par la qualité et l’originalité de sa production, au point de devenir un label. Aux commandes de cette entreprise familiale : Françoise Nyssen. Nous l’avons rencontrée à l’occasion du festival “Etonnants Voyageurs
de Saint-Malo”.


Vous aviez poussé un coup de gueule qui avait eu un certain écho en 2003, à propos de l’attribution du Goncourt, réservée à un petit clan d’éditeurs. Pourtant, en 2004, c’est un de vos auteurs, Laurent Gaudé, qui a obtenu le prix. Actes Sud fait-il désormais partie du clan, ou bien avez-vous changé d’avis ?

Mes propos ont été un peu déformés et exagérés par les médias. En fait, j’avais exprimé ma déception, car le Goncourt avait échappé de peu à un autre de nos auteurs. Je n’ai pas changé d’avis. Je pense que les jurés du Goncourt ont tendance à voter pour leur maison. C’est d’ailleurs encore ce qui s’est passé en grande partie en 2004, mais Laurent Gaudé a bénéficié de l’appui formidable de Michel Tournier qui avait été enthousiasmé par son livre. Nous avons donc probablement bénéficié de circonstances exceptionnelles. Il faut d’ailleurs souligner que ce roman avait déjà connu un grand succès avant le Goncourt : nous en avions vendu 85 000. Quant à Laurent Gaudé, il avait déjà obtenu le Goncourt des Lycéens.

Un Goncourt donne de l’air à une maison d’édition comme la vôtre. Cela représente quel chiffre d’affaires ?

Ce prix nous a sans doute permis de vendre plus de 200 000 exemplaires supplémentaires. Au total, cela représente environ 3 millions d’e, soit 10% de notre chiffre d’affaires. Au delà de l’impact financier du prix, il y a d’autres effets très importants. Pour l’auteur lui-même bien sûr, qui va pouvoir vivre de son écriture pendant un certain temps, pour nos autres auteurs, qui savent qu’ils sont édités par une maison qui a obtenu un tel prix, et cela peut même inciter des auteurs déjà très connus à venir chez nous, et enfin pour tous nos partenaires. Cela renforce la crédibilité d’Actes Sud.


Considérez-vous toujours que Actes Sud est un éditeur indépendant dont la logique est différente de celle des grands groupes qui dominent désormais l’édition ?


Absolument. Nos objectifs ne se limitent pas à un retour sur investissement. Nous éditons des textes auxquels nous croyons. Nous ne cherchons pas à faire des «coups» avec n’importe quoi. Certes les grands groupes peuvent se permettre de laisser une certaine autonomie à des petites maisons qui font du «qualitatif», cela leur donne un supplément d’âme, mais leur logique reste financière. Ce n’est pas notre cas et ce ne le sera jamais, même si, comme toute entreprise, nous ne pouvons pas être indifférents à nos résultats. D’autant que l’édition est un métier qui exige d’investir en permanence pour payer les à-valoir des auteurs, acheter le papier nécessaire à la fabrication des livres, etc.

Actes Sud EN CHIFFRES

6000 manuscrits reçus par an
350 livres publiés chaque année
5 200 titres au catalogue
45 langues d’origine
2 500 auteurs publiés
700 traductions d’auteurs maison en langues étrangères
120 collaborateurs
3 librairies
3 cinémas d’art et d’essai
1 restaurant
1 salle de spectacle
30 millions d’e de chiffre d’affaires annuel

 


Quel regard portez-vous sur la concentration de l’édition ?


Cette concentration risque d’avoir des effets très négatifs sur la création. Elle conduit à une certaine uniformisation de la production littéraire, même s’il existe des contre-tendances. De nouvelles maisons apparaissent, lancent de nouveaux auteurs, explorent de nouvelles voies. Néanmoins, le poids des grands groupes devient écrasant.

«Notre indépendance s’est renforcée et nous n’adopterons jamais la logique financière des grands groupes.»


Vous avez vous-même des liens avec Flammarion qui détient 23% de votre holding et distribue vos livres.
Notre indépendance s’est plutôt renforcée. Des financiers sont sortis de notre groupe. Nos investisseurs sont pour certains des amis proches comme le producteur Patrick Zelnik. Quant à Flammarion, c’est un partenaire dont nous sommes satisfaits. Mais, si nous n’en étions pas satisfaits, nous pourrions parfaitement changer de distributeur au terme de notre contrat avec lui, même s’il possède des parts de notre holding

Carte d’identité

1977 : Création de l’Atelier de Cartographie Thématique et
Statistiques (Actes) par Hubert Nyssen et Jean-Philippe Gautier
1979 : Françoise Nyssen rejoint la maison fondée par son père
1984 : Parution du centième titre de la maison : La Ballerine de Günter Grass
1985 : Publication de Nina Berberova et Paul Auster
1989 : Création de la collection de livres de poche Babel
1990 : Françoise Lefèvre reçoit le Goncourt des lycéens
1991 : Création du réseau de diffusion. Françoise Nyssen reçoit le prix
de la Femme d’affaires de l’année décerné par Veuve-Clicquot
1993 : Paul Auster reçoit le Médicis du roman étranger pour Léviathan
1994 : Claude Pujade-Renault reçoir le Goncourt des lycéens pour Belle
1995 : Actes Sud reprend Sindbad. Création d’Actes Sud junior
1996-1997 : Nancy Huston reçoit le Goncourt des lycéens puis le prix du
livre inter pour Instrument des ténèbres
2002 : Prix Nobel de littérature à Imre Kertesz pour l’ensemble de son
œuvre publiée chez Actes Sud
2004 : Laurent Gaudé reçoit le Goncourt pour Le soleil des Scorta
Le directoire d’Actes Sud est composé de Françoise Nyssen
(présidente), Jean-Paul Capitani (directeur commercial) et
Bertrand Py (directeur éditorial)
2005 : Reprise des éditions du Rouergue

 


Vous avez récemment repris les éditions du Rouergue. Avez-vous l’intention de poursuivre un développement extensif par la reprise de petites maisons d’édition ?

Cela fait partie de nos objectifs. Nous avons en effet d’autres projets qui concernent l’éditeur de bandes-dessinées AN 2, l’éditeur Gaia, et aussi un éditeur jeunesse.

Quand vous reprenez une autre maison, vous envisagez la possibilité d’une synergie avec sa production littéraire ?


Je n’aime pas cette expression de «synergie». Elle convient mieux au grands groupes que nous venons d’évoquer car elle suppose une sorte de fusion-uniformisation. Je préfère le terme d’«addition». Il s’agit en effet d’additionner des qualités, des compétences et des domaines différents et non de rogner pour faire disparaître tout ce qui dépasse et n’est pas assez rentable.

Avez-vous encore le temps de lire les textes que vous publiez ou êtes-vous totalement accaparée par la gestion ?

J’ai déjà lu trois des romans que nous allons publier à la rentrée de septembre prochain et j’ai bien l’intention de lire les autres !

Une lecture trop professionnelle ne finit-elle pas par gâcher le plaisir de la lecture ?

Pas en ce qui me concerne. J’ai eu une formation scientifique et non littéraire, mais la lecture a toujours été pour moi un grand bonheur. Avant de partir pour le festival de Saint-Malo, j’ai bourré ma valise de livres. Hélas, c’est le temps qui me fait défaut : je ne réussirai pas à lire tout ce que j’ai emporté.

Parvenez-vous à préserver votre vie de famille ?


C’est parfois difficile. Voyez, ces jours-ci, j’ai abandonné enfants et mari pour accompagner mes auteurs !

La saga Actes Sud

Immédiatement identifiée par son format 10 X 19 et son papier verger ivoire, la production d’Actes Sud se distingue par l’élégance de sa présentation au milieu de la marée des livres qui envahissent les étals des libraires. Chaque ouvrage portant la griffe Actes Sud est incontestablement un bel objet. Bien que son siège soit à Arles, cette maison d’édition n’a rien de provincial. Actes Sud, qui possède aussi des bureaux à Paris, dans le sixième arrondissement, fait partie des éditeurs parisiens les plus branchés. Si cette maison n’a pas toujours apporté le succès commercial et médiatique à ses auteurs, elle bénéficie d’une aura prestigieuse : la plupart des écrivains sont très fiers d’avoir été publiés par Actes Sud. Et aussi d’y côtoyer quelques stars : Nina Berberova, Nancy Huston, Paul Auster, Zoe Valdes – cette dernière a cependant estimé qu’un passage chez Gallimard donnerait un coup de pouce supplémentaire à sa carrière. Peut-être à tort, puisque l’an dernier, c’est Actes Sud qui a récolté le Goncourt, en dépit d’un usage qui voulait que cette récompense soit attribuée à l’un des membres du trio «Galligrasseuil» ou du moins à un éditeur distribué par l’un de ces trois éditeurs, puisque la diffusion d’un livre à succès rapporte presque autant que son édition. (Alors qu’un distributeur court beaucoup moins de risques qu’un éditeur…). Bien que son chiffre d’affaires demeure modeste comparé à ceux des géants Hachette, Editis et Gallimard, Actes Sud joue donc désormais dans la cour des grands. Rien ne permettait pourtant de penser que la modeste maison fondée par Hubert Nyssen en 1977 connaîtrait une telle expansion. Quant à Françoise Nyssen, qui gère actuellement cette maison familiale, ni ses études ni ses débuts professionnels ne la destinaient au monde de l’édition.


Titulaire d’un doctorat de biochimie moléculaire, elle est rentrée dans l’administration et occupait un poste «ennuyeux à mourir» dans l’urbanisme avant de rejoindre son père à Arles. Depuis, Françoise Nyssen a largement prouvé ses talents de gestionnaire, qui lui ont d’ailleurs valu d’être sacrée «Femme d’affaires de l’année» en 1991. Mais elle n’a jamais renié la vocation de sa maison qui est de lancer de nouveaux talents, très souvent découverts à l’étranger grâce à un réseau efficace, et de demeurer à l’écart des opérations commerciales les plus grossières. Comme toute entreprise, Actes Sud a vocation à se développer et a déjà repris plusieurs petits éditeurs. Sur un marché de l’édition désormais dominé par les deux géants, Hachette et Editis, dont la production cumulée représente près de 44% du marché du livre, les éditeurs indépendants de dimensions moyennes semblent condamnés à grandir. Peut-on dépasser un certain seuil sans passer sous la coupe d’un groupe financier ni adopter la même logique financière que les grands ? C’est en tout cas le pari de Françoise Nyssen. Elle l’a gagné jusqu’à présent.

 

 

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