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FUSION
ALEXANDRA SOJFER
D’UNE REPRISE ET D’UNE FUSION,
ELLE CRÉÉ SA MARQUE
Revue PME - n°22 - JUIN - JUILLET - AOUT 2005
Il y a des rêves qui se réalisent
! Lorsque Alexandra Sojfer était toute petite, elle découvrit
le monde du parapluie, de l’ombrelle et
de la canne chez son grand-père. Elle ambitionna un jour de perpétuer
l’œuvre de son aïeul. C’est chose faite aujourd’hui.
C’est
l’histoire d’une petite fille débutant sa carrière
dès sa naissance dans l’atelier familial. Le récit
d’un parcours insolite. La vie d’une magicienne, née
le 10 mars 1975 quelque part à Paris. Le rêve d’une
jeune femme décidée à percer les secrets de la fabrication
du parapluie, de l’ombrelle et de la canne. Mais ce sera avant tout
l’histoire d’une ambition et d’une étonnante
ténacité. «Peut-être pleuvait-il ce 21 avril
1931 lorsque mon grand-père, Georges Gaspar quitta la Hongrie,
son pays natal, pour s’installer à Paris», raconte
Alexandra Sojfer. «Artiste fougueux, il commença par sculpter
des articles pour fumeurs ainsi que des pommeaux de parapluies dans des
cornes et des bois précieux.» En 1937 naissait la marque
Georges Gaspar. Avec le modèle «froufrou», tient à
préciser Alexandra.
SAVOIR PRENDRELE RELAIS
En 1974, Georges Gaspar et son épouse disparaissent laissant un
vrai trésor : l’amour du bel objet. C’est alors que
leur fille, Anne-Marie, reprend l’affaire et entend garder le chemin
tracé par ses parents : le respect et la passion de la fabrication
artisanale. Elle fait de la marque Georges Gaspar le fournisseur attitré
des plus grandes institutions parisiennes du luxe. Elle parcourt l’Europe,
les USA et le Japon qui s’arrachent ses créations originales.
C’est au milieu de cette effervescence que naît la petite
Alexandra. «Dès mon plus jeune âge, maman me baigne
dans le parapluie, l’ombrelle et la canne. A 16 ans je travaille
pendant un an dans les ateliers à chaque poste pour savoir monter
un parapluie. A 18 ans, je m’occupe de l’export et de la presse
tout en gardant un œil éveillé sur la fabrication et
ses secrets.» Son avenir est tracé : elle décide de
continuer à faire vivre et grandir l’univers familial artisanal
du parapluie.
IMPOSER SES PROPRES IDEES
Jusqu’au
jour où Alexandra tourne les yeux ailleurs et juge qu’il
faut avoir pignon sur rue pour se ménager un contact direct avec
sa clientèle. Elle se rend dans une boutique fondée en 1834
dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés à Paris. Elle
y trouve Madeleine Gély, une femme passionnée et très
professionnelle qui lui transmet l’amour de son métier. La
rencontre fut un véritable coup de cœur. Immergée dans
un univers raffiné où parapluies, ombrelles et cannes relèvent
d’un véritable catalogue enchanteur, elle allait pouvoir
mettre en avant un travail artisanal inégalé. En 2002, Alexandra
entreprend d’acheter l’affaire de Madeleine Gély. Aujourd’hui,
boutique et ateliers sont réunis à la même adresse
: 218, Boulevard Saint-Germain.
Vaste chantier, car la jeune femme n’a que 27 ans. Une chance :
elle connaît le métier. Côté finances ? «Avec
un petit apport personnel, j’ai du frapper à la porte des
banques. Elles m’ont bien accueillie.» Qu’importe les
difficultés, Alexandra Sojfer veut absolument que sa marque soit
reconnue à l’échelle planétaire. «L’enseigne
Madeleine Gély l’était déjà et la notoriété
de la marque Georges Gaspar aussi.» Avec une montée en gamme,
elle peut s’enorgueillir d’une clientèle prestigieuse
de personnalités importantes : hommes et femmes politiques français
et étrangers, acteurs, chanteurs, musiciens... Certains sont très
assidus. «Nous recevons également les touristes avec leur
sac à dos», précise-t-elle. Normal ! Les produits
sont connus dans le monde entier. Elle travaille également pour
le théâtre, le cinéma, les musées pour lesquels
elle assure la remise en état d’ombrelles anciennes. Les
défilés de mode, pour le compte de griffes renommées,
lui confèrent une excellente réputation à l’international,
surtout au Japon où la marque Alexandra Sojfer est distribuée
dans les magasins de luxe.
Parapluies, ombrelles et cannes, 500 à 600 références
dont des pièces uniques, sont conçus dans son atelier puis
réalisés par des artisans : «Mes sous-traitants sont
basés en France. Je maintiens que les artisans français
sont inégalables.» Son ambition : devenir le N°1 de l’accessoire
exceptionnel. C’est bien parti et pour l’aider à maintenir
le cap, les modélistes : Françoise Réaud, une ex
de la haute couture héritière d’un savoir-faire incomparable
et Natalina Pires qui a appris à élaborer les parapluies,
il y a plus de 10 ans, chez les parents d’Alexandra Sojfer.
Dans
l’atelier, Alexandra donne les idées nombreuses mais toujours
inattendues, Françoise et Natalina réalisent. Elles travaillent
avec virtuosité vison, mousseline, organza, broderie anglaise,
tulle auxquels s’accrochent des cristaux de Daniel Swarovski, des
broderies anglaises, des résilles de coton, des galons et rubans
de Mokuba, le fournisseur de la haute couture. Les précieux objets
s’accommodent de toutes les saisons et de toutes les humeurs tant
chaque création est unique. Le succès des objets d’Alexandra
Sojfer n’est pas usurpé. A une époque où l’on
aurait pu croire que le parapluie était un engin purement pratique
et que l’ombrelle était à ranger dans une malle au
grenier, par son originalité et l’invention de ses créations,
Alexandra a su en faire non plus des attributs utilitaires et sociaux
mais bien un atout d’élégance. Ses exigences ont augmenté
le poste des dépenses mais également le chiffre d’affaires
: «Environ 30% en trois ans. Mais, le dynamisme et l’enthousiasme
de l’équipe y ont contribué largement», précise-t-elle.
En 2004, le Groupe Banque Populaire l’a récompensée
pour son savoir-faire, la qualité de ses productions et sa capacité
à élever la réputation de l’artisanat français
hors de l’Hexagone, en lui attribuant le prix spécial du
jury, catégorie «jeune repreneur».
Aujourd’hui,
Alexandra Sojfer semble parfois de passage. Entre deux avions, deux pays,
les visites chez les fournisseurs et les distributeurs, la recherche incessante
de matières premières, la vente au magasin, le management
de ses salariés, boudant le tailleur strict, elle laisse apercevoir
son élégance et son charme naturel. Toujours disponible
pour son équipe elle parcourt le monde pour faire de sa marque
le fournisseur des plus grandes maisons. Avec une pointe de nostalgie
elle se souvient de ceux qui lui ont donné le goût de la
création : «Je les remercie de m’avoir transmis l’amour
de ce métier. C’est promis, je garderai le parapluie dans
un coin de paradis».
| Carte d’identité |
1937 : naissance
de la marque Georges Gaspar par les
grands-parents d’Alexandra
1974 : reprise de la société par
Anne-Marie, la mère
d’Alexandra
1975 : naissance d’Alexandra
2002 : Alexandra monte son atelier et achète
la société
Madeleine Gély
2003 : création de la marque Alexandra Sojfer
2004/2005 : le CA augmente de 30% |
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Sommaire numéro n°22
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Dossier SAGAS
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