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PIC-INTER - n°313 -NOVEMBRE - DECEMBRE 2008
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PME Acquisitions d'Entreprises - n°35 - SEPTEMBRE - OCTOBRE - NOVEMBRE 2008, www.acquisitions-entreprises.com
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ENTREPRENDRE EN FAMILLE

CORDERIE HENRI LANCELIN S.A.
LA FIBRE FAMILIALE

Revue PME - n°22 - JUIN - JUILLET - AOUT 2005

1907, Joseph Lancelin achète un fonds d’artisan à un cordier.
Quatre générations en ont fait une entreprise leader et de renommée mondiale. Le savoir-faire et la technicité ont conquis
le monde agricole puis celui de la navigation. Aujourd’hui aux commandes, l’arrière -petit-fils, Nicolas, n’a pas perdu le fil.



Quatre générations d’entrepreneurs ont hissé la maison Lancelin du petit atelier artisanal de corderie-ficellerie situé à Bourgneuf-la-Forêt (Mayenne) à celle d’entreprise de renommée mondiale leader dans son domaine, la corderie. «Lorsqu’il a créé sa toute petite entreprise, mon arrière-grand-père Joseph, bien loin des préoccupations marines, ne se doutait pas qu’elle deviendrait une société dont la notoriété s’est perpétuée jusqu'au XXIème siècle», affirme Nicolas Lancelin, 38 ans. Aujourd’hui, avec quelques 28 salariés et un chiffre d’affaires de 3,5 millions d’e, cette entreprise, où l’on est patron-cordier de père en fils, a un secret : «Nous avons su marier tradition, passion et innovation», revendique le jeune PDG de l’entreprise, à la barre depuis 2001.


HISTOIRE DE FILINS

Comme de nombreuses sagas familiales, l’histoire des Lancelin foisonne de chroniques et de souvenirs d’aventures. Au début du XIXème siècle, l’artisan Joseph Lancelin transformait le chanvre en ficelle à botteler, en cordage à vêlage, en colliers à veaux..., plusieurs milliers d’unités quittaient l’atelier chaque semaine. On chargeait les produits dans le coffre de la voiture familiale et on les livrait chez les paysans de la région. Nicolas Lancelin raconte : «A l’époque il fallait du terrain pour assembler les cordages et le travail n’avait pas beaucoup évolué depuis le Moyen-Age où l’on envoyait les cordiers vivre et travailler dans des villages isolés ou à la périphérie des bourgs. Ils n’étaient d’ailleurs pas très estimés.» Le cordier était même considéré comme l’homme le plus malheureux du monde : «Sait-il si la corde qu’il prépare aujourd’hui ne le pendra pas demain?» disait le dicton. Lorsque Joseph part en retraite en 1939, son fils Henri prend la relève. Il installe la corderie à Ernée.
Après la seconde guerre mondiale, avec la modernisation de l’agriculture, le marché agricole décline et amène l’entreprise à se tourner vers d’autres horizons. Au cours d’une cure de repos, Henri constate que les bateaux de pêche, les palengriers en particulier, utilisent des cordages en chanvre. Il sent alors que son savoir-faire peut servir les gens de mer. «L’opportunisme et la vivacité d’esprit de mon grand-père allaient projeter l’entreprise vers de nouvelles aventures.»

En 1954, Henri Lancelin se rend au Salon Nautique de Paris. Il en reviendra avec un an de travail et comprendra très vite que les sports de plaisance allaient inévitablement se développer avec l’augmentation du temps libre. A partir de 1956, date de l'apparition des premières fibres synthétiques qui vont révolutionner l'industrie du cordage, l'entreprise entretient une relation privilégiée avec le monde de la navigation, comme en témoigne la fidélité de nombreux adeptes de la course au large. Au début des années 60, Henri Lancelin rencontre un jeune militaire amoureux de la voile : Eric Tabarly. Il lui fournira l’ensemble des filins nécessaires. Eric remportera en 1964 la première transat anglaise en solitaire. Dès lors, les cordages Lancelin vont devenir une référence incontournable dans la course au large. Conséquences : ouvriers, machines et techniques évolueront rapidement. «Normal, disait Jean-Claude Lancelin, le père de Nicolas. On ne joue pas avec la qualité dans tout ce qui touche la mer.» Depuis, les stars de la mer : Alain Colas, l’ami de longue date, Isabelle Autissier, Mike Golding, Marc Thiercelin, Ellen MacArthur.. et 60% des voiliers du Vendée Globe s’équipent chez Lancelin. «Sans oublier les principaux chantiers français tel que le groupe Bénéteau», précise Nicolas.


VIREMENT DE BORD

Aidé par son fils Jean-Claude, Henri Lancelin aborde de nouveaux marchés. Il passe du naturel au synthétique et au lieu de traiter avec les fermiers fournisseurs de chanvre, il négocie avec Rhône-Poulenc, fournisseur des premiers nylon et tergal. Ce qui jouera en faveur de l’entreprise ? sa capacité à prendre le courant et les vents favorables. Faute de réadaptation rapide, la plupart des cordiers ont disparu. Jean-Claude Lancelin prend la direction d’une entreprise familiale, prête pour les nouveaux enjeux. Les plus grands skippers entrés dans la légende de la voile moderne seront les fondements de la référence Lancelin. Un jour le célèbre Baron Bich décide de se lancer dans la coupe de l’America. Il rencontre des problèmes de winch à cause de tresses qui ne correspondaient pas aux réglages de son bateau. Prenant à cœur les difficultés du baron, Jean-Claude Lancelin lui fit plusieurs propositions que Marcel Bich mit en concurrence avec d’autres corderies. Enfin, un jour il appela Jean-Claude : «Ecoutez Monsieur Lancelin, je crois que vous avez raison, vous faites ce qu’il y a de mieux. On marche ensemble…» Encouragés par leur succès, les Lancelin virent vers le qualitatif, le spécialisé, le sur-mesure. La corderie produit plus de 50 km de cordage par jour. Voguer sur l’évolution technologie leur apprendra à composer avec une économie internationale. La grande partie du parc des machines familières au cordier va disparaître.

Le vectran, concept hautement technologique, passera entre les mains des Lancelin trois ans avant leurs principaux concurrents. Tout skipper dispose d’une bobine de vectran pour réparer, remplacer les câbles ou des pièces comme des manilles. Cette nouvelle fibre, destinées aux tissus renforcés, présente une stabilité dimensionnelle lorsqu’elle est soumise à une contrainte de tension ou de charge. Une des toutes premières à utiliser le vectran fut Isabelle Autissier. En 1994, l’entreprise décide d’utiliser le vectran pur en le dépouillant de sa gaine. Résultat : 100 kilos de gagné pour un bateau taillé pour la vitesse. Puis tout s’emballe pour la corderie. Il faut savoir jongler avec les épissures, les erses à boutons, les culs de porc, soutenir la concurrence des marchés mondiaux, passer de la commande de bobines de 500 mètres en gros diamètre à la commande de bobines de 100 kilomètres en petit diamètre et d’un seul tenant, travailler sous la pression des délais. «Nous savons fabriquer et livrer n’importe où dans le monde une écoute de Yacht en quarante-huit heures», lance Nicolas Lancelin.


L'entreprise est aujourd'hui dirigée par Nicolas. «Après avoir passé un Deug AES (administration, economie et sociale) je me suis rendu compte que je serai plus utile dans la corderie familiale où je travaillais déjà pendant les vacances scolaires.» A 22 ans, il débute comme simple ouvrier. Il découvre un métier qui se transmet plus qu’il ne s’apprend. «C’est tout simple, il faut avoir la fibre pour travailler la fibre», dit-il en riant. Le petit dernier de la dynastie peut être fier, il a contribué à construire une nouvelle entreprise présente dans de nombreux secteurs tels que la plaisance bien sûr, mais aussi l'industrie, l'aérospatiale, l'armée, la sécurité, les loisirs, la mode... «Les cordages sont partout, comme dans les anses de sacs à main, les cordelettes en argent ou en or pour la bijouterie.» Avec la préoccupation constante d'améliorer la qualité de ses produits et de ses services auprès de ses clients, la Corderie a obtenu la certification ISO 9001 en 2000. «En matière de contrôle, nous possédons un banc de traction permettant de tester aussi bien la résistance de nos matières premières que de nos produits finis et de calculer l'allongement à la rupture de nos cordages fabriqués.» Fidèle à son cœur de métier, l’entreprise fabrique également des cordages en polyester imitant le chanvre pour les vieux gréements comme la Recouvrance, le Belem, la Cancallaise et bien d’autres.


Aujourd'hui, grâce au «bouche à oreille», la Corderie Henri Lancelin a gagné une notoriété et une clientèle nationale et internationale. Cette entreprise familiale qui a su passer le lien entre les générations possède un outil de travail ouvert sur l’avenir. En 2001, elle a investi 1,5 millions d’e dans une usine de 4 500 m2 où chaque ouvrier passe par la confection d’une corde selon la méthode ancestrale. «Maintenant je me penche sur des fibres très techniques utilisées par l’armée. Mon souhait est également de sortir des cordages innovants, lumineux la nuit. Ils emmagasinent la lumière le jour et la restituent la nuit. Mais, attention c’est top secret», révèle Nicolas. On n’en saura pas plus sur ce projet à peine esquissé. Cet indépendant amoureux de son indépendance investit de 100 000 à 150 000 e par an pour moderniser l’outil de production. «Rien ne s’est perdu depuis 1907 chez Lancelin, tout s’est transformé», écrivit un jour Alain Colas. Depuis peu, Jean-Claude a pris du repos et a raconté la belle histoire de la corderie dans un livre - «mémoire de filins» -édité chez Siloë. La balade des Lancelin continue. De la terre à la mer, bon vent
Nicolas !

Carte d’identité

1907 : création de la corderie-ficellerie en Mayenne
par Joseph Lancelin
1939 : installation de la corderie à Ernée par Henri Lancelin
1954 : présentation de la corderie au salon nautique
1964 : rencontre avec Tabarly et ouverture sur le nautisme
avec Jean-Claude Lancelin
1994 : apparition d’une matière révolutionnaire, le vectran
2001 : 60 % des voiliers du Vendée Globe sont équipés
par Lancelin
2001 : Nicolas Lancelin devient PDG
2004 : 28 salariés et 3,5 Millions d’euros de CA

 


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