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PIC-INTER - n°310 -JUILLET - AOUT 2008
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PME Acquisitions d'Entreprises - n°34 - JUIN - JUILLET - AOÛT 2008, www.acquisitions-entreprises.com
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ENQUETE

REPRENDRE, ÇA S’APPREND
«Nul vent n’est favorable à celui qui ne sait où il va»
Sénèque

Revue PME - n°23 - SEPT - OCT - NOV 2005

Après 20 à 30 ans de salariat, d’anciens cadres choisissent de rebondir en reprenant une entreprise. Exercice délicat, la reprise ne s’improvise pas. Mieux vaut apprendre à reprendre et s’entourer pour réussir.

Francis Bontemps a quasiment tout quitté pour sortir d’une interminable période de chômage : sa région, son appartement, sa famille. Pour ce Lyonnais de 53 ans, ex-responsable financier licencié en avril 2003, ce n'était pas un sacrifice, mais un impératif. «Après avoir été salarié toute ma vie, j'avais envie d’être mon propre patron et de créer mais surtout de reprendre une entreprise», expose-t-il. Installé à Limonest (Rhône), Francis cherche autour de Lyon. Il est vite déçu : toutes les entreprises à reprendre sont bien trop importantes pour son budget. C'est finalement dans la banlieue industrielle de Lille qu'il trouve une affaire dans ses moyens : une entreprise spécialisée dans l’agencement des CHR. Pour financer son projet et convaincre les banques, il vend son appartement et son chalet à la montagne. «J'ai investi tout ce que j'avais pour reprendre cette PME.» Mais cette nouvelle situation est loin d'être un bon filon. Il se verse 1 200 e de salaire par mois, alors qu'il était payé 4 500 e dans son dernier poste. Prudemment, sa femme avait gardé son emploi de cadre commerciale à Lyon. Mais, après quatre mois d’exploitation, les salariés les plus compétents partent chez un concurrent. Motif : 30% de la clientèle de la PME ne faisait pas confiance au nouveau dirigeant. Aujourd’hui Francis Bontemps reconnaît qu’il aurait dû se faire aider avant de se lancer dans cette reprise. «Je n’ai pas été assez sérieux et en plus je ne connaissais pas du tout le métier.»

LE CONTEXTE DE LA REPRISE


• Les repreneurs sont plus jeunes : 20% ont moins de 25 ans et
les 2/3 ont moins de 45 ans.
• 60% sont des repreneurs externes.
• 30% sont des repreneurs internes.
• 10% des repreneurs de la famille.
• 40% reprennent en couple.
• Moins de 18% des reprises se situent dans l’activité industrielle
qui est supplantée par les services aux entreprises.
• 70% des reprises touchent des TPE (moins de 4 salariés).
• 1/3 des reprises se situent dans le secteur du tourisme.
• 25% des opérations sont le fait de personnes morales.
• 60% des repreneurs reprennent grâce aux relations personnelles
et professionnelles.
• Les sociétés reprises dont le dirigeant a été accompagné ont
40% de chances supplémentaires de survivre.
Sources : OSEO Bdpme

 

 

PARCOURS DU COMBATTANT


«L'enjeu est de taille pour notre croissance économique, souligne Jean-Pierre Denis, PDG D’Oseo (ex-Sofaris). 60 000 entreprises changent de main chaque année dans notre pays ; certains parlent même de 900 000 entreprises à transmettre dans les 10 ans, liées au vieillissement de la population mettant ainsi en jeu le maintien de 300 000 emplois chaque année.» Les candidats à la reprise n’ont jamais été aussi nombreux, avec surtout des cadres qui ont quitté leur emploi après un plan social ou un licenciement et qui ne désirent plus être salarié. Mais si la reprise paraît moins hasardeuse que la création, elle reste néanmoins risquée. «Une reprise d'entreprise petite ou moyenne crée de la fragilité au sein de l'entreprise par l'endettement et l'arrivée d'un nouveau dirigeant, souligne Marcel Deruy, directeur chez Oséo Bdpme. Fragilité qui conduit à l'échec d'une transmission sur cinq dans les 6 ans qui suivent le changement de manager. Bien évidemment, le succès sera d’autant plus au rendez-vous que la structure financière de l’entreprise aura été mieux consolidée avec un endettement limité et des fonds propres suffisants.»


Chez Oséo Bdpme on affirme que les repreneurs sont expérimentés et possèdent un niveau élevé de formation. «Les opérations réussissent d’autant mieux qu’elles sont bien préparées avec un repreneur ayant bien ciblé le secteur d’activité concerné et que la transition est assurée par le vendeur dans de bonnes conditions», explique Thierry Lamarque, Directeur associé d’Althéo spécialiste de l’accompagnement. «Par ailleurs, ce n’est pas parce qu’une entreprise est saine que la reprise sera facile. Pour se lancer dans une telle opération il faut avant tout avoir la volonté d’entreprendre.» La reprise n’est donc pas une mince affaire, c’est souvent le parcours du combattant. Six à huit mois pour trouver la société intéressante, trois à quatre mois pour arriver à convaincre un banquier. Et, il n’est pas rare qu’un repreneur contacte une dizaine de banques avant de trouver celle qui le suivra. Parmi les critères de réussite d’une reprise : choisir un projet cohérent, considérer la reprise comme un véritable projet et non comme un pis-aller et surtout, remporter l’adhésion de l’entourage familial. «C’est un projet de vie et si le conjoint et les enfants sont réticents on court à l’échec», affirme Martine Story d’Althéo. Une reprise en couple (hôtellerie, restauration…) est un élément de réussite. On n’a pas droit à l’erreur quand on reprend à deux.

La présence du cédant est également une façon d’éviter les situations de rupture. Une entreprise dans laquelle le cédant accompagne le repreneur présente deux foins moins de risques d’échec. Bien choisir le secteur de l’entreprise à reprendre est un facteur incontestable de succès et mieux vaut rester dans son domaine de prédilection. «Si le repreneur doit bien connaître le cahier des charges de l’entreprise à racheter, être du métier n’est pas une nécessité absolue. C’est un avantage. La sinistralité est plus faible, 30% si on vient du secteur au lieu de 45% si on ne le connaît pas», précise Martine Story. «Tout est plus aisé avec le cédant, les équipes en place, les fournisseurs, les clients : on parle métier. Le repreneur est opérationnel tout de suite et devient immédiatement crédible. C’est aussi plus facile pour obtenir un financement car la prise de risque est mieux maîtrisée. La formation permet également d’être plus convaincant face aux banquiers.» On peut en effet avoir été un bon directeur financier dans une grande entreprise et malgré cela avoir besoin d’une méthodologie et de conseillers pour se lancer dans une opération de reprise. «Il est fondamental de constituer une équipe avec un expert-comptable, un avocat d’affaires et un accompagnateur spécialiste de la reprise. Moins impliqué dans l’affaire, il prendra du recul par rapport au dossier», estime Thierry Lamarque. En matière d’analyse financière et d’évaluation de l’entreprise, les conseillers financiers, les banques, les cabinets d’audits peuvent être d’un grand secours même si on constate que sur 27 000 entreprises accompagnées, un tiers échoue.

MAX MANIGLIER, 50 ANS :
«LE FAIT D’ÊTRE ACCOMPAGNE A ETE UN ATOUT…»


«Après plusieurs années passées à la tête de l’entreprise familiale, j’ai eu envie de repartir sur un nouveau challenge. Mon projet s’est structuré autour de 3 axes de recherche : l’automobile, le secteur média/presse, l’univers artistique. Sur les conseils d’Althéo, j’ai rencontré Valérie Ghérend, propriétaire de Arts Programme Magazine dédié à l’actualité des musées et des expositions. La première étape a consisté à formaliser, structurer et valider mon projet. J’ai commencé en étudiant des dossiers de reprise mis à ma disposition par Althéo. Puis on est passé aux étapes de la reprise qui m’intéressait : étude du dossier, valorisation, accompagnement lors des phases de négociation, mise en relation avec un avocat d’affaires pour les aspects juridiques. C’est ainsi qu’après 4 mois, en octobre 2004, nous avons finalisé la signature du protocole et le closing le 1er décembre. Le fait d’être accompagné a été pour moi un réel atout, un gain de temps et d’efficacité. J’ai également évité bien des pièges qui guettent les repreneurs : risque d’essoufflement, mauvais cadrage du projet, perte d’objectivité.» Une passation de flambeau en douceur qui lui a permis de se concentrer sur ses objectifs prioritaires : sécuriser et développer l’activité.

 


APPRENDRE A REPRENDRE



Si les éléments les plus décisifs, qui conduisent à la réussite d’une reprise, sont le plus souvent humains et financiers, dans la réalité, parmi les facteurs d’échec relevés par les spécialistes, le manque de formation du repreneur et de préparation de la reprise figurent en bonne place. Or, les formations sont très intéressantes dans la mesure où elles deviennent un apprentissage à la gestion et aux bons réflexes du repreneur. Forts de ce constat, des écoles et des organismes ont créé des formations dédiées à la reprise d’entreprise.




Chez Althéo on assure plutôt un pilotage qui offre un véritable accompagnement du projet de reprise. «Au delà de l’accompagnement, nous intervenons dans les clubs repreneurs des grandes écoles, Sciences Po, Centrale Paris, Essec», commente Martine Story. Jean Lacour, scientifique de formation, a opté pour une formation chez Télécom Paris pour reprendre une entreprise high-tech. «La formation m’a permis d’être professionnel et certainement plus convaincant face au capital-risqueur qui me suivait», analyse ce chef d’entreprise de 49 ans. Le centre des entrepreneurs de l’EM Lyon propose des cycles sur la reprise puis la direction opérationnelle de l’entreprise. L’association CRA (Cédants et Repreneurs d’Affaires) assure des séminaires partout en France pour ses adhérents. Le réseau de l’Ecole des Managers propose des formations de 60 jours répartis sur 12 mois. Les Chambres de Commerce et d’Industrie donnent également des conseils et accompagnent les repreneurs au travers de stages. A l’Essec, l’institut de la Transmission présente deux programmes, l’un pour les repreneurs, l’autre pour les cédants. Une bonne démarche dans la mesure où bon nombre de reprises échouent faute d’implications des cédants dans la transmission car ils sont peu convaincus de la nécessité d’une formation. Et, en règle générale, les dirigeants qui cèdent préférent rester dans l’anonymat.

Formations et accompagnements ne doivent cependant pas faire oublier qu’au delà de la méthode, une reprise est avant tout une démarche économique. Il faut gérer mais aussi développer et créer des richesses.

ADVANCIA :
L’ECOLE DES ENTREPRENEURS

Du 9 au 24 juillet 2005, Advancia, établissement d’enseignement supérieur en entrepreneuriat de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, a organisé une école d’été des jeunes entrepreneurs. Constat : «Aujourd’hui il faut environ un an d’attente pour 50% des cédants et des repreneurs car l’offre et la demande peinent à se rencontrer. Il y a une inadéquation sur la taille des entreprises à vendre (moins de 10 salariés) et la taille des entreprises que les repreneurs recherchent (entre 10 et 29). A cela s’ajoute une inadéquation sur les secteurs d’activité puisqu’il y a environ 30% des entreprises à vendre dans la sphère des entreprise de Services, un secteur qui représente 55% des demandes des repreneurs. De plus, les apports en fonds propres des repreneurs sont majoritairement inférieurs à 30% du montant de l’opération. Au niveau de la préparation, on observe que 3 à 5 ans d’anticipation sont nécessaires au dirigeant pour une transmission réussie. De son côté, le repreneur doit mener un travail de réflexion et de recherche important sur son futur marché et ses acteurs. Les repreneurs, eu égard à leur parcours professionnel précédent, ne pensent pas nécessairement avoir besoin de se préparer au métier de dirigeant de TPE-PME.»

 

 

 

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