| |
|
REPRISE
YEMA
Se remet à l'heure française
Revue PME - n°24 - JANV - FEVR 2006
Née à Besançon en 1948, vendue à Seiko en 1988, puis rachetée en 2004, la célèbre marque de montres arbore à nouveau les couleurs tricolores.
Son nouveau patron, Louis-Eric Beckensteiner, rêve du destin de la Swatch.
A l’entrée du Salon Orhopa, un homme fait les honneurs d’un petit stand, présentant les quelques 70 nouveautés de sa collection. «On est venu pour voir», annonce prudemment Eric- Louis Beckensteiner. La présence du nouveau patron de Yema sur l’un des principaux salons horlogers français n’est pas anodine : elle représente sa première véritable sortie officielle depuis qu’il a racheté la marque à Seiko, le 22 octobre 2004. Hasard amusant, le stand de l’ancien propriétaire japonais est situé juste en face, immense et grouillant d’une armada d’hôtesses ! Quel contraste frappant avec l’achalandage discret de Yema…
La montre des spationautes
Pourtant, une seule vitrine suffit à y restituer tout le lustre d’antan : «Nous prévoyons de rééditer certaines des créations qui ont fait autrefois notre succès. Ici, c’est le coffret Rallygraf, une réédition de 1970», présente fièrement le Pdg, désignant le fameux modèle affublé, pour l’occasion, d’une paire de gants de cuir. Devenus des objets de collection, Rallygraf, Flygraf (1989) et autres Navygraf incarnent le prestige et le savoir-faire d’une maison horlogère qui s’illustra, notamment, dans l’univers sportif.
Fondée en 1948 à Besançon, Yema a longtemps bâti son développement sur l’innovation. Dans les années 1950, le fabricant lança les montres anti-choc, étanches, automatiques sous-marines et les premiers chronographes ; la décennie suivante, ce fut la Superman (qui résiste à des plongées de 300 m) et la Yachtingraf (pour la voile). Plus tard, il y eut encore la Spationaute (en 1985, la Spationaute II fut portée par Patrick Baudry), la North Pole, la Bipole ou encore la Cap Horn. Autant de créations qui valurent à Yema une renommée internationale : en 1967, c’était la marque française la plus exportée. Ce temps est révolu. Rachetée par Matra Horlogerie en 1982, puis par Seiko Watch Corporation en 1988, la société a vu ses ventes dégringoler, passant du million de montres en 1980 à moins de 100 000 vingt ans plus tard ! C’est dire l’ampleur du défi qui attend son troisième repreneur. Lequel se prend à rêver de connaître l’incroyable destin de Nicolas Hayek, l’inventeur de la Swatch qui ressuscita l’horlogerie suisse. En redorant le blason terni de Yema, Louis-Eric Beckensteiner entend, lui, participer à la relance de l’horlogerie française.
| Le cuisinier devenu horloger |
Le patron de Yema a commencé à faire tourner les aiguilles de sa carrière… au fond des casseroles. «Après mon bac, je suis parti à Londres : mon père m’offrait trois billets aller-retour si je réussissais à y rester un an. Quand j’ai trouvé une place d’aide-cuisinier, je me suis accroché !» Revenu à Lyon, ce fils de restaurateur rentre comme apprenti chez Bernardin. Passé ensuite par les cuisines de quelques grands chefs étoilés du cru, dont Bocuse et La Tour Rose, il monte un restaurant de femmes d’affaires : «en réalité, je recevais des femmes d’hommes d’affaires le midi et la jet set le soir». Couronné Révélation de l’année 1982 par RTL, le jeune homme de 23 ans finit pourtant par jeter l’éponge, «saturé». Il décompresse au sein du cabinet Bernard Julhiet, qui l’envoie faire des démonstrations d’hydro-nettoyeur sur les parkings ! «Devenu directeur régional, j’ai pris goût à la vente sélective. Chez Cobra, j’ai finalement trouvé ce qui me plaisait».
|
| |
Yema sauce japonaise
Comme son homologue helvétique, ce Lyonnais de 45 ans vient du conseil et, comme lui, c’est un client qui le défia. «Consultant chez Bernard Julhiet, je réalisais une étude de repositionnement pour Cobra, un fabricant de bracelets en cuir. Son président de l’époque m’a nargué en me disant : «faites-le, vous qui êtes si malin!», résume-t-il. Féru de changements (il vient de la restauration !),cet autodidacte décide de prendre au mot son interlocuteur et accepte,en 1989,la direction commerciale de Cobra.
En 1995, son arrivée chez Yema coïncide avec un tournant dans la vie de l’entreprise : la Compagnie Générale Horlogère (CGH), entité créée par Seiko qui distribue les marques Seiko, Pulsar, Lassale,Yema, Lorus et Jaz,souhaite se recentrer sur sa seule griffe. En 1996,Yema SA devient une filiale à part entière,supervisée par un président japonais. «A Tokyo, la priorité était d’écouler ses mécanismes,peu importait le look de la montre», raconte Beckensteiner, nommé directeur général en 2001. Il est bientôt sollicité par ses supérieurs, qui cherchent à vendre la société. «Une étude a révélé l’excellent taux de notoriété de Yema. Il fallait juste se recentrer sur l’horlogerie et repositionner les gammes. C’était un joli challenge», estime le repreneur. Suivi par 25 collaborateurs, il rachète la marque et le fonds de commerce pour un million d’€.
"Audace, Bon sens et Savoir-faire"
«C’était audacieux mais je n’ai pas l’impression d’avoir pris d’énormes risques. Je reste persuadé que si je fais bien mon travail, les clients reviendront».Pour ce faire, le patron a imposé une nouvelle signature institutionnelle, «Yema, Maison horlogère française 1948», a rapatrié la fabrication chez un emboiteur suisse (en conservant les mouvements Seiko) et a réintégré le design, en faisant appel au spécialiste Rodolfe. «Notre repositionnement est axé sur les trois aiguilles du Y de Yema : audace, bon-sens et savoir-faire», résume-t-il. Résultat : des collections rajeunies au style sobre et aux lignes épurées, mais aussi aux couleurs acidulées et aux lignes féminines. Et toujours les classiques, lourds chronos à la technologie toujours plus innovante. Tel l’écran qui s’éclaire en appuyant sur un bouton, imaginé par Beckensteiner après avoir discuté avec le navigateur Mike Birch. Si l’année 2004 a été une année charnière un peu difficile («les stocks ont été bloqués le temps de la reprise, pour cause d’inventaires contradictoires»), 2005 s’est déroulée sous de meilleurs auspices.Avec 50 000 montres vendues et un chiffre d’affaires de 3,4 millions d’€, le bilan est positif.
Le président, qui espère franchir la barre des 100 000 exemplaires et vise 10 millions d’€ de chiffre d’affaires d’ici à 2008, prospecte également à l’étranger, où «il faut repartir de zéro…» Il a posé sa première pierre en Chine, en signant avec un important distributeur l’ouverture de 500 points de vente. Mais c’est à Besançon, berceau de l’horlogerie française, que Yema replonge durablement ses racines. Accueillie pour l’instant dans un siterelais, la société prendra ses quartiers début 2007 dans une zone franche, où s’érigeront bientôt des bureaux de 1 400 m2, coiffés d’un toit en forme de monture ! Il fallait bien des locaux dignes d’accompagner une seconde naissance.
| Carte d'identité |
1948 : création de Yema par Henri Belmont
1958 : Oscar de l’exportation
1963 : création de la Superman qui résiste à des plongées de 300 mètres
1967 : Yema est la marque française la plus exportée
1982 : Henry John Belmont (le fils), devient PDG de Yema, racheté par Matra Horlogerie.
1988 : rachat de la marque par Seiko et création de la Compagnie Générale Horlogère (CGH)
1995 : Yema devient une filiale, Yema SA. Arrivée de Louis-Eric Beckensteiner
1996 : arrêt de la CGH et création de Yema SA
2001 : Louis-Eric Beckensteiner devient directeur général
2002 : Yema distribue les montres Dolce & Gabanna, Nike et Breil
2004 : rachat de Yema à Seiko. Naissance de Yema Maison horlogère 1948
|
| |
Sommaire
numéro n°24
Sommaire
Dossier REPRISE
|
|
|