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HIGH TECH
DIGITAL VALLEY
LES DVD DU FUTUR
Revue PME - n°25 - MARS - AVRIL - MAI 2006
Ancien fabricant
de cassettes VHS
reconverti dans
la galette chromée,
cette entreprise de
Seine-Maritime multiplie
les nouveautés high-tech.
Du DVD inrayable
au TVD, toutes sont
l’oeuvre d’un homme,
l’Algérien Al Fetouhi.
Il est souple, léger (8 grammes seulement)
et costaud (il stocke davantage d’informations
qu’un disque normal) : présenté au
Midem en janvier, le Thin Vidéo Disc
(TVD), dont le format sensationnel (il se
glisse aisément dans une revue) devrait
conquérir les spécialistes du publishing,
est promis à un bel avenir. Remarquable,
cette prouesse technique a, en outre, le
mérite d’être française.
Ce n’est pas la première fois que Digital
Valley, PME installée au Val-de-Reuil,
en Seine_Maritime, fait parler d’elle. En
2004, la société normande avait déjà
bousculé le marché du disque en mettant
au point son fameux DVD Plus, avec une
face CD et l’autre face DVD : d’un côté la
musique ou la bande originale, de l’autre
les clips ou le film, les deux étant
compatibles avec tous les lecteurs !
Inauguré par les albums du chanteur
Yves et du rappeur Kool Shen, le
concept a emballé l’industrie du disque.
Lancé peu après, le DVD inrayable, avec
sa couche de protection de 3 nanomètres
d’épaisseur, avait également fait du bruit.
Tous les grands loueurs de vidéos se sont
rués dessus. Au point de saturer les
carnets de commande en 2005, malgré un
prix de vente supérieur à 10%.
UN PARCOURS
ATYPIQUE
«Nous avons décidé de ne plus subir
la dictature des Japonais», annonce
Al Fetouhi, l’inventeur de ces procédés
révolutionnaires. A la fois entrepreneur
dans l’âme et chercheur jusqu’au bout
des doigts, cet Algérien de 47 ans crée
des entreprises avec autant d’aisance qu’il
pond ses concepts géniaux. Son parcours
est atypique : à 23 ans, il entreprent le
voyage de Paris à Houston, où il décroche
un doctorat en ingénierie chimique. Puis il
est recruté au sein du service R & D de
la multinationale américaine 3M (Scotch,
Post-it), où il travaille sur les supports
d’enregistrement. Au bout de trois
ans, sa femme, qui «adorait la France»,
le convaint d’émigrer à nouveau
outre-atlantique.
En 1990, le couple s’installe à Meaux, en
Seine-et-Marne, où l’ingénieur crée une
société de consulting, spécialisée dans
l’installation d’usines dédiées aux
produits de duplication : d’abord les VHS,
puis les DVD. Il la revend cinq ans plus
tard, pour exercer cette activité en
free-lance. «A cette époque, j’ai implanté
une douzaine de grosses usines dans le
monde entier, notamment en Asie», raconte
ce pionnier.
Après la création de sa propre unité industrielle
de réplication de DVD, à
Quincy Voisin, il croise le chemin de l’un
des actionnaires de Digital Valley,
Jean-Christophe Paris. Celui-ci, associé
à un fonds d’investissement de BNP
Paribas, lui propose de prendre 20% du
capital et de reconvertir la PME
normande, société de 40 personnes qui
fabriquait alors des cassettes VHS, dans le
DVD.
DÉPÔT DE BILAN
Recruté en 2003 en tant que directeur
général, Al Fetouhi entreprent ce qu’il
savait faire le mieux : une usine. Celle du
Val-de-Reuil est ainsi agrandie et une
autre, à la Ferté-Milon, vient bientôt
compléter l’outil de production. Les
coûts de revient, très bas, séduisent
les grands éditeurs de films comme
Gaumont ou Universal. L’essor du
fabricant, accéléré par la sortie du DVD
Plus et du DVD inrayable, est fulgurant :
«350% de croissance en 2004 !»,
témoigne l’ingénieur.
En juillet, Digital Valley rachète à Philips
un site de production à Caen, où étaient
fabriqués des DVD-R (inscriptibles).
L’opération n’est rentable qu’un temps :
avec la baisse du prix des DVD
enregistrables, l’activité devient déficitaire.
Or, les obligations contractées envers Philips
empêche Digital Valley d’entreprendre une
restructuration.
Est-ce cette situation qui entraîna la PME
à déposer le bilan ? Al Fetouhi avance une
autre explication. «La R&D a besoin
d’argent. Rares sont les petites entreprises
qui peuvent assumer la dépense. Il aurait
fallu réinvestir et la société manquait de
fonds propres». Toujours est-il que la
cessation de paiement, en septembre
2005, n’est en rien synonyme de
mauvaise santé de l’entreprise, qui pesait
alors plus de 18 millions d’€ de chiffre
d’affaires et employait 118 salariés.
Car si l’usine de Caen connaissait des
difficultés, celle du Val-de-Reuil, elle,
croulait sous les commandes.
En décembre, la société est donc
rachetée par MediaMotion. Le groupe
néerlandais (1 400 salariés, 200 millions
de chiffre d’affaires) augmente ainsi sa
production quotidienne de 250 000 DVD
supplémentaires (pour arriver à 550 000
au total). Et met un pied sur le marché
français, le troisième en Europe, après
l’Angleterre et l’Allemagne, pour le
nombre de DVD vendus. «Disposer d’une
chaîne de production locale permet d’être
plus réactif en matière de réassort»,
rappelle l’ingénieur.
3EME MARCHÉ
EUROPÉEN
Ayant déjà trois usines en Hollande, le
nouveau propriétaire a fermé celles de
Caen et de la Ferté-Milon, ne conservant
que celle du Val-de-Reuil pour fabriquer
CD, DVD et DVD plus. «Mais tous les
salariés ont été reclassés», affirme
Al Fetouhi. A son grand soulagement,
lui-même a été relevé de son poste de
directeur de site, fonction qu’il assurait
par intérim.
Marre de jouer les patrons ? «La
production m’ennuyait terriblement. Depuis
la reprise, je peux à nouveau me consacrer
exclusivement au développement de nouveaux
produits, du matin au soir !» Et les projets
ne manquent pas chez Digital Valley
Industries (sa nouvelle appellation) :
«Nous avons l’intention de présenter une
nouveauté au Midem chaque année»,
annonce-t-il d’emblée. Rendez-vous en
janvier 2007.
| CARTE D'IDENTITE |
2002
: création
de Media Video, fabricant de cassettes VHS
2003 : repositionnement sur le marché du DVD
Media Video devient Digital Valley
2004 : lancement du DVD plus et du DVD inrayable
Rachat d’une usine à Caen
2005 : rachat par le groupe néerlandais MediaMotion
2006 : lancement du TVD. Fermeture de l’usine de Caen |
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Sommaire
numéro n°25
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