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CONSEIL
ISF
DES MOYENS
POUR RÉDUIRE LA FACTURE
Revue PME - n°25 - MARS - AVRIL - MAI 2006
Aujourd’hui l’ISF,
impôt parsemé
d’exonérations,
est une véritable
usine à gaz.
Qu’en est-il
des moyens
pour réduire
la note fiscale ?
En 1988, à la création de l’ISF, 129 000
contribuables étaient redevables. Ce
chiffre atteint aujourd’hui 350 000 (1%
des contribuables et 2,6 Mds€ de recette).
Mais en raison des expatriations qu’il
provoque, l’ISF coûterait globalement plus
cher qu’il ne rapporte. On constate en effet
que si la France maintient l’impôt de
solidarité sur la fortune, ses voisins se
livrent à un dumping fiscal. Aux pays qui ne
connaissent pas l’ISF comme la Belgique, il
faut ajouter ceux qui avaient auparavant un
impôt sur la fortune et qui l’ont supprimé,
comme l’Autriche et l’Allemagne. L’ISF pour
les personnes physiques disparaîtra au
Luxembourg à compter du 1er janvier 2006.
Rappelons qu’en Suède, tous les
patrimoines de plus de 109 000 € sont
allégés de 1,5%. Au Pays-Bas on ne taxe
plus que les revenus du capital. Alors, la
liste des exilés - vraie ou fausse – s’agrandit.
Sur les dix premières fortunes
professionnelles françaises, six ont choisi
des cieux fiscaux plus cléments, en
Belgique, en Suisse, en Italie (suppression
des droits de succession), au Portugal ou au
Maroc.A savoir : aucune statistique n'existe
sur l'exil fiscal proprement dit. D'après le
rapport sur l'ISF du sénateur Philippe
Marini, de 350 à 370 assujettis se
délocaliseraient chaque année depuis
1997, contre une centaine de retours
annuels. En cumulé sur six ans, cela
représenterait 10 milliards d'€ de
capitaux, dont une bonne partie gérée de
Bruxelles, Londres ou Zurich.
L'exil est donc inférieur aux estimations les
plus invraisemblables mais le fait existe et il
pourrait s'accroître. Toutefois, on constate
que si une poignée d'entrepreneurs du Net,
assez jeunes, ont décidé de fonder leur
nouvelle société en Belgique ou ailleurs,
dans la grande majorité, les exilés ne
partent pas pour recréer des entreprises,
mais pour gérer tranquillement leur
portefeuille. «Une délocalisation doit avant
tout être un choix de vie et non pas un choix
uniquement dicté par des considérations
fiscales. Dans ce dernier cas, les conséquences
familiales peuvent être catastrophiques»
commente Nicolas Pagano d’UBS
France (Ingénierie patrimoniale).
En matière d'ISF, il convient de pouvoir
déterminer si toutes les mesures
permettant de bénéficier d'une exonération
partielle ou totale ont bien été prises et si,
bien sûr, toutes les conditions requises pour
bénéficier de l'un ou de l'autre de ces
régimes d'exonération sont effectivement
remplies. Les commerçants, dirigeants
d’entreprises peuvent réduire la note de
leur ISF, mais attention ! «Si l’entrepreneur
pense pouvoir bénéficier d’une exonération
alors que ce n’est pas le cas, le risque est celui
d’un redressement. Les incidences financières
peuvent être très importantes avec une
requalification sur 10 ans en cas d’absence
de déclaration d’un bien», lance Nicolas
Pagano.
ADOUCIR L’ISF
Certains critères sont à respecter pour
bénéficier d’une exonération totale ou
partielle. Pour les commerçants,
entrepreneurs individuels, dirigeants de
sociétés l’activité professionnelle
doit être une activité industrielle,
commerciale, agricole, libérale ou
artisanale. Sont donc exclus les activités
purement civiles telle que par exemple, la
gestion d'un patrimoine immobilier. «Pour
les entrepreneurs individuels, la profession
doit être exercée par un membre du foyer
fiscal à titre principal et naturellement, seuls les
biens nécessaires à l’activité professionnelle
peuvent bénéficier de l’exonération».
Ne sont
donc pas considérées comme biens
professionnels et exclus de l’exonération
d’ISF, les parts ou actions de société ayant
pour activité principale la gestion de leur
propre patrimoine mobilier ou immobilier.
La frontière est plus délicate pour les
sociétés holdings. Si la société peut être
qualifiée de société holding animatrice,
c’est-à-dire qu’elle rend des services
(comptables, ressources humaines par
exemple) et participe à la gestion des
filiales, elle pourra constituer l’outil
professionnel exonéré d’ISF. En revanche,
les sociétés détenues au travers d’une
société holding «pure» ne pourront être
exonérées que dans la mesure où il n’existe
qu’un seul niveau d’interposition entre
l’actionnaire personne physique et la
société constituant l’outil professionnel
(sous réserve du respect des autres
conditions détaillées ci-dessous).
Au-delà de ces principes, trois conditions
doivent être simultanément remplies pour
que les parts sociales ou actions détenues
par leur propriétaire dans une société
soumise à l’IS bénéficient de la qualification
de biens professionnels exonérés. «Le
dirigeant doit détenir au moins 25% des droits
de vote de la société avec son groupe familial.
Toutefois ce seuil n'est pas exigé si la valeur de
ses parts représente plus de 50% de la valeur
brute de son patrimoine taxable. Leur
propriétaire doit exercer une fonction
dirigeante qualifiée au sens de l'article 885 O
bis 1er du CGI. Gérant pour une SARL, Président
du Conseil d’administration, DG ou DG
délégué, l’ensemble des membres du directoire
ou Président du Conseil de surveillance pour
une SA. Pour une SAS il n’y a pas de critère
précis mais les fonctions du Président doivent
recouvrir le même champs de compétence
qu’un DG ou Président de Conseil
d’administration. Enfin, ces fonctions doivent
faire l'objet d'une rémunération normale et
représenter au moins 50 % des revenus
professionnels du contribuable», développe
Nicolas Pagano.
LE PACTE DUTREIL
Si les différentes conditions nécessaires à
une exonération au titre de l’outil
professionnel ne sont pas satisfaites,
il est envisageable de bénéficier d’une
exonération partielle en ayant recours
au pacte Dutreil. Dans le cadre d’un tel
pacte, ouvert à tous les actionnaires, ces
derniers prennent un engagement de
conservation des titres.
«L'engagement de conservation des titres
pendant 6 ans est un engagement collectif qui
doit être signé par le redevable avec d'autres
associés, en outre, l'un des signataires doit
exercer dans la société une fonction de
direction. Pour les sociétés non cotées, les titres
du pacte devront représenter au moins 34% du
capital».
A l’heure actuelle, les titres inclus dans le
pacte bénéficient d’une exonération d’ISF à
concurrence de 50% de leur valeur. Mais à
des fins d'harmonisation, l'exonération
partielle d'ISF dont peuvent bénéficier les
participations ayant fait l'objet de pactes
d'engagement collectif de conservation,
serait porté à 75 %. En effet, dans le cadre
de la Loi de Finances pour 2006, une
nouvelle mesure d’exonération
partielle d’ISF devrait être votée : Les
dirigeants et actionnaires devraient
désormais bénéficier d’une exonération
d’ISF à hauteur de 75% de la valeur de leurs
titres dès lors qu’ils s’engagent à les
conserver six ans. Les actionnaires à la
retraite pourront jouir du même dispositif,
à condition qu’ils aient détenu leurs actions
trois ans avant leur départ et qu’ils les aient
conservés six ans après leur cessation
d’activité. Une mesure qui devrait
inciter les dirigeants à rester en
France. Auparavant, dès lors qu’ils
quittaient leur poste, leurs actions n’étaient
plus considérées comme des biens
professionnels.
Dans le cadre du pacte Dutreil ,
certains évènements remettent en cause
l'exonération partielle d'ISF.
Tel sera le cas si par exemple il n’y a plus de
dirigeant parmi les signataires du pacte ou
si le seuil de 34% n’est plus respecté.
«Même s’il existe des délais pour régulariser
la
situation, il peut être opportun de conclure
plusieurs pactes avec les mêmes titres afin
de se prémunir contre la défaillance de l’un de
ses co-signataires». Pour l’actionnaire qui ne
respecterait pas son engagement de
conservation, l'opération entraîne la remise
en cause de l'exonération partielle depuis
l'origine. Il devra donc acquitter l'ISF dont il
a été exempté pour chaque année
concernée assorti de l'intérêt de retard
mensuel. Si la cession diminue la
participation des autres actionnaires en
dessous du seuil, ils disposeront d'un délai
d'un an pour conclure un nouvel
engagement de conservation de titres.
Une fusion n'entraînera pas de remise en
cause sous réserve de conserver les titres
remis en contrepartie de l'opération
jusqu'au terme de l'engagement pris pour
les titres d'origine.
«Dans le cadre de l’exonération des titres
résultant de la souscription au capital des
PME, il est possible de bénéficier d’une
exonération totale d’ISF pour les titres reçus en
contrepartie de la souscription au capital d'une
PME soit lors de leur constitution soit à
l'occasion d'augmentations de capital», expose
Nicolas Pagano. Les PME visées sont celles
qui ont, lors de la souscription des titres, les
caractéristiques suivantes :
- un effectif de moins de 250 personnes,
- un chiffre d'affaires inférieur à 40M€
ou un total de bilan inférieur à 27 M€,
- être indépendantes, c'est-à-dire avoir un
maximum de 25% de leur capital qui ne soit
pas détenu par une ou plusieurs entreprises
ne répondant pas à la définition d'une PME.
«A partir de 2006, le bouclier fiscal devrait
permettre à certains contribuables de limiter
significativement leur ISF. Jusqu’à maintenant, la
charge fiscale ne devait pas excéder 85% des
revenus. Aujourd’hui le bouclier fiscal limite la
charge fiscale à 60% des revenus (nouvel
article 1 du CGI). Les impôts pris en compte
sont l’IR, l’ISF, la taxe d’habitation et la taxe
foncière (uniquement sur l’habitation principale).
Les prélèvements sociaux de 11% ne sont pas
pris en compte», décrypte Nicolas Pagano.
Le 15 juin 2006, le contribuable établit sa
déclaration et règle le montant de l’ISF
après prise en compte du plafonnement
limité à 85%. Le bouclier fiscal jouera en
année N+1. En 2007, il cumulera le total des
impositions acquittées en 2006 et le
comparera à l’ensemble de ses revenus. Si la
charge fiscale totale représente plus de 60%
de ses revenus, l’administration lui
remboursera le trop perçu. Pour un
contribuable qui disposerait d’un
patrimoine jusqu’à 2,4 M€ la décote peut
atteindre 100% de l’ISF dû.
«L’administration fiscale remboursera le trop
perçu. Le bouclier fiscal constitue une
véritable réforme de l’ISF, son impact sera
très important pour certains assujettis».
LES MOYENS
D’OPTIMISER L’ISF
Parmi les stratégies visant à limiter sa base
taxable à l’ISF, une des techniques consiste à
faire des donations en PP (Pleine
Propriété) aux proches ou à une
fondation d’utilité publique. «Dans le
cadre d’une donation temporaire d’usufruit
(US), il faut être prudent. Le bon motif est
impératif. Par exemple des parents qui donnent
temporairement l’US d’un appartement ou
d’un portefeuille-titres à un enfant qui fait des
études. Ce type de donation a un coût de 23%
de la valeur du bien transmis par période de
10 ans», précise Nicolas Pagano. Une
stratégie plus marginale : l’investissement
immobilier en NP\US. «le nu-propriétaire doit
être une personne physique et l’usufruitier, une
personne morale n’ayant pas de lien avec le
nu-propriétaire. L’investisseur NP sera exonéré
sur la somme mais sa dette contractée lors de
l’achat de la nue-propriété viendra au passif
de l’ISF. Les intérêts de l’emprunt seront
déductibles de ses autres revenus fonciers».
Bien que certaines aient été modifiées ces
dernières années, il existe quelques 200
niches fiscales. Quelques-une sont passées
d’une réduction de base de l’impôt à une
baisse de l’impôt puis à un crédit d’impôt.
Pour faire baisser le patrimoine taxable il
est possible de miser sur les antiquités
et objets d’art (biens totalement
exonérés). Dans le cadre de certains supports
financiers (contrats de capitalisation), il n’est
tenu compte, pour évaluer le patrimoine
soumis à l’ISF, que des sommes initialement
investies ; les plus-values n’étant pas
comptabilisées. En décidant de plafonner
son ISF, les revenus doivent être maîtrisés
car une hausse de ceux-ci peut remettre en
cause la stratégie adoptée. «Si un
commerçant ou un dirigeant d’entreprises
désire optimiser son ISF, il devra être très
rigoureux. Il est beaucoup plus prudent de faire
valider un savant montage par un spécialiste»,
conclue Nicolas Pagano.
Sommaire
numéro n°25
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