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PIC-INTER - n°321 - Juillet - Août - Septembre 2010
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MARCHE

LE PAPY BOOM
EST À LA MODE

Revue PME - n°25 - MARS - AVRIL - MAI 2006

Le marché de la dépendance est évalué à 40 milliards d'euros et il devrait connaître une croissance soutenue dans les années à venir en raison du vieillissement de la population. On estime que les plus de 85 ans devraient représenter en France 2,1 millions de personnes en 2020 contre 1,2 millions en 2000.

L'heure n'est plus au Baby Boom mais au Papy Boom. Les Français vivent mieux, plus longtemps et, aujourd’hui, leur retraite devient souvent le départ d’une nouvelle vie. Le dernier recensement de l’INSEE montre que les personnes âgées de plus de 60 ans représentent 20% de la population française totale, soit 12,1 millions de personnes. Selon les prévisions démographiques, en 2020 cette tranche d’âge pourrait atteindre 25% de la population. D’ici à 2050, le nombre des plus de 60 ans aura doublé, celui des plus de 75 ans triplé et celui des plus de 85 ans quintuplé. Ce phénomène se retrouve en proportions variables, dans la plupart des pays industrialisés : l’âge moyen de la population de l’Union Européenne augmente chaque année de 2,5 mois. Parmi cette frange de la population, dite du quatrième âge, il y aurait actuellement 1,5 millions de personnes dépendantes dont 55% en dépendance totale ou partielle. Le sujet de la dépendance jugé jusqu'alors tabou est aujourd'hui connu de tous et les nombreuses campagnes d'information, notamment télévisuelle, incitent les seniors à s'intéresser au sujet. Ce marché de la dépendance croît de 20% chaque année, ce qui place la France en tête des pays européens. Si le processus de vieillissement transforme un sujet adulte en bonne santé en un individu plus fragilisé, il ne faut pas perdre de vue que la sénescence conduit de moins en moins à la sénilité. On parle maintenant de quatrième âge pour désigner les anciens à partir de 80 ans. Et on constate que dans la grande majorité des cas, les personnes âgées souhaitent rester à leur domicile le plus longtemps possible, bien que, lorsqu’elles deviennent très âgées et très dépendantes (vers 90 ans), leur installation dans un établissement spécialisé est inévitable.

Ils simplifient la vie des séniors

Ils ont 75 ans à eux trois, l’âge moyen de leur clientèle. Grégory Poisay, Benoit Seguin et Frédéric Baron ont créé en 2005 la société SBP Développement qui distribue et commercialise des vêtements sous la marque «Facil’en Fil».

«L’idée nous est venue de l’IFTH (Institut Français du Textile et de l’Habillement) qui, depuis près de cinq ans réfléchissait sur un concept de vêtements spécialisés pour personnes âgées et personnes à mobilité réduite. Dans le cadre de nos études (Ecole Supérieure de Commerce d’Amiens) nous avons travaillé sur le projet. Aujourd’hui, l’IFTH nous concède une licence exclusive d’exploitation des brevets qui ont été déposés. L’ANVAR Champagne Ardenne a subventionné une partie de notre projet et permis son lancement et sa mise en place au même titre que le Conseil Régional de Champagne Ardenne qui nous a aidé dans le cadre de la création d’entreprise innovante. Après de nombreux tests avec des médecins, des kinésithérapeutes, des ergothérapeutes et des personnes concernées, nous nous sommes rendu compte des mouvements que ces dernières pouvaient difficilement réaliser : lever le bras au-dessus de l’épaule, aller chercher une manche dans le dos ou enfiler une jupe ou un pantalon. Les solutions que nous avons retenues utilisent des techniques permettant d’ouvrir le vêtement et de l’enfiler sans faire de mouvements difficiles et douloureux. Nos vêtements s’ouvrent à des endroits stratégiques et utilisent des fermetures à glissière, des bandes autoagrippantes ; le tout réalisé le plus discrètement possible pour conserver l’aspect classique du vêtement. Notre stratégie de distribution consiste à amener le magasin aux personnes âgées et/ou handicapées. Ces clients ne pouvant plus se déplacer c’est notre force de vente qui vient vers ces derniers pour leur présenter les différents produits. Notre société est toute jeune dans la mesure où elle n’existe que depuis un an. Nos objectifs sont de présenter nos produits dans tous les établissements de la région Champagne-Ardenne dans la mesure où nous sommes basés à Troyes. Notre ambition à moyen terme est de mettre en place un rayonnement national performant et efficace avec une force de vente dans les différentes régions de France».

 

DES POLEMIQUES PASSIONNEES

La prise en charge de la vieillesse par la collectivité suscite d’innombrables débats. Faut-il prévoir des structures adaptées à l’inéluctable dépendance ou vaut-il mieux opter pour le maintien à domicile aussi longtemps que possible, en privilégiant les services de proximité ? La question suscite des controverses passionnées. Certains professionnels sont des partisans inconditionnels du maintien à domicile. «La personne âgée préfère, presque toujours, rester chez elle, où elle a ses repères, ses amitiés, ses soutiens», affirment certains. D’autres professionnels, tout aussi expérimentés, défendent la thèse inverse, avec tout autant de conviction : «Pensez-vous vraiment qu’une personne âgée, seule 23 heures sur 24, vive dans des conditions de confort et de sécurité optimales ?» Débat difficile à trancher.

Il existe en principe dans les grandes villes tous les outils ou services qui permettent d’assurer au domicile des prestations équivalentes ou même supérieures à celles que l’on peut trouver en maison de retraite ou à l’hôpital, et ce pour un coût plus ou moins élevé sauf pour les situations de handicap très lourd. Mais ces services sont souvent quantitativement insuffisants ou mal répartis. Aussi, les pouvoirs publics, conscients des problèmes relatifs au grand âge, tentent de donner un cadre strictement légal au traitement de cette question sociale. La législation en la matière a été modifiée, et tant l’hébergement de personnes âgées dépendantes que le maintien à domicile sont désormais soumis à des obligations légales qui rendent de plus en plus rares les abus et distorsions de toutes sortes. C’est dans ce contexte que le fournisseur de services pour personnes âgées (nous n’abordons pas dans cet article la création de résidence) doit être conscient qu’il exerce une profession au carrefour des métiers du social et du médical. Il doit posséder des compétences en gestion, en gérontologie, voire en restauration. Et surtout des qualités humaines. Il doit maîtriser la complexité des dispositifs administratifs, des procédures et de la réglementation, sans cesse en réforme depuis 2000.

La loi du 24 janvier 1997 a mis en place la Prestation Spécifique Dépendance (PSD), dont l’attribution était fonction de la politique sociale retenue par les conseils généraux, ce qui a eu pour conséquence de profondes disparités entre les départements. En outre, ce système prévoyait un recours sur succession et un seuil d’attribution de l’allocation. Pour remédier aux carences de la PSD, l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) a été introduite le 1er janvier 2002. Mais dès sa mise en place, le nombre des demandes d’allocations a rapidement dépassé les estimations gouvernementales. Si bien que certains principes de l’APA sont déjà remis en cause. La pérennité du financement et du niveau de prestation d’un tel système basé sur la solidarité intergénérationnelle se pose d’ores et déjà puisqu’en 2020 le ratio entre actifs et retraités sera de 2 pour 1. L’APA, modulée en fonction des revenus de son bénéficiaire, de son degré de perte d’autonomie et de son mode d’hébergement - le maintien à domicile étant privilégié par rapport à l’admission en établissement – n’institue donc qu’une couverture a minima du risque de dépendance, insuffisante pour prendre en charge l’ensemble du coût de la dépendance.

PROFESSIONNALISATION D’UN SECTEUR ENCADRE

Force est de constater que les enquêtes, études et sondages, sur les aspirations des personnes âgées sont assez rares. Mais, le fait est qu’à chaque fois qu’elles sont consultées, la plupart des personnes âgées expriment le souhait de rester chez elles. Non seulement l’écrasante majorité (88%) des personnes âgées de 75 ans et plus vit à domicile, mais 75% de celles dont le niveau de dépendance est important ou très important aspirent à rester à domicile le plus longtemps possible. Au cours des années 80, la société civile, au sens large du terme, a multiplié les initiatives et les services visant à faciliter le maintien à domicile des personnes âgées. Lancées par des organismes publics, des associations caritatives ou des entreprises privées, ces initiatives se traduisent par l’intervention d’une aide ménagère quotidienne, la fourniture de soins corporels, des séances de kinésithérapie, la mise en place de systèmes de téléalarme, le portage des repas à domicile… Autant de services qui peuvent, effectivement, contribuer à une véritable protection sociale du troisième âge. On recense actuellement plus de 7 000 entités juridiques proposant des aides à domicile (y compris dans les territoires d’outremer). Il n’en reste pas moins que les services à domicile coûtent cher.Ainsi, le coût total de l’aide ménagère (ménage, repas, assistance, etc...) restant à régler en fonction du degré de prise en charge est en moyenne de 140 € par mois, à quoi il faut ajouter les services de soins corporels quotidiens pour 20 € par jour. Les honoraires des kinésithérapeutes et des médecins ou infirmiers passant au domicile de la personne âgée deux fois par semaine s’élèvent à 90 € par semaine, au moins ; soit, pour les services les plus indispensables, un budget d’environ 1 100 € par mois.

Un spécialiste du maintien à domicile

En 1997, deux entrepreneurs : Dominique Léry, gestionnaire et Jean-Claude Perreau, infirmier DE, s’investissent dans un domaine jusqu’alors réservé au secteur public et associatif : l’aide à domicile. Ils ouvrent une cellule spécialisée à Clermont- Ferrand sous le nom d’Adhap Services. L’entreprise devient rapidement un acteur social reconnu dans le Puy-de-Dôme : en 5 ans, 63 emplois qualifiés sont créés, permettant à des jeunes femmes peu diplômées de bénéficier d’une formation pour renouer avec la vie active. Fin 2001, leur initiative locale prend une tournure nationale. Le modèle clermontois se duplique en franchise dans l’hexagone avec des centres de proximité dirigés par des chefs d’entreprise. Fin juin 2005, le réseau Adhap Services affiche 36 centres en activité avec plus de 450 emplois qualifiés. Tous les Centres Adhap Services sont dirigés par un binôme complémentaire, un gestionnaire et un professionnel de santé. Ils offrent une permanence téléphonique 24h/24 et interviennent 7 jours/7, 365 jours par an.Au vu de l’intérêt que suscite cette activité et des demandes en attente, les fondateurs d’Adhap Services pensent pouvoir déployer 170 centres en France d’ici 2008 qui représenteraient 7 500 emplois en CDI pour un personnel spécifiquement formé aux métiers du maintien à domicile et une capacité de prise en charge quotidienne de plus de 30 000 personnes dépendantes.

www.adhapservices.fr

 

 

L’offre, en matière de services à domicile, étant essentiellement associative, les associations d’aide à domicile pour le troisième âge se sont regroupées en fédérations nationales. Citons, parmi les plus représentatives, l’Unasad (Union Nationale des Associations de Soins et d’Aide à Domicile), la Fnadar (Fédération Nationale d’Aide à Domicile en Activités Regroupées), et l’UNADMR (Union Nationale des Associations d’Aide à Domicile en Milieu Rural). Pour exister sur ce marché les entreprises privées devront donc proposer des tarifs compétitifs, faire preuve d’innovation par rapport à l’offre existante et trouver les régions où la demande forte n’est pas couverte. Les entreprises de services aux personnes âgées, doivent offrir une grande variété de prestations : du lavage du linge à l’organisation d’ateliers de mémoire, en passant par l’accueil de jour ou les stages de lecture de poésie, les services d’esthéticiennes ou coiffeuses à domicile, relaxation, massage. Les idées de services sont nombreuses et correspondent à autant de besoins et d’aspirations réels. La classification retenue par la Commission Européenne distingue d’ailleurs quatre grandes familles de services de proximité aux personnes : Les services de la vie quotidienne, les services d’amélioration du cadre de vie, les services culturels et de loisirs, les services d’environnement.

Rappelons-le, les aides et gardes à domicile et les auxiliaires de vie sont les véritables pivots du secteur de l'aide à domicile. Si le secteur a mis si longtemps à se professionnaliser, leurs tâches aujourd’hui ne se réduisent plus à de simples activités de ménage, mais comportent une importante dimension relationnelle. Il y a encore peu de temps, les besoins n’étaient pas du tout les mêmes : on vivait évidemment moins longtemps mais les familles étaient plus proches. Elles assuraient donc la plupart de l’aide à domicile telle qu’on la conçoit aujourd’hui. Il y a également des explications plus sectorielles. Les intervenants de cette branche étaient souvent peu formés, bénévoles, et l’on ne voyait pas l’obligation d’institutionnaliser ce secteur. Aujourd’hui, aucun diplôme n’est obligatoire pour exercer une aide auprès des personnes âgées. Toutefois, il s’agit d’un vrai métier appelé à se développer avec la mise en place de l’APA. C’est dans ce cadre qu’un nouveau Diplôme d’Etat d’Auxiliaire de Vie Sociale (DEAVS) vient d’être créé. Ce diplôme se prépare en parallèle d'un emploi pendant 9 à 36 mois. Il permet véritablement de revaloriser le travail des auxiliaires de vie. C’est un vrai diplôme professionnalisant que sanctionnent en effet 1 060 heures de formation. Il améliore très sensiblement le CAFAD, Certificat d’Aptitude pour l’Aide à Domicile qui ne nécessitait que 480 heures de formation. Avec le DEAVS, les diplômés reçoivent des cours théoriques complémentaires, particulièrement en matière de pathologies de la vieillesse telle que Alzheimer, mais ce qui n’en fait cependant pas des infirmiers à part entière.

Les textes qu’il est indispensable de connaître

La loi du 30 juin 1975 qui a été rénovée vingt-six ans après sa naissance par la loi du 2 janvier 2002, véritable «bible» du secteur social et médico-social. La loi du 24 janvier 1997 créant la Prestation Spécifique Dépendance (PSD)… et la réforme de la tarification. Certes, cette loi qui créa la PSD (remplacée depuis par l’Apa) n’a, de ce seul fait, plus grand intérêt aujourd’hui. La loi du 20 juillet 2001 créant l’allocation personnalisée d’autonomie (complétée par le décret du 28 mars
2003).

 

Les conditions de travail dans le secteur sont en pleine évolution puisque une convention collective unique de la branche de l’aide à domicile a été signée par tous les membres de la branche. Elle permettrait d’uniformiser les conditions de travail entre toutes les associations employeurs et entreprises privées de l’aide à domicile. En ce qui concerne les personnes qui travaillent pour des particuliers employeurs, les conditions de travail sont régies par une convention collective différente, celle de la FEPEM (Fédération du Personnel de Maison). Enfin, les personnes qui travaillent dans les établissements sont soumises à des conventions collectives différentes en principe gérées par l’UNIFED (Union des fédérations et syndicats nationaux d’employeurs sans but lucratif du secteur sanitaire, médico-social et social. En général, les aides à domicile travaillent par tranche de deux heures, entre 8h et 12h et entre 14h et 18h. Les auxiliaires de vie sociales ont une amplitude horaire de 8h à 20h, du lundi au samedi et vont être amenées de plus en plus à travailler certains dimanches et jours fériés. Elles peuvent être amenées à travailler de nuit, entre 20h et 8h du matin, pas plus de 5 nuits d’affilée.

 

Sommaire numéro n°25

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