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PIC-INTER - n°313 -NOVEMBRE - DECEMBRE 2008
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PME Acquisitions d'Entreprises - n°35 - SEPTEMBRE - OCTOBRE - NOVEMBRE 2008, www.acquisitions-entreprises.com
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CONCEPT

PATRICK CHARTON
“LUTHIER DE POINTE”

Revue PME - n°25 - MARS - AVRIL - MAI 2006

Depuis 23 ans qu’il fabrique des instruments, Patrick Charton n’a jamais dévié de sa route. Parcours remarquable d’un luthier épris du quatuor et amoureux fou de la contrebasse.

De l’érable, de l’épicéa ou de l’ébène et de la colle qui chauffe, des bruits de lime, de la sérénité de son l'atelier aux murs couverts d’instruments et d’outils. L’endroit est éclairé, car le travail s'effectue à la lumière du jour. Ici, les pieds dans les copeaux, on répare, on crée, on adapte les sonorités au désir du client. Une relation s'établit peu à peu entre l'artisan, l'instrument et le musicien soliste ou concertiste, et il n'est pas rare qu'un artiste célèbre passe ici.

Patrick Charton a la cinquantaine.Age qui semble confirmé par la pluie d’honneurs déversés sur lui depuis qu’il exerce son métier. Quatre fois Médaille d’Or à Paris et aux Etats-Unis pour ses contrebasses. Deux fois Médaille d’Argent pour le violoncelle copie du «Sleeping Beauty» de Montagnana. Plusieurs prix de la sonorité en 2004. Trois certificats de mérite aux USA en 2002. Plusieurs grands prix internationaux pour sa contrebasse «B21». On ne les compte plus ces distinctions pour des instruments très haut de gamme. Il faut dire que tout réussi à cet artisan virtuose.

Il est né au Maroc. Bercé par la musique dès son plus jeune âge - son père était violoniste amateur -, il a suivi ses études secondaires à Blois et universitaires à Lyon. «J’ai suivi conjointement des études d’anglais et de psychologie jusqu’aux licences. Un parcours qui ne me destinait pas à la lutherie», dit-il en souriant. «C’est le hasard qui m’a conduit chez un luthier de Firminy, Joël Mentec». Chez lui il apprend la technique, les calculs, les règles. Il a à peine 27 ans lorsqu’il s’installe dans cet ancien atelier de passementier, rue de la Sablière à Saint-Etienne. «300 m2 pour l’atelier. 300 m2 pour mon logement», précise-t-il. Le succès ne se fait pas attendre : Il fournit rapidement de nombreux solistes des orchestres français et étrangers (de la Corée jusqu’en Islande, USA, Chine, Espagne, Portugal, Suisse..). Il a aussi été choisi par la violoniste allemande, Anne-Sophie Mutter, pour fabriquer une contrebasse au dernier lauréat de sa Fondation. C’est Maxime Tholance, Violon Solo de l’Opéra de Paris, qui lui fera fabriquer un premier violon en 1987. «Il avait vu et entendu la contrebasse que j’avais faite pour son homologue Daniel Marillier».

L’ÂME DE LA CONTREBASSE

«Il y a des contrebassistes fabuleux comme Daniel Marillier et des contrebasses historiques magnifiques comme les V. Ruggeri, N. Bergonzi. Pour moi, la contrebasse est un violon qu’on regarde au microscope : grossi dix fois, on en analyse les moindres détails». C’est un amoureux qui parle de la contrebasse, belle comme un corps de femme, instrument classique qui n’a pas évolué depuis sa création (Amati 1638). Et Patrick Charton admet que les luthiers n’ont fait, pour la grande majorité, que copier les instruments existants. La nouvelle contrebasse qu’il a conçue est un instrument pour le 21e siècle baptisé «B21» avec un design contemporain, des possibilités de réglages révolutionnaires et une sonorité exceptionnelle.

«Influencé par le design de Philippe Starck, j'ai eu envie de débarrasser l'instrument de son esthétique baroque. Mais aussi d'en améliorer le confort et la puissance. Mais je garde toujours en mémoire que la forme doit s’effacer derrière la fonction». Patrick Charton ne s'est pas contenté d'imaginer quelques astuces, comme ce manche démontable en quelques secondes, qui réduit la taille de l'instrument de 2 m à 1,10 m et met fin au calvaire des musiciens gênés par sa longueur lors du rangement dans la caisse. Il a changé le système de réglage de la hauteur des cordes, essentiel pour le confort du jeu et la projection du son. Le système breveté permet à la fois un gain de place dans les déplacements et évite la tension constante des cordes tout en facilitant les réglages. L’innovation révolutionnaire et iconoclaste a été récompensée par le 1er prix de la facture instrumentale au Salon Musicora 2004. Patrick Charton entend décliner sa «B21» en matériaux plus légers qui, alliés à ce design contemporain, en feront un instrument adapté aux exigences et à la fantaisie des contrebassistes de jazz. Les musiciens sont convaincus et affirment qu’ils n’ont jamais ressenti autant de facilité, de puissance et de couleur dans le son.

DEUX ANS ET DEMI DE COMMANDES

L’atelier ne manque pas d’activité avec plus de deux ans et demi de commandes. Ce lieu de travail et de rencontres bourdonne comme une ruche, parfois tard quand il faut restaurer un instrument ancien pour un musée. Patrick Charton crée une dizaine d’instruments par an. «L’élaboration d’un violon nécessite 1 mois de travail, le violoncelle, 2 mois et la contrebasse, 3 mois», précise-t-il. Le choix des bois est fondamental : l’érable d’Europe Centrale est utilisé pour la caisse, l’épicéa pour la table d’harmonie et l’ébène pour la touche. On trouve même parfois du palissandre ou du buis pour les chevilles et le mentonnières. L’épicéa, bon conducteur de son, transmet les vibrations dans les 400 mètres secondes et l’érable a la particularité d’avoir des ondes. Ensuite les éclisses sont moulées, puis galbées dans un moule. On dessine la table puis le fond. Autre opération importante : la pose du manche. L’inclinaison qu’on lui donne influence la sonorité, la puissance et le type de son. Enfin, après divers réglages on passe aux vernis dont les recettes sont souvent tenues secrètes. L’inconnu c’est la méthode d’application, le nombre de couches, le temps de séchage. A cette recherche de matériau et de raffinement dans la fabrication, il faut ajouter la facture personnelle de l’artisan. «Je signe tous mes instruments», lance notre luthier, devenu une référence parmi la communauté musicale. L’atelier Charton emploie 6 salariés. Trois d’entre eux sont passés par Mirecourt (Vosges), berceau de la lutherie française, où ils ont acquis cette technique arrêtée depuis Stradivarius. L’école française est reconnue comme étant la référence. Beaucoup de Français y ont appris et perfectionné leur métier avant de s’établir partout dans le monde. Les autres écoles écoles réputées sont basées en Italie et en Allemagne.

Nombreux sont ceux qui peuvent fabriquer un instrument. Mais ils ne sont qu’une poignée aux premières places mondiales. Le minimum c’est la passion, le petit plus c’est l’intuition et le talent. «Optimiser un instrument et l’adapter au jeu du musicien, voilà le défi !» C’est aussi l’insatisfaction et la curiosité qui poussent Patrick Charton à chercher, à voir et à entendre le plus d’instruments possible, au concert ou à l’atelier lors de réglages ou de réparations. Et de toutes ces perceptions sonores et visuelles naissent chaque jour de nouvelles courbes, de nouveaux instruments pour le plaisir des musiciens.

Carte d’identité

NOM DE L’ATELIER : Patrick Charton
DATE DE CREATION : 1982
ACTIVITE : 1/3 fabrication d’instruments. Restauration ; réglages ; location
NOMBRE DE SALARIES : 6
PRIX MOYEN : 10 000 € pour un violon ou 19 000 € pour un violoncelle, 22 000 € pour une contrebasse

 

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