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ENTREPRENDRE EN FAMILLE
HÉNAFF
LE PATÉ QUI CONSERVE
Revue PME - n°27 - SEPT - OCT -NOV 2006
Grâce à sa célèbre
boîte bleue,
la PME bretonne est
devenu le n°1 français de
la charcuterie appertisée.
A l’aube de
son centenaire,
elle mord avec appétit
dans le marché du frais
et des salades.
Qu’est ce que l’écrivain
Erik Orsenna, le navigateur
Michel Desjoyaux, le chef
Laurent Tarridec et la journaliste
Annick Cojean ont en commun ?
Ils sont bretons, certes. Mais ils ont
aussi, comme Proust, la nostalgie
gourmande. Leur madeleine à eux ?
Une petite boîte ronde et bleue, qui a
valu leur adhésion… au Club des
Amoureux du Paté Hénaff !
Constituée le 27 mars dernier, cette
drôle de confrérie a scellé son union à
la table parisienne de Jean Cojean,
lequel a eu le bon goût de garnir l’un
des sandwichs de son fast-food avec la
fameuse terrine. «Notre pâté est à la
Bretagne ce que la Guinness est à l’Irlande,
explique fièrement le Pdg Jean-Jacques
Hénaff. Son capital sympathie est
immense».
Le club, riche de 25 membres, devrait
accueillir de nouvelles personnalités
d’ici à 2007, année du centenaire de
l’entreprise de Pouldreuzic. Pour ce
bourg du pays bigouden, les nombreuses
festivités à venir constituent un
véritable événement. Car ce village
d’irréductibles ne s’est pas contenté de
résister à l’envahisseur. Ces trente
dernières années, son produit mascotte
a également envahi les rayons des
supermarchés français, s’arrogeant 26%
des parts du marché de la charcuterie
en conserve devant le challenger
William Saurin, qui suit loin derrière
avec 7%.
«Cette position de leader est difficile à
assumer pour une PME de notre taille»,
r a p p e l l e
Jean-Jacques
Hénaff, patron de 190 salariés. Cela
n’empêche pas l’entrepreneur de 68
ans, représentant de la troisième
génération Hénaff à la tête de la
marque au cochon rose, d’en perpétuer
avec enthousiasme les racines et le
caractère familial. «Je me suis toujours
beaucoup impliqué dans le développement
de la Bretagne», justifie cet ancien
militant patronal. Plus jeune, déjà, il
présidait l’association de la jeunesse
étudiante bretonne.
UNE RECETTE
SECRÈTE
Bon sang ne saurait mentir : son grandpère,
le fondateur Jean Hénaff, était
lui-même un activiste hors-pair. C’est
cet aïeul, agriculteur prospère et
citoyen engagé (il fut adjoint au maire
pendant vingt ans, puis maire et
conseiller général), qui eut l’idée, à 48
ans, de construire une conserverie, afin
d’aider les cultivateurs locaux à tirer un
meilleur profit de leurs petits pois et de
leurs haricots verts. C’est encore lui
qui, après quelques années décevantes,
se lança dans la production de pâté
pour faire décoller l’activité. Sa potion
magique ? Une recette, tenue secrète
jusqu’à aujourd’hui, ayant l’originalité d’intégrer
tous les morceaux du cochon, y compris les jambons, les filets et les
rôtis. En 1914, quatre cochons
étrennèrent ainsi la chaîne de l’usine,
agrandie, modernisée et mécanisée
pour l’occasion. Une décennie plus tard,
plus d’un millier était mis en boîte.
Père de treize enfants, Jean Hénaff
transmit les rênes de son entreprise à
quatre d’entre eux (dont l’un,
Corentin, occupa le fauteuil de maire
pendant 36 ans). Ceux-ci développèrent
fortement les conserves de légumes.
Arrivé en 1963, Jean-Jacques
Hénaff, fils de Michel, décida pourtant
de recentrer l’activité sur le pâté de
porc, devenu le véritable fleuron de la
SARL. Il arrêta complètement la
production de légumes en 1971, puis
celle des conserves de poissons, en 1972.
«Je m’étais fixé une croissance de 50% en
trois ans, en axant sur un développement
national. C’était utopique et pourtant, on a
réussi», se rengorge-t-il. Une fois seul
maître à bord, l’obsession de ce
diplômé de l’Essec fut non seulement
de préserver le patrimoine familial, mais
aussi ses valeurs. A ses côtés, Michel,
son frère aîné, se chargea de mitonner
des plats cuisinés, tandis que sa soeur,
Germaine, prit la haute-main sur les
épices et les condiments. Ceux-ci furent
largement mis à contribution quand
Hénaff commença à diversifier son offre.
DE LA CONSERVE
AU RAYON FRAIS
Il y eut d’abord les pâtés de foie et de
campagne, puis les salades à base de
viande, vendues en barquette en
plastique. En 1995, l’entreprise opéra
un tournant majeur avec le lancement
d’une gamme de saucisses fraîches,
cuisinées, aussi, avec tous les morceaux
du porc. «Pour chaque spécialité, nous
avons construit un nouvel abattoir ou un
nouvel atelier. Nous sommes des esthètes :
en gardant le contrôle de la fabrication,
nous garantissons la qualité de nos
produits, au coeur de notre politique de
marque», explique le président, engagé,
très tôt, dans des démarches que l’on
ne nommait pas encore «traçabilité».
Après un recul du chiffre d’affaires
de 5% en 2005 (41,5 millions d’€),
Hénaff met les bouchées doubles pour
redresser la barre. La marque se
rapproche ainsi du rayon frais, avec,
notamment une gamme de salades
entièrement remise à plat (recettes et
packaging). Autres nouveautés : des
langues de boeuf et un concept convivial
de terrines «à partager». A l’aube de
son centenaire, la PME bretonne veut
en effet donner une image plus jeune,
comme en témoigne ce partenariat
avec Fabienne d’Ortoli, la championne
de kite-surf.Autre axe de communication :
la nutrition. «Notre produit est faible en
graisses saturées, il faut le faire savoir !»,
martèle Jean-Jacques Hénaff.
C’est justement le travail de son fils,
Loïck, directeur du marketing
depuis quelques mois. Ce jeune
homme de 34 ans, passé par Kraft
Food et Cadburry-Schweppes, est
le quinzième Hénaff à intégrer
l’entreprise, où travaille également sa
mère, Ginette, directrice de l’export.
«Chacun apporte sa pierre à l’édifice.
C’est une immense fierté», résume-t-il. Et
c’est, sans nul doute, ce qu’aurait voulu
Yon Yan (Oncle Jean), fondateur
visionnaire attaché, plus que tout, à son
fief de Pouldreuzic.
| CARTE D'IDENTITE |
1907
: construction
de
la conserverie, à Pouldreuzic
1912 : lancement des premiers pâtés
1928 : Jean Hénaff passe le relais à quatre de ses
fils
1943 : décès de Jean Hénaff
1970 : arrêt de la production de légumes
1971 : première publicité télévisée
1972 : Jean-Jacques Hénaff devient Pdg
1981 : création des pâtés de campagne et de foie
1984 : lancement des salades à base de viande
1995 : lancement des saucisses fraîches
1997 : création des palets frais
2002 : déclinaison des saucisses aux oignons,
aux herbes et fumées aux algues
2006 : renouvellement des salades, lancement
des langues de boeuf |
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numéro n°27
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