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CONSEIL
LA REPRISE PAR LBO
TROIS EFFETS DE LEVIER
Revue PME - n°27 - SEPT - OCT -NOV 2006
LBO, LBI, LMBO, BIMBO…
Des termes de plus en plus
familiers qui cachent des
opérations financières
complexes.
Apparues dans les
années 80 dans les pays
anglo-saxons, elles se
développent fortement
aujourd'hui en France.
«Le repreneur qui ne possède pas
suffisamment de fonds pour acheter une
société peut choisir de constituer une
société appelée holding dont l'objet est
de racheter les parts ou les actions de la
société cible. Le but du montage est
alors de faire intervenir un partenaire
financier - une banque ou un capitalrisqueur
par exemple - qui prête de
l’argent à la société holding. Cet
emprunt, qui s'ajoute aux fonds apportés
par les actionnaires de la holding, permet
l’acquisition des titres de la société
cible», explique Thierry Lamarque,
Président d’Althéo. Et la rentabilité
des capitaux propres investis (15 à 25%)
est en général bien supérieure à celle
attendue avec les produits monétaires
ou obligataires. Quant à la holding, elle
ne correspond pas à une forme
juridique spécifique de société, mais
revêt souvent la forme de société
commerciale (SA, SAS, SARL, etc.).
Il existe également des holdings,
sociétés civiles, dont le capital
présente la caractéristique d’être
détenu par les membres d’une
même famille. La holding a une
fonction de contrôle du capital et
un rôle de «manager».
Le nombre de rachat d’entreprises de
cette dernière décennie a entraîné un
accroissement spectaculaire des
opérations à effet de levier de type
MBO, MBI, BIMBO… Derrière ces
termes de plus en plus courants, et
dont l’abréviation générique reste
«LBO» se cachent des opérations
financières complexes qui sont
apparues au milieu des années 80 en
France. Le LBO est la technique de
reprise utilisée pour la prise de
contrôle d’une société par une
personne physique, par ses salariés ou
par une autre société. Les MBO
(Management Buy Out) et MBI
(Management Buy-In) désignent les
opérations de rachat d'une société
avec effet de levier. Mais, dans le MBI le
repreneur vient de l'extérieur dans le
capital de la société (buy-in), alors que
dans le MBO, il est issu de celle-ci (buyout).
Il est encore possible d’alourdir le
scénario avec le BIMBO (Buy-In
Management Buy-Out) lorsque
l'équipe de repreneurs est composée à
la fois de cadres de la société cible et de
dirigeants extérieurs. A savoir : Les
dirigeants arrivant à l'âge de la retraite
ne trouvent plus forcément un
repreneur au sein de leur famille. Ils se
tournent plus volontiers vers leurs
cadres que vers des concurrents pour
transmettre et pérenniser l’entreprise.
«Derrière ces différentes définitions, on
trouve en fait un seul et même
mécanisme : le rachat d'une entreprise
avec effet de levier c'est-à-dire avec
endettement bancaire. En théorie, le LBO
permet de racheter une société pour moins
de la moitié de sa valeur. Par exemple, pour
une société valant 6 millions d'€, les
dirigeants investissent 2 millions d’€
accompagnés par un fond qui investit
1 million d’€, soit 3 millions d’€ capitalisés
dans une société holding. Cette dernière
réalise un emprunt de 3 millions d’€
garanti par l'activité de la société cible. Ce
prêt associé au capital correspond à la
valeur de la société cible, soit 6 millions
d’€.A la fin de l'opération d'acquisition, les
dirigeants détiennent la majorité de la
structure pour un investissement de
seulement 2 millions d’€», commente
Thierry Lamarque. Le principal
avantage de ces opérations est de
permettre à des cadres dirigeants ou à
des investisseurs de prendre le
contrôle d'une société cible avec un
apport personnel minimum. L'emprunt
contracté pour l'acquisition de la cible
sera financé par la remontée des
dividendes nets de la cible vers la
holding. Attention ! une telle opération
n'est pas sans risque.
Dans certains cas, les fonds propres de
la holding sont insuffisants pour pouvoir
emprunter le montant nécessaire au
rachat de la cible. L'emprunt bancaire
classique va être doublé par un autre
emprunt (obligations convertibles,
obligations à bons de souscription
d'actions,…) mieux rémunéré. Cet
emprunt complémentaire est en
général apporté par des Capitalinvestisseurs.
«L'emprunt bancaire
classique prend le nom de «dette senior»»,
précise Thierry Lamarque.
LE REMBOURSEMENT
DE LA DETTE
La complexité de ces opérations est de
procéder à un montage solide qui
permettent tant à la cible de faire face à
ses investissements pour assurer sa
progression et sa rentabilité, qu'à la
holding de faire face à sa dette. La
réussite de l'opération réside essentiellement
dans la capacité de la cible à
générer des cash-flows nécessaires et
suffisants à la remontée régulière de
dividendes vers la holding. In fine, toute
la difficulté reste le remboursement de
l'emprunt. Pour cela : «Il faut que la
rentabilité de la cible soit largement
supérieure aux anuités de l'emprunt.
Lorsque les cadres sont repreneurs, ils sont
soumis à une pression intense pour
dégager des revenus croissants en un
temps limité. Etant partie prenante de
l’affaire, ils sont d’autant plus efficaces»,
rappelle Thierry Lamarque. Les
cadres clés de la société cible
peuvent être intéressés au succès de
l’opération. Associés au capital, leur
package est complété par une part
des éventuelles plus-values que le ou
les fonds d’investissement sont prêts à
rétrocéder aux cadres dirigeants en cas
de réussite du LBO. les rétrocessions se
chiffrent souvent en multiples de
milliers d’euros par manager.
Au-delà du levier financier existe un
levier fiscal puisque
les intérêts de l’emprunt sont
fiscalement déductibles au niveau de la
holding.Afin d’accomplir l’effet de levier
fiscal, le ou les repreneurs devront
choisir de soumettre le groupe ainsi
constitué au régime d’imposition le plus
adéquat, parmi lesquels, le régime des
sociétés mères et filiales et celui de
l’intégration fiscale. Quant à l’effet de
levier juridique, il consiste à utiliser le
droit des sociétés pour augmenter
l'effet de levier financier. Les repreneurs
peuvent multiplier leur force de
contrôle sur la société cible en
procédant à la création de plusieurs
sociétés holdings en cascades. Il peut
être possible de créer autant de
holdings que nécessaire. Mais, attention
à la lourdeur administrative occasionnée
par de multiples créations de
holdings. On recommande en général
de n’utiliser qu’une holding en
choisissant la forme de cette société de
manière à accroître le pouvoir de
contrôle d’un repreneur minoritaire.
Deux formes de société peuvent être
ainsi utilisées la Société en
Commandité par Action (SCA) et
la Société par Actions Simplifiée
(SAS).
LES LIMITES
DU LBO
Les risques d’échec de la reprise par
LBO existent. Pour y remédier en tout
premier lieu il est impératif que la cible
soit suffisamment rentable. Par
exemple, la sécurité financière
n'étant pas le propre des
jeunes PME,
rares ont été celles à pouvoir réaliser
un LBO. Les banques sont le plus
souvent réticentes car elles n’ont pas
une grande visibilité du cash flow. «La
société cible peut également connaître des
difficultés et une baisse d’activité qui n’ont
pas été envisagées dans le plan de
financement. Or, la dette senior doit être
remboursée dans les 5 à 7 ans. Pour éviter
ces risques, la pratique recommande une
gestion raisonnable des distributions de
dividendes : si une société dégage 100 de
bénéfices, elle utilise 60 à 70 pour
rembourser la dette et 30 à 40 pour
l’exploitation de la société», expose
Thierry Lamarque. «D’autres risques sont
à prendre en compte et non des moindres :
la mésentente entre le repreneur et le
vendeur pendant la période d’accompagnement
ou même, la mauvaise qualité
du repreneur qui peut mener à la
catastrophe».
En conclusion, la technique du rachat
avec effet de levier est particulièrement
bien adapté aux problèmes de
transmission patrimoniale. C'est pour
cette raison que ce type d'opérations
est amené à fortement se développer.
Mais, si la technique de LBO présente
des avantages indéniables du point de
vue financier ou fiscal, il est néanmoins
recommandé de prendre en compte le
scénario de l’échec du plan de
financement dans le montage juridique.
PHILIPPE
COMMERGNAT,
PRESIDENT DE ARTMENUI DECO |
Philippe
Commergnat, 48 ans, a
racheté dans le cadre d’un LBO
une entreprise de menuiserie en
avril 2006. L’opération a été
finalisée en 8 mois.
«Je m’intéressais depuis plusieurs
mois à la reprise d’entreprise sans
réel succès. En Juin 2005, l’un de
mes amis me parla de la
méthodologie originale mise en
oeuvre par Althéo. Convaincu
qu’une telle expertise pouvait
accélérer ma recherche et
crédibiliser mon approche auprès
des chefs d’entreprises, j’ai décidé
de mandater Althéo pour
m’accompagner dans mon projet.
Ayant occupé des fonctions
transversales dans divers secteurs
d’activités, en particulier de
directeur financier, le premier
travail mené a consisté à cadrer
précisément mon projet, et à
définir le type d’entreprises que je
pouvais capter, les secteurs dans
lesquels j’avais une expertise, mais
également les activités pour
lesquelles j’avais une réelle
attirance. Le travail de sélection et
les arbitrages ont été plus longs
que ce que je pensais. J’ai
rencontré plusieurs cédants. Enfin,
j’ai eu un coup de coeur pour une
entreprise de menuiserie,
disposant d’un modèle
économique tout à fait pertinent et
d’une structure me permettant
d’intégrer une filière dans laquelle
je n’avais pas encore d’expertise.
Sont arrivées les phases de
financement et d’acquisition dans
le cadre d’un LBO. Je disposais
d’un apport conséquent qui m’a
permis de n’emprunter que
70 000 euros. Les dividendes
rembourseront 51% de la dette et
l'activité les 49%. J’ai finalisé le
rachat en 8 mois. Au siège social
de Combes la Ville j’emploie 8
salariés et 4 aux ateliers basés à
Bort les Orgues en Corrèze. Je
m’apprête à embaucher une
douzième personne. Ma clientèle ?
peu de particuliers. 90%
d’architectes, intermédiaires entre
moi et divers bureaux, banques,
cliniques, crèches. Je suis ravi de
travailler dans un domaine qui me
passionne : le travail du bois. J’ai
déjà de la sciure
qui coule dans les
veines».
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numéro n°27
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