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SAGA
LONGCHAMP
LE SAC
QUI GALOPE
Revue PME - n°27 - SEPT - OCT -NOV 2006
Ses articles de
maroquinerie sont
devenus des classiques.
Fondée en 1948, la
marque au pur-sang
familiale court dans le
sillage des grandes
maisons de luxe.
Le visiteur est saisi dès l’entrée : inondé
de lumière par un puits zénithal de 15 mètres
de hauteur, un escalier spectaculaire,
constitué de strates sculptées dans 55
tonnes d’acier,l’invite à rejoindre un espace
de 800 m2. Aménagée par le designer
londonien Thomas Heatherwick, la
Maison Unique Longchamp porte
bien son nom. Cette boutique,
inaugurée le 24 mai en plein coeur du
quartier industriel de Soho, à New York,
est la 100e de l’enseigne dans le monde.
C’est aussi, désormais, l’un de ses show
room professionnels les plus importants.
«A l’avenir, notre développement sera
largement tourné vers les marchés
étrangers. Ce nouvel ancrage sur le continent
américain est donc très symbolique»,
précise Jean Cassegrain, 41 ans,
directeur général de Longchamp.
Symbolique, aussi, d’un certain prestige
pour cette maison qui s’est choisi Kate
Moss pour égérie. Entré au Comité
Colbert en 2001, le maroquinier fait
désormais partie, à l’image de Vuitton,
Hermès ou Chanel, des institutions
haut-de-gamme incarnant le mieux le
luxe français. «Il est particulièrement
intéressant de travailler dans une maison
familiale indépendante», estime le directeur.
Ancien consultant dans un cabinet de
conseil en organisation, ce diplômé de
l’Ecole Supérieure de Commerce de
Paris a rejoint l’entreprise paternelle en
1991. «C’était prédestiné, reconnaît-il
aujourd’hui. Cette société, je vis dedans
depuis l’enfance !».
Car le petit cheval Longchamp trotte
dans le sang des Cassegrain depuis
trois générations. La saga commence en
1948, quand Jean Cassegrain, alors
buraliste sur les grands boulevards de
l’après-guerre, a l’idée de gainer ses
pipes de cuir. Les ventes s’envolent et
poussent le débitant de tabac à se
diversifier, en étendant le procédé à
d’autres articles pour fumeurs (étuis de
cigarettes, cendriers, pots à tabac…), puis à
la petite maroquinerie. Les artisans sont
alors disséminés un peu partout en France.
Pour les rassembler,Jean Cassegrain construit
une usine à Segré, en Maine et Loire. Peu
après, il lance une ligne de sacs en agneau.
Mais c’est la fabrication des sacs, dans
les années 1970, qui confère à la PME
sa véritable dimension. Elle commence
avec des bagages en nylon garni de cuir
et le modèle Xtra-bag. Encouragé par
les ventes, le maroquinier lance alors
ses premiers sacs à main, en «veau
foulonné» : sorte de marque de
fabrique, ce grain naturel va désormais
incarner l’esprit BCBG et le chic
confortable de la marque au pur-sang.
6 MILLIONS
DE «PLIAGES» VENDUS
Son savoir-faire «made in France»
trouve également des adeptes en
Europe et en Asie. Quand Philippe
Cassegrain succède à son père, en
1980, Longchamp a déjà une boutique
à Honk Kong. Mais il faudra attendre
1988 pour que le premier magasin
parisien voit le jour, rue Saint-Honoré.
Dès lors, les ouvertures s’enchaînent
dans le monde entier.
En parallèle, la société poursuit sa
diversification, en imprimant sa griffe
cavalière sur des ceintures, des gants,
des foulards et des cravates de soie.
Son essor s’accélère à partir de 1994,
suite à la création de la ligne
«Pliages», en nylon garni cuir, conçue
sous la houlette de la styliste Isabelle
Guyon. Ce produit élégant mais
pratique, résistant et abordable (de 70 à
110 €) fait un carton : en dix ans, il se
vend à 6 millions d’exemplaires.
DU SAC À ROULETTES
AU ZIP BAG
Décliné à l’envie, dans une quinzaine de
coloris, le Pliage représente aujourd’hui
20% des ventes. Kiwi, orangé, fuchsia…
l’objectif est de séduire une clientèle
plus jeune, plus féminine. Celle-ci peutmême
personnaliser son Pliage sur
internet, en choisissant les couleurs et
la finition de la boucle (doré, nickel ou
bronze), en ajoutant un porte-adresse,
voire en imprimant ses initiales sur le
rabat en cuir.
Longchamp l’a bien compris : le
succès dépend de son
inventivité.Ces dernières années,
le maroquinier a multiplié les
opérations créatives autour du
fameux modèle. Pour fêter ses
cinquante ans, des pièces
uniques ont été dessinées et
réalisées pour dix personnalités :
pour la danseuse Agnès Letestu,
une boîte à tutus sur roulettes,
et pour le chef Alain Passard, un
sac équipé de tiroirs rigides, destinés à
ranger des fruits rouges. En 2004, le
designer Thomas Heatherwick a
créé le «Zip bag», modèle Pliage
pouvant doubler de volume en un coup
de glissière. «Ces interventions
spontanées ne constituent pas un outil
marketing calibré, insiste Jean
Cassegrain. Elles naissent plutôt de
rencontres». Dernièrement, le styliste
américain Jeremy Scott a ainsi
revisité des caisses en bois utilisées
pour le transport en bateau, sorties il
y a quinze ans. Résultat : un sac de
voyage, un porte-ordinateur et un sac
de cabine vendus en série ultra limitée.
Les nouveautés, elles, représentent
la moitié du chiffre d’affaires.
Parmi les projets de
développement : le prêt-àporter.
A Soho et au 404, rue
Saint-Honoré (un nouvel
espace de 250 m2 y a été
ouvert en 1999), on trouve
des petits blousons, des
parkas et des pulls siglés du
petit canasson : «une piste à
suivre», commente Jean
Cassegrain, dont la maison
pèse déjà 195 millions €.
Fort de 2 000 points de
vente, le groupe de 1 200 salariés
(dont 800 pour la seule production) est
resté, pourtant, une affaire de famille.
Aux côtés de Philippe Cassegrain :
sa femme, Michèle, directrice des
boutiques, et leurs enfants Jean,
Sophie, responsable du design, et
Olivier, patron des magasins outre
atlantique. «L’avantage, c’est que l’on n’a
pas les contraintes d’une société cotée en
bourse. Nous nous développons à notre
rythme», remarque l’aîné. Avec une
progression de 84% en 5 ans, le
rythme est pour le moins soutenu.
| Carte d’identité |
1948 : naissance
de Longchamp
1955 : diversification dans la petite maroquinerie de cuir
1957 : construction d’une usine à Segré, dans
le Maine et Loire
1960 : lancement des articles de voyage en agneau
1970 : création de la ligne en nylon garni cuir et du Xtra-bag
1975 : lancement des sacs à main en veau foulonné
1979 : ouverture d’une boutique à Honk Kong
1980 : Philippe Cassegrain succède à son père,
Jean
1988 : ouverture de la première boutique parisienne, rue Saint-Honoré
1994 : lancement des Pliages
1996 : création de la filiale américaine
1997 : construction à Segré d’une nouvelle unité de
fabrication de 15 000 m2
2004 : création du zip bag
2006 : inauguration de la Maison Unique, à New York |
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numéro n°27
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