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REPRISE
MARIE BRIZARD
DILUE L’ESPRIT
DE FAMILLE
Revue PME - n°27 - SEPT - OCT -NOV 2006
Contemporaine de Louis XV
mais aussi des marques
Moët et Chandon et
Rémy Martin, Marie Brizard
fête ses 251 ans cette année.
Elle est la plus ancienne des
marques anisées françaises mais
aussi la plus internationale :
200 millions de bouteilles se
vendent chaque année
sur les cinq continents.
Plusieurs fois menacée de
disparaître, son acquisition
en 2006 par la SA Belvédère
la propulse au top ten des
groupes de spiritueux.
Son histoire
remonte au
milieu du
XVIII è m e
siècle quand
le 11 janvier
1755 à 8 h
30, une jeune
bordelaise ,
Marie Brizard,
sauve un marin antillais à
bord de l’Intrépide. En échange,
le marin lui transmet son seul trésor :
le secret de fabrication d’un élixir
composé d’anis mélangé à onze
aromates. Puis son neveu, le capitaine
Paul-Alexandre Brizard, «voguant
vers les lointaines îles des Seychelles, des
Antilles, ou de la Réunion, ramenait à sa
tante Marie les plantes aromatiques et
agrumes nécessaires à l'élaboration de sa
célèbre liqueur au goût unique», raconte
une ancienne publicité. Ainsi naquit à
Bordeaux l’anisette Marie Brizard. Une
recette secrète connue de trois
membres de la famille à chaque
génération.
En 1763, Marie Brizard s’associe à un
neveu, Jean-Baptiste Roger, pour
fonder la société Marie Brizard et
Roger. L’entreprise connaît un essor
considérable en proposant une gamme
très large de liqueurs, de spiritueux, de
boissons sans alcool et plus récemment
de vins. Au coeur de la réussite,
l'anisette. Un produit spécifique non
seulement par sa composition mais
aussi par ses propriétés. Quand on la
mélange avec de l'eau, elle se trouble et
prend une couleur opaline. En 1996,
Marie Brizard vend près d’un million et
demi de caisses d'anisette et de liqueurs
à sa marque quand toutes les maisons
de liqueurs bordelaises ont depuis
longtemps disparu. Une longévité
exceptionnelle de la marque comme
celle de la famille : 10 générations,
propriétaires et gestionnaires de la
société, se sont succédées à sa tête
avec une règle d'or jamais transigée
depuis un Conseil du 27 décembre
1879 et jusqu’au début du XXIème
siècle : «le droit sur la maison Marie
Brizard est de tout temps expressément
réservé aux héritiers directs du sang
Roger». Mais en 2000 Marie Brizard a du
se retourner dans sa tombe.
LA BELLE BORDELAISE
CEDE LE POUVOIR
La famille n’est pas une structure
invulnérable et il arrive que des
entreprises anciennes succombent.
Pourtant Marie Brizard a bien relevé le
défi du temps mais c’était sans compter
qu’avec le temps vient aussi la dilution
de l’«esprit de famille». 1999 : la belle
bordelaise sort du giron familial après
deux cent cinquante ans pour tomber
dans l’escarcelle d’établissements de
prêts qui deviennent les actionnaires
majoritaires. Puis, rentabilité oblige, la
société ferme ses filiales portugaises. En
mai 2000, alors qu’elle connaît des
difficultés commerciales et financières,
Duke Street Capital France, société
de capital investissement, prend le
contrôle avec l’achat de la majorité du
capital. «Au terme d’une OPA lancée à
64 € par action nous détenions 67,89%
du capital et 66,96% des droits de vote de
Marie Brizard», commente Frédéric
Chauffier de Duke Street Capital.
Bien décidée à recentrer les activités du
groupe et reprendre une politique
offensive, la nouvelle équipe de
management mise en place, - Eric
Brousse le PDG et Jean-François Le
Bos le directeur financier - cède les
avoirs non stratégiques en se séparant
de plusieurs filiales et d'un certain
nombre d'actifs immobiliers. Une
politique de désendettement qui va
permettre le rachat des Chais
beaucairois pour renforcer l'activité
«vin» aux côtés de la gamme
traditionnelle des produits spiritueux et
de quelques boissons sans alcool à la
rentabilité importante. Enfin, avec
l’acquisition de William Pitters pour
une centaine de millions d’€ et
quelques licenciements à la clé, Marie
Brizard annonce en 2005 un chiffre
d'affaires de 334 millions d'€. Ces
rachats sont un signe supplémentaire
du dynamisme retrouvé après une
période difficile au tournant du siècle.
«Marie Brizard a été radicalement
transformée entre 2000 et 2006,
développe Frédéric Chauffier. La
stratégie menée par l’équipe de
management a contribué à faire du groupe
un acteur dominant dans le marché des
vins et spiritueux et s’est avérée très
génératrice de valeur. Nous avons
repositionné l’activité de la société sur
trois
piliers stratégiques : alcools, vins et boissons
sans alcool».
En 2006, la société implantée à
Bordeaux dispose de cinq sites de
production à travers la France et de
deux autres en Espagne. Elle compte
également trois sociétés de distribution
en France, en Espagne et aux Etats-
Unis. Avec un effectif d’environ 740
personnes, elle commercialise plus
de 200 millions de bouteilles par
an dans plus de 120 pays. Une belle
santé qui va attiser les convoitises. La
«vieille dame» française des spiritueux
plaît beaucoup à Belvédère. Ce
groupe, basé à Beaune, est spécialisé
dans la distribution des alcools blancs
en Europe de l’Est. «Nous avons vendu à
Belvédère nos 69,3% de Marie Brizard au
prix de 213 M€ à raison de 141 € par
action», précise Frédéric Chauffier. Dans
la foulée, l'acquéreur lance une OPA
sur les minoritaires, là encore à 141 €
par titre, comme l'y contraint la loi.
De sorte que les 30,7% restant lui
reviendront à 94,5 M€. Au total,
Belvédère lâche donc près de 308 M€
dans l'affaire. Soit à peine moins que le
chiffre d'affaires annuel de sa «proie».
L’opération donne alors naissance
à un groupe visant les 800 M€ de
chiffre d’affaires.
LA VIEILLE DAME
SOUS CONTRÔLE
CARIBEEN
Cette acquisition est presque une
aubaine pour les deux parties.
Belvédère cherchait à se diversifier, tant
au niveau de son activité qu’au plan
géographique. Marie Brizard et ses bons
résultats étaient la proie toute
désignée. Mais au-delà de cette fusion
franco-française se profile en réalité
une opération d'une toute autre
ampleur, conduite par un autre fonds
d'investissement. En effet, Belvédère est
adossé à hauteur de 25,8% à CL
Financial, un groupe de Trinidad et
Tobago. A terme le groupe des
Caraïbes, qui a pourtant assis sa
puissance dans l'assurance et l'énergie
et notamment le méthanol, ambitionne
d'intégrer le top dix mondial des
vins et spiritueux. CL Financial
pense atteindre le milliard d'€
de chiffre d'affaires contre
moins de la moitié actuellement.
Le groupe caribéen
détient quelques grands noms
du secteur : Le cognac Hine, les
rhums Scheer et Angostura, le
scotch Burn Stewart, sans
oublier bien sûr ChateauOnline,
l'un des principaux acteurs
français de la vente de vins sur
Internet, ainsi que la chaîne de
cavistes, Le Repaire de Bacchus. Et
aujourd’hui Marie Brizard par le
biais de Belvédère.
Le changement d’actionnaire a été
accompagné d’un profond remaniement
de l’équipe dirigeante composée
d’un représentant de CL Financial,
du PDG de Belvédère, Jacques
Rouvroy et de l’ancien président de
Baron Philippe de Rothschild
Distribution, Jean-Paul Saubesty.
Dès son arrivée, la nouvelle équipe a
tenu à démentir les bruits de
démantèlement de l’entreprise
girondine. Les risques de
doublons seraient minimes au
sein du nouvel ensemble.
D'après Jean-Paul Saubesty,
L'entreprise bordelaise
dispose d'un solide réseau
dans la grande distribution
française. Il se chargera
d’écouler les vodkas
de Belvédère qui n'est
quasiment présente
commercialement qu'en
Europe de l'Est.
| Carte d’identité |
1755
: découverte
de la recette
de l ’aniset te par
Marie Brizard
1763 : création de la société par
Marie et son neveu
1904 à 1955 : stratégie de croissance externe
1999 : restructuration financière
2000 : la maison familiale passe sous contrôle de Duke Street
Capital
2005 : chiffre d’affaires de 334 M€
2006 : Rachat de la société par le groupe Belvédère |
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numéro n°27
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